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Sécurité en Europe: le rôle crucial des échanges de renseignements

Les ministres de l'Intérieur et de la Justice des pays de l'Union européenne se réunissent ce jeudi après les attentats qui ont frappé Bruxelles. Tout l'enjeu de cette rencontre repose sur l'amélioration de la collaboration entre les pays. Comment fonctionnent les échanges d'informations entre les 28 Etats membres? Eclairage.

Une réunion extraordinaire des ministres de l'Intérieur et de la Justice des pays de l'Union européenne va se tenir ce jeudi à Bruxelles. L'objectif est d'apporter des réponses communes après les attentats qui ont frappé la capitale belge. Avec un maître-mot: améliorer la collaboration européenne en matière de renseignements. Un processus encore difficile à mettre en place, comme nous l'expliquent Ulysse Gosset, éditorialiste international BFMTV, et Jacques Di Bona, consultant lutte antiterroriste de BFMTV.

Quelle est la position de la France face au fichier central des passagers, le PNR

Ulysse Gosset: La France est en pointe sur ce fichier, qui centralise les données des passagers voyageant à l'intérieur de l'Europe pour mieux identifier d'éventuels terroristes. Il y aura un vote le 21 avril prochain au Parlement européen pour l'adopter officiellement. Ensuite, il faudra du temps pour le mettre en place. Dès demain, il faut organiser la riposte après les attentats de Bruxelles et montrer aux opinions publiques, aux citoyens de l'Europe, que l'on peut faire face. 

En quoi ce fichier pourrait être utile?

Ulysse Gosset: Bernard Cazeneuve (le ministre français de l'Intérieur) demande que l'on puisse échanger les données existantes dans les différents fichiers européens, en particulier le fichier de Schengen. Il faut pouvoir échanger des informations entre nations et relier les fichiers avec ceux des fichiers terroristes pour pouvoir les croiser et sortir des informations. Les Etats voudraient consolider la base de données, améliorer leur connaissance des différents mouvements à l'intérieur de l'Europe pour éventuellement traquer des terroristes.

Une agence européenne de renseignements est-elle possible?

Ulysse Gosset: Il y a déjà Europol et un coordinateur de la lutte anti-terroriste. Il y a un projet sur la table qui consiste à créer une véritable agence de type fédéral au niveau européen, un peu comme aux Etats-Unis avec le FBI et la CIA. La France est opposée à cette idée. Il y a d'ailleurs ce mercredi une tribune dans Le Monde de l'ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt qui demande à la France d'accepter cette idée. Mais la France, comme d'autres pays européens, ne veut pas divulguer des secrets d'Etat à tous les membres. Cette collaboration peut être envisagée de manière bilatérale mais pas commune aux 28 membres.

Claude Guéant propose un fichier européen de terroristes identifiés. Est-ce que cela n'existe pas déjà?

Jacques Di Bona: Déjà, les représentants des services de renseignement des 28 Etats se réunissent et échangent. Mais les informations échangées varient en fonction des Etats. Il existe depuis longtemps des fichiers terroristes à Europol. Cette agence est chargée de croiser les données pour les autres Etats. Si on l'alimente bien, cela fonctionne bien. Si on ne fournit pas des informations ou on les transmet trop tard, ce n'est pas opérationnel. La difficulté, c'est que les pays les plus forts en renseignements ont le plus de mal à partager. L'idée est de protéger ses sources. Si toutes les informations sont mises en commun, il y aura des fuites.

E. M.