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Professeur assassiné: une note du renseignement décrivait les tensions après le cours de Samuel Paty

Le professeur d'histoire avait donné un cours sur la liberté d'expression le 5 octobre dernier, pendant lequel il avait montré des caricatures de Mahomet.

Trois jours après l'assassinat de Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie décapité à proximité du collège où il enseignait à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), l'enquête progresse. BFMTV a pu avoir accès à une note émanant du renseignement territorial des Yvelines, datée du 12 octobre, intitulée "Incident en lien avec les principes de laïcité au sein du collège du Bois d'Aulne", dont Libération avait révélé le contenu ce samedi.

Le point de départ de cette note se situe le 5 octobre, date à laquelle Samuel Paty a donné à ses élèves un cours sur la liberté de la presse, en illustrant son propos par des caricatures du prophète Mahomet. L'enseignant avait alors proposé aux élèves qui auraient pu se sentir offensés par cette image de "fermer les yeux ou de sortir de la classe quelques secondes".

Réactions le lendemain du cours

La présence d'une accompagnante d'un élève en situation de handicap au sein de la classe permet de confirmer les préconisations du professeur. Il est précisé que ce dernier avait demandé au préalable s'il y avait des élèves de confession musulmane dans la classe.

Les réactions de parents d'élèves se manifestent dès le lendemain, le 6 octobre, retrace la note. Une mère de famille contacte alors la principale du collège en pleurs, rapportant que sa fille avait été mise à l'écart dans le couloir sous prétexte qu'elle était musulmane, et qu'elle vivait cette situation "comme une discrimination".

La cheffe de l'établissement s'entretient alors avec Samuel Paty, et lui demande de rencontrer la mère de famille en fin de semaine. La principale le sollicite également afin qu'il revienne avec la classe concernée sur son cours, dans le but d'apaiser la situation avec les élèves. Elle l'invite par ailleurs à "s'excuser s'il avait été maladroit", ce que fera l'enseignant.

Au lendemain de cette rencontre, le 7 octobre, la principale reçoit dans la boîte mail de l'établissement scolaire des messages anonymes de protestation. "Face au climat actuel de la France où un climat d'islamophobie s'est installé, pourquoi cherchez-vous à diviser en plus dès le plus jeune âge?", est-il écrit dans un message.

Crainte de sit-in devant le collège

Elle reçoit par ailleurs deux hommes, nommément cités dans la note: le père de la jeune fille ainsi qu'un autre homme, se présentant comme le responsable des imams de France, qui se révélera être Abdelhakim Sefrioui, placé en garde à vue, connu des services de renseignements comme étant un militant islamiste. La rencontre ne parvient pas à apaiser la situation avec eux. Les deux hommes menacent de prévenir la presse mais il n'est pas fait état de menaces à l'égard de Samuel Paty.

La note conclut que la communication entre la direction et les familles a permis d'apaiser les tensions, tensions principalement dues aux deux hommes qui se sont présentés. Il n'y a "aucune tension palpable majeure" au sein de l'établissement, tant du côté de la communauté éducative que du côté des parents d'élèves, ajoute le document. Cette note fait état d'une crainte, qu'il y ait des sit-in devant l'établissement.

Mélanie Vecchio avec Clarisse Martin