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Terrorisme: ce que changent les attentats de Paris

Des policiers devant le bar Le Carillon, visé par une des attaques, le 14 novembre.

Des policiers devant le bar Le Carillon, visé par une des attaques, le 14 novembre. - Kenzo Tribouillard - AFP

Les attaques du 13 novembre, parce qu'elles ne visaient pas une cible ou une communauté précise, mais aussi par leur ampleur, leur simultanéité, et l'introduction de méthodes kamikazes, se différencient des attentats du mois de janvier, contre Charlie Hebdo et l'HyperCacher. Et apportent une nouvelle menace, contre laquelle il sera difficile de se protéger.

Les attentats perpétrés vendredi soir dans la capitale française marquent un tournant dans la menace terroriste qui pèse sur le pays. Par leur simultanéité, leur ampleur, et leur mode opératoire, qui inclut des attaques-suicides, ces attentats rompent avec ceux de janvier dernier, contre Charlie Hebdo et l'HyperCacher, et nécessitent de repenser la manière dont le pays peut se protéger. 

Une absence de cible spécifique

Le fait qu'aucune cible spécifique n'ait été été visée vendredi soir constitue une première rupture. Comme le souligne L'Opinion, contrairement aux attentats de janvier, qui ont volontairement ciblé Charlie Hebdo, un journal considéré par ses détracteurs comme "blasphématoire", ainsi qu'un supermarché fréquenté par la communauté juive parisienne, et contrairement à Mohamed Merah, qui, en plus d'une école juive, avait ciblé des militaires, les attaques du 13 novembre ont visé les Français dans leur ensemble. 

Une sorte de "terrorisme indifférencié", explique L'Opinion, face auquel n'importe quel individu se trouvant au mauvais endroit au mauvais moment devient une victime potentielle.

Cette absence de cible rappelle d'autres attaques perpétrées à Paris par le passé: celles de la rue de Rennes, en septembre 1986, et de la station RER Saint-Michel, en juillet 1995, commises au milieu même des passants.

Un "terrorisme à l'aveugle"

Si les terroristes semblent avoir cherché à s'attaquer à un certain mode de vie, en frappant un concert de rock et des quartiers populaires et très fréquentés de Paris, où la jeunesse parisienne a l'habitude de se retrouver pour boire des verres, leurs armes ont atteint les victimes sans distinction. Ce "terrorisme à l'aveugle" entraîne de facto l'instauration d'un lourd climat de psychose et de suspicion au sein de la population.

"Nous ne sommes plus dans le symbole, mais dans ce que l'on appelle dans le jardon les 'cibles molles'", explique Jean-Pierre Filiu, historien et spécialiste de l'islam contemporain, interrogé sur BFMTV. "Il y a eu une volonté de frapper symboliquement avec Charlie Hebdo, l'HyperCacher, et la tentative contre deux églises à Villejuif. Vendredi, l'idée était de frapper un maximum de personnes. C'est la logique avortée du Thalys au mois d'août, et nous sommes sans doute passé près d'un carnage bien plus important au Stade de France. L'idée n'était pas tant de frapper le football ou le hard rock, mais de rentrer dans des lieux clos, où la détonation d'une ceinture d'explosif peut maximiser le bilan, et faire en sorte que le pays est sous le choc", détaille-t-il. 

Cette absence de cible symbolique peut aussi s'expliquer par la difficulté d'atteindre les lieux stratégiques, depuis les attentats de janvier et le renforcement du plan Vigipirate. "Quand on ne peut pas attendre des objectifs politiques et symboliques très protégés, on s'attaque aux 'croisés' en général", fait ainsi valoir Jacques Poinas, ancien chef de l'antiterrorisme, sur BFMTV.

Des attaques simultanées

Pour les enquêteurs, les attentats de vendredi soir ont été menés par trois commandos très organisés, ce qui explique leur quasi-simultanéité. Là encore, le phénomène est nouveau en France. A l'inverse du mois de janvier, où de longues heures s'étaient déroulées entre les trois attaques menées par les frères Kouachi et Amedy Coulibaly, et avant les assauts de la police, l'ensemble des événements de vendredi s'est déroulé en l'espace d'une demi-heure: de 21h20, l'heure de la première explosion aux alentours du Stade de France, à 21h53, l'instant où le troisième kamikaze de Saint-Denis s'est fait sauter. 

"Des attentats simultanés sur plusieurs sites, c'est ce que l'on appelle le mode opératoire de Bombay (en novembre 2008, une série de dix attaques terroristes coordonnées avait fait 173 morts à Bombay, en Inde, NDLR)", rappelle Jacques Poinas. Une situation qui devient rapidement incontrôlable pour les forces de police, qui doivent à la fois se déployer rapidement en plusieurs endroits, sécuriser les zones d'intervention, puis traquer et éliminer les terroristes.

Un mode opératoire nouveau: l'attentat-suicide

Vendredi soir, sur les deux théâtres des attaques, à Saint-Denis et à Paris, sept assaillants se sont tués en actionnant leurs gilets explosifs, avant même que les balles des policiers ne les atteignent. Une première en France. Le pays n'avait en effet jamais subit d'attaque-suicide sur son sol, jusqu'à présent. La méthode est en revanche dans les zones de conflit du Moyen-Orient, en Syrie et en Irak notamment, et son objectif est simple: faire le plus grand nombre de victimes. 

"C'est très nouveau et très inquiétant", estime l'ancien juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, interrogé sur RMC samedi. "Cela témoigne de la volonté d'attaquer massivement notre pays et de la capacité de Daesh de préparer et planifier des attaques coordonnées qui nécessitent des moyens et un soutien logistique".

Une sécurisation quasi-impossible

Face à ce nouveau terrorisme, qui peut frapper n'importe qui, n'importe où, et n'importe quand, comment sécuriser le territoire? Au total, 10.000 militaires seront déployés dans toute la France d'ici mardi soir. A Paris et alentours, 230 gendarmes ont été placés en renfort, et 1.000 militaires supplémentaires sont chargés de patrouiller dans les lieux fréquentés et les transports. Des effectifs qui viennent s'ajouter aux 30.000 policiers, gendarmes et militaires engagés à la protection de 5.000 lieux sensibles sur l’ensemble du territoire dans le cadre du plan Vigipirate, a indiqué le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve. 

La volonté du gouvernement est donc clair: répondre aux événements de vendredi en sécurisant au maximum, et de façon visible, la capitale et l'ensemble du pays.

Pour l'ancien agent du service action de la DGSE Pierre Martinet, ces mesures ne seront pas efficaces. "Pour moi, ce n'est que de la poudre aux yeux que de mettre toute l'armée française dans les rues de Paris. Cela n'empêchera pas un attentat", fait-il valoir sur BFMTV. "On peut même mettre le Charles-de-Gaulle sur la Seine, cela n'empêchera pas un attentat. Il faut que chaque Français soit sensibilisé à sa propre sécurité, et soit actif dans la lutte contre le terrorisme. Il faut être vigilant et se sentir concerné par ce qu'il se passe", conclut-il.