BFMTV

Un an après, Vincent Crase se confie sur le 1er-Mai et son "ami" Alexandre Benalla

Un an après le début de l'affaire Benalla, Vincent Crase se confie à BFMTV sur les faits de la Contrescarpe, la polémique et les poursuites judiciaires qui en ont découlé. Il parle aussi de sa relation avec son "ami", Alexandre Benalla.

Depuis quelques semaines, Vincent Crase se consacre à l'écriture d'un roman. Un passe-temps après la parution de son premier livre, Présumé coupable, le 4 avril dernier. Une occupation pour celui qui a été entraîné dans le sillon de la chute de son ami Alexandre Benalla l'an dernier qui attend la fin de ses ennuis judiciaires pour entamer une nouvelle vie à l'étranger. Un an quasiment jour pour jour après le début de l'affaire Benalla, l'ancien responsable de la sécurité du parti La République en Marche, présent ce jour-là aux côtés de l'ancien collaborateur du chef de l'Etat, a accepté de se confier à BFMTV.

De sa rencontre avec Alexandre Benalla, Vincent Crase, ancien employé de compagnie d'assurance, ancien professeur, ancien détective privé, garde un souvenir ému. C'était en 2009 dans le cadre de la réserve de gendarmerie, lui était capitaine, le jeune homme, jeune recrue. "Je l’ai repéré dès la première de stage, se rappelle-t-il. Un gars qui était sur tous les sujets enseignés parmi les meilleurs à chaque fois."

"Après il a eu une ascension fulgurante, une monté exponentielle", poursuit Vincent Crase.

La Contrescarpe, "l'ADN qui ressort"

Les années passent, les liens restent. En octobre 2016, Alexandre Benalla contacte son ancien chef dans la réserve pour lui proposer d'assurer à ses côtés la sécurité du candidat Macron. Sur chaque déplacement ou rencontre, Vincent Crase participe au service d'ordre. Une première sur une campagne présidentielle et une dernière pour ce père de famille qui va rejoindre La République en marche comme responsable de la sécurité du parti. "Une époque que j'ai adorée", souffle-t-il aujourd'hui. Alexandre Benalla est, lui, désormais chargé de mission à l'Elysée. Il consulte son vieil ami au sujet de la création d'une unité de réserviste au sein du palais présidentiel.

"Avant le 1er mai 2018, il me propose de venir pour voir comment la police va gérer les black blocks. On sait qu’il va y avoir un black block qui va comme d’habitude saccager, il me dit 'ça serait bien que tu viennes, on y va pas du tout pour castagner qui que ce soit, on y va pour observer, comprendre, apprendre'", relate Vincent Crase.

Un rendez-vous important puisqu'il va modifier l'avenir des deux hommes. Au mois de juillet 2018, Le Monde va rendre public une vidéo montrant Alexandre Benalla et Vincent Crase, place de la Contrescarpe dans le Ve arrondissement de Paris, participer à l'interpellation de deux manifestants. Des interpellations violentes hors de toute légalité, ce que reconnaît désormais l'ancien directeur de la sécurité du parti présidentiel de 46 ans, mais qui selon lui n'auraient pas dû prendre de telles proportions.

"Avec Alexandre, on a repéré le gars avec son blouson bleu et son col moumoute, il y a les insultes, faut entendre les insultes, il y a de plus en plus de projectiles qui volent, raconte-t-il. Je dis deux fois à Alexandre que je n’y vais pas, je n’ai pas de casque, c’est potentiellement super dangereux. Quand les CRS y vont, je ne sais pas pourquoi, c’est l’ADN qui ressort, je ne veux pas laisser mon camarade y aller tout seul, j’y vais avec lui."

La gravité des faits, "pas très élevée"

S'il assume avoir outrepassé son rôle, Vincent Crase ne prend pas toute la responsabilité de cette scène. "Le major qui est avec nous, jamais ne nous dira faites-ci, faites pas ça, restez ici, restez pas là, insiste-t-il. On est intervenus deux fois, on n'a pas passé notre journée à intervenir non plus. Les deux fois où nous sommes intervenus, et je reconnais a posteriori qu’il ne fallait pas le faire, mais les deux fois peuvent se justifier par le fait qu’on se sentait visés." Vincent Crase assure d'ailleurs n'avoir pas vu venir la polémique, même après la publication des premiers articles de presse.

"Par rapport à la gravité des faits, que je trouve vraiment pas très élevée, je me dis, c’est bon, c’est une affaire qui va faire pschitt, poursuit-il. Ils veulent emmerder le gouvernement, emmerder la présidence, ils veulent emmerder Benalla, mais moi, est-ce que j’ai un poids là-dedans, non. Je me sentais assez peu concerné, je ne mets pas un coup à qui que ce soit et je n’ai pas l’impression d’avoir eu une action violente."

Emporté dans le tourbillon de l'affaire Benalla, Vincent Crase est mis en examen pour "violences en réunion". Un temps placé en détention provisoire après avoir violé son contrôle judiciaire en rentrant en contact avec son ami, il est désormais libre. Non sans une anecdote: alors convoqués parce qu'ils avaient violé les conditions de leur contrôle judiciaire, Alexandre Benalla et Vincent Crase ont été placés dans le même box pendant plus d'une heure. "On se fait un sourire, un clin d’œil. Après ils nous mis ensemble dans un box. Pendant une heure on a pu parler. On nous fait venir parce qu’on s’est vus, et la police nous met ensemble." Les deux hommes "se disent des choses".

Amis

Pour Vincent Crase, il y a eu la même légèreté du côté de la présidence. "J’ai l’impression à l’Elysée qu’ils se sont refilés la patate chaude, ils ont essayé de faire en sorte que ça ne s’ébruite pas, c’était je pense un bon pot de pue et ils n’ont pas voulu aller dessus. Ils ont agi avec légèreté en pensant que ça passerait tout seul", analyse-t-il un an après le début de l'affaire. Père de trois enfants, Vincent Crase n'a pas de colère, "un sentiment qui empoisonne", mais "des bouffées de colère" contre lui. "

"Je ne peux plus travailler dans la sécurité privée aujourd’hui en France. J’ai perdu beaucoup de relations, beaucoup de gens avec qui je m’entendais bien, j’ai perdu une partie de mon honneur", confie celui qui vit désormais dans l'Eure.

Pas plus de colère contre Alexandre Benalla. "Il y a des moments où je lui en ai voulu où je me suis dit 'il est complètement débile', explique Vincent Crase. Et il y a d’autres moments où je me suis dit 'c’est comme ça, qu’est-ce qu’on peut faire?'. On a glissé dans le même précipice, c’est comme ça", analyse-t-il, pragmatique. Alexandre Benalla, qui vit désormais entre Argenteuil et Marrakech, est toujours son ami. "Ce sera mon ami dans le futur", conclut-il.

Sarah-Lou Cohen avec Justine Chevalier