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Attentats de Paris: l'attaque kamikaze, un mode opératoire nouveau en France

Les pompiers interviennent près du Bataclan pour évacuer les blessés, au soir des attaques terroristes du 13 novembre 2015.

Les pompiers interviennent près du Bataclan pour évacuer les blessés, au soir des attaques terroristes du 13 novembre 2015. - Dominique Faget - AFP

Vendredi soir, lors des attaques perpétrées à Paris et à Saint-Denis, sept des huit assaillants se sont faits exploser. Il s'agit des premiers attentats-suicides commis sur le sol français.

Vendredi soir, lors des attaques sanglantes perpétrées dans la capitale française, des terroristes se sont faits exploser. A Saint-Denis et à Paris, sur les huit assaillants morts, sept se sont tués en actionnant leurs gilets explosifs, avant même que les balles des policiers ne les atteignent. Une première en France. Le pays n'avait en effet jamais subit d'attaque-suicide sur son sol, jusqu'à présent. 

Explosions à la chaîne

Retour sur les faits. A 21h20 vendredi, une première explosion retentit ainsi au niveau de la porte D du Stade de France. La seconde intervient 10 minutes plus tard porte H, suivie par une troisième à 21h53, à 400 mètres du stade. Entre temps, un kamikaze se fait sauter boulevard Voltaire, à 21h43, avant que trois des assaillants du Bataclan ne fassent le même geste quelques heures plus tard, au moment de l'assaut de la police dans la salle de concert.

Dans son communiqué de revendication des attaques, diffusé peu avant midi ce samedi, Daesh salue l'action de "huit frères portant des ceintures d'explosifs", qui ont déclenché "leurs ceintures d'explosifs au milieu de ces mécréants après avoir épuisé leurs munitions", montrant ainsi que leur mort par suicide faisait partie du mode opératoire prévu pour ces attentats. 

Un mode opératoire nouveau 

Pour le criminologue Alain Bauer, ce mode opératoire constitue une vraie nouveauté. "Des gens qui se suicident après un attentat, on en a déjà eu. Mais c’est la première fois qu’il y a des kamikazes qui se font exploser avec des ceintures d’explosifs, soit lorsqu'ils mènent une opération contre le stade de France, soit au moment de l’assaut de la police au Bataclan", a-t-il fait valoir au micro de France Inter. Et l'objectif de la méthode est clair: faire le plus grand nombre de victimes.

"C'est très nouveau et très inquiétant", estime l'ancien juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, interrogé sur RMC. "Cela témoigne de la volonté d'attaquer massivement notre pays et de la capacité de Daesh de préparer et planifier des attaques coordonnées qui nécessitent des moyens et un soutien logistique".

Mais Alain Bauer souligne qu'au-delà de cette forme d'attaque-suicide, import direct d'une méthode terroriste très utilisée en zone de conflit au Moyen-Orient, en Syrie et en Irak notamment, les attaques de vendredi soir suivent un mode opératoire plutôt classique. "Contrairement à ce qui a été dit, ce sont des attentats extrêmement peu sophistiqués. Ils sont certes synchronisés, mais très peu sophistiqués. La kalachnikov ne nécessite aucune compétence particulière", rappelle ainsi le criminologue. 

Une menace qui pesait sur la France

Au début de l'été, un article publié par le Figaro se penchait sur la menace kamikaze qui pèse de plus en plus sur la France, et expliquait que l'hypothèse d'une attaque de ce genre commise sur le territoire français n'était "plus exclue par les experts du terrorisme". Le quotidien rappelait en effet que plusieurs ressortissants français partis faire le jihad en Syrie ou en Irak s'étaient sacrifiés sur le terrain pour commettre des attentats. 

A l'installation permanente de la menace terroriste en France dans les années 2000, s'ajoute une idéalisation de la mort au combat, développée dans l'imaginaire jihadiste, pour lequel la mort devient une fin en soi. "Les terroristes, endoctrinés, ont la volonté de mourir", souligne ainsi dans une note la Commission parlementaire sur la surveillance des filières jihadistes.

"Dans l'imaginaire des jihadistes, la mort constitue le but final, s'apparentant à un sacrifice ou à un martyre, leur permettant d'accéder au paradis, et même de sauver leurs proches (...). Ce 'terrorisme sans retour' implique des actions kamikazes contre lesquelles il est particulièrement difficile de lutter", reconnaît cette commission. 

De nouveaux enjeux sécuritaires

Avec l'arrivée sur le territoire français de ce nouveau mode opératoire, qui relève de la zone de guerre, se pose donc la question de la sécurité. Comment lutter contre cette forme de terrorisme en milieu urbain? Comment sécuriser les lieux de forte affluence?

Les événements tragiques de vendredi soir l'ont démontré: face à des attaques imprévisibles et de grande ampleur impliquant des explosions kamikazes, les dispositifs sécuritaires tels que Vigipirate ne suffiront pas.