BFMTV

Violences à Paris: qui sont les casseurs ? 

Après les émeutes parisiennes de samedi, 378 personnes ont été placées en garde à vue, environ quatre fois plus que lors de la précédente manifestation, le 24 novembre. Gilets jaunes radicalisés, casseurs professionnels ou "petits délinquants", les profils demeurent extrêmement variés.

L’ "acte 3" des revendications des gilets jaunes a été émaillé "des violences d'une gravité sans précédent", a estimé dimanche le préfet de police, Michel Delpuech. Ce déchaînement "extrême et inédit", parsemé de "jets de marteaux", de "billes en acier" ou de "gros boulons", a donné lieu à l’interpellation de 412 personnes. Elles sont 378 à avoir été placées en garde à vue, dont 33 mineurs. Militants aguerris, gilets jaunes en colère ou petits délinquants: les auteurs des violences et dégradations présentent des profils d'une grande diversité qui défient toute généralisation.

Les extrémistes en action

Parmi les fauteurs de troubles se trouvent "des groupuscules d'extrémistes d'ultra-droite et d'ultra-gauche […] désireux d'affronter les forces de l'ordre" et "d'en découdre", a indiqué le préfet. Ces personnes étaient visiblement rompues aux techniques pour incendier des barricades ou des voitures. Quand des grenades lacrymogènes étaient lancés par les policiers, ils donnaient des consignes aux manifestants et leur enjoignaient de ne pas paniquer et "de ne pas courir".

L'ultragauche était visiblement présente comme en témoignent de nombreux slogans anticapitalistes scandés dans la foule et l'inscription sur plusieurs murs et magasins de l'acronyme ACAB (All Cops Are Bastards, "tous les flics sont des bâtards") régulièrement utilisé par cette mouvance. Du côté de l'ultradroite, les groupuscules Action française et Bastion social avaient eux-mêmes annoncé la présence de leurs troupes parmi les manifestants. Ces extrémistes ne sont toutefois pas les plus nombreux à avoir été placés en garde à vue car leur maîtrise des émeutes leur a appris à s'extraire de la nasse policière.

Effet d'entraînement

La tendance majoritaire parmi les suspects est celle des gilets jaunes radicalisés. Lunettes de ski et masque de chantiers sur le visage, pas nécessairement politisés ni habitués des émeutes urbaines, ils n'ont pas hésité à se mêler aux casseurs, par "désinhibition" ou par un effet d'"entrainement", a détaillé Michel Delpuech. Certains d'entre eux faisaient eux-même face aux forces de l'ordre, participaient à la construction de barricades pour freiner leur avancée.

Il s’agit principalement d’hommes majeurs, âgés de 30 à 40 ans, arrivés de province et insérés socialement, avec un travail et une famille. Ces gilets jaunes radicalisés sont notamment à l’origine de la chute d’une grille du jardin des Tuileries et qui a fait un blessé en état d’urgence absolue.

"Petits délinquants"

"Des profils plus jeunes, des Franciliens" ont également pris part aux violences. "Motivés par une délinquance d'appropriation", ils sont "venus profiter des pillages", a affirmé le procureur de Paris, Rémy Heitz. Des "petits délinquants" ont également fait leur apparition en deuxième partie de journée, notamment place de la Bastille ou aux abords des Champs-Elysées, pour dévaliser des supérettes et incendier des scooters.

"La justice passera" car "il ne peut y avoir d'impunité", a martelé le procureur de Paris. Près des deux tiers des gardés à vue vont être déférés devant le juge, en comparution immédiate, ce lundi et mardi. Ils risquent entre trois et sept ans d'emprisonnement. 

Ambre Lepoivre avec AFP