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Procès des attentats contre Charlie Hebdo: le port du masque parasite les débats

Plusieurs parties mettent en garde contre une éventuelle contamination qui entraînerait un report du procès, tandis que d'autres s'agacent de la gêne physique. Un avis de l'ARS est attendu.

Des accusés, derrière une vitre, dont on ne voit que le regard. Idem pour les avocats, les témoins et les parties civiles, sommés de s'exprimer avec le masque à la barre. Tel est le tableau auquel on peut assister, depuis mercredi, au procès des attentats de janvier 2015 visant la rédaction de Charlie Hebdo.

"C'est très gênant et on ne comprend pas la moitié de ce que les gens disent quand il y a un masque. Et comme il y a des sonorisations de salle supplémentaires, (...) personne n'entend rien. (...) Je préfère parler à découvert", s'agace Me Jean Chevais, avocat de l'un des accusés, au micro de BFMTV.

"Un accord a été trouvé"

Face au mécontentement général, la cour d'assises spéciale de Paris a décidé ce jeudi d'autoriser les accusés et avocats du procès des attentats de janvier 2015 à ôter leur masque lorsqu'ils s'expriment longuement. Plusieurs parties dénonçaient une atteinte aux droits de la défense.

Un "accord a été trouvé" sur le port du masque, "qui devrait dissiper les inquiétudes exprimées", a annoncé le président de la cour Régis de Jorna, en ouvrant les débats au deuxième jour d'audience de ce procès hors normes.

En vertu de cet accord, conclu entre le premier président de la cour d'appel Jean-Michel Hayat et le bâtonnier de Paris Olivier Cousi, les accusés pourront "ôter leur masque", imposé par la crise sanitaire, "lorsqu'ils seront interrogés", a précisé le président.

"Lorsque les victimes, les parties civiles vont venir à la barre, il faudra que le président puisse voir leur visage, leur douleur, leur émotion. Et donc ce n'est pas en calfeutrant le visage qu'on pourra faire quoi que ce soit", estime Me Jean Reinhart, avocat de la famille de Frédéric Boissieu, tué par les frères Kouachi.

Un avis de l'ARS attendu

Régis de Jorna, qui a saisi l'Agence régionale de santé (ARS), dont l'avis est attendu ce vendredi, a néanmoins insisté sur le fait que cette disposition était "une possibilité" et non une "obligation". Les avocats pourront enlever leur masque lors de leurs plaidoiries mais aussi pour leurs interventions ponctuelles.

"Celles et ceux qui ne s'expriment pas doivent le porter", a rappelé le président, mettant en garde "contre les conséquences sanitaires" d'un relâchement, "qui pourrait mener à l'interruption du procès" en cas de foyer d'infection.

Craintes du report

Si plusieurs avocats s'étaient inquiétés dès mercredi de l'obligation généralisée de porter le masque durant les deux mois et demi d'audience, Me Christian Saint-Palais, avocat de l'un des accusés, a toutefois insisté après l'accord de ce jeudi sur la nécessité de cet "avis éclairé", mettant en garde contre les conséquences d'une éventuelle contamination.

"Si un seul de nous est contaminé, le procès sera suspendu". Or "nous n'accepterons pas que la détention provisoire" des accusés "perdure", a-t-il souligné, en rappelant que la plupart d'entre eux étaient incarcérés depuis cinq ans et demi.

D'autres s'inquiètent de cette dérogation admise par le président de la cour d'assises, comme l'urgentiste Patrick Pelloux, partie civile au procès, qui craint lui aussi un report du procès.

"Qu'est-ce qu'on dira si, demain, vous vous retrouvez avec la moitié de la cour qui a le coronavirus et qui est en réanimation? C'est le problème et (...) on ne peut pas surseoir au procès, si on reporte le procès, on ne sait pas quand il aura lieu", a-t-il rappelé auprès de BFMTV.

Quatorze accusés sont jugés, soupçonnés à des degrés divers de soutien aux frères Chérif et Saïd Kouachi et à Amédy Coulibaly, auteurs des attaques qui ont semé l'effroi en janvier 2015. Trois d'entre eux, partis peu avant les attentats dans la zone irako-syrienne, sont jugés par défaut.

Alexandra Gonzalez et Cécile Ollivier avec Jules Pecnard avec AFP