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Attentats de janvier 2015: à quoi va servir le procès?

Bougies et fleurs déposées place de la République, à Paris, un an après les attentats de janvier 2015.

Bougies et fleurs déposées place de la République, à Paris, un an après les attentats de janvier 2015. - JOEL SAGET / AFP

Durant dix semaines, la cour d'assises spéciale va tenter d'établir la chaîne de responsabilité entre les 14 accusés ayant permis la mort de 17 personnes en janvier 2015. Un moment "cathartique" pour les rescapés et proches des victimes.

"A-t-on le droit d’infliger à un rescapé de se remémorer les détails les plus atroces de ce qu’il a vécu?", s’interroge le dessinateur Riss, blessé pendant l’attentat de Charlie Hebdo, dans son livre Une minute quarante-neuf secondes. C’est en tout cas ce que s’apprêtent à revivre les 200 parties civiles du procès des attentats de janvier 2015, dont le procès-fleuve s’ouvre ce mercredi. 171 tomes de procédure, 10 semaines d’audience, 144 témoins, 70 médias accrédités… Derrière ces chiffres révélateurs d’un événement inédit, la justice va tenter d’expliquer comment, sur le sol français, une série d’attaques a pu tuer 17 personnes et en blesser des dizaines d’autres. Un moment "cathartique" pour les victimes, qui n'auront toutefois pas, face à eux, les principaux responsables.

Portée historique

Depuis des mois, la justice se prépare. Les magistrats organisent des réunions d’information avec les parties civiles et orchestrent des audiences fictives pour s’assurer que tout se déroulera comme prévu. La place de chaque accusé dans le box, l’entrée des avocats, ou même l’accès au wifi… Le moindre détail a été préparé au millimètre près. Signe de la portée historique de l’événement, l’ensemble des audiences seront filmées. Une première pour un contentieux terroriste. Avant sans doute d’autres à venir, dont celui, colossal, des attentats du 13-Novembre.

Au-delà de la symbolique, le procès sera un moment "cathartique" pour les parties civiles, insiste depuis son cabinet parisien maître Patrick Klugman. L’avocat, qui représente 12 familles touchées dans l’attentat de l’Hyper Cacher, estime auprès de BFMTV.com que "la société leur doit ce temps d’écoute." Les audiences ont d’ailleurs été organisées de façon à ce que chaque personne touchée sur l’une des quatre scènes de crime - la rédaction de Charlie Hebdo, le supermarché de l’Hyper Cacher, l’attaque de Montrouge et la prise d’otages à Dammartin-en-Goële -, puisse être entendue distinctement par la cour. Bien que préparées, revenir sur ces minutes de janvier où leurs vies ont basculé sera, de toute évidence, douloureux pour les victimes.

Les blessés "ont du mal à exister"

"Lors des attentats, leur douleur était publique, partagée avec tous les Français. Tombée dans l’intime pendant cinq ans, elle s’apprête à redevenir publique le temps du procès", observe auprès de BFMTV.com Guillaume Denoix de Saint-Marc, porte-parole et directeur général de l'Association française des victimes du terrorisme.

Un temps d’écoute particulièrement important pour les blessés, physiques ou psychiques, qui ont "du mal à exister", selon Riss, devenu depuis directeur de la publication de Charlie Hebdo. "Ils ne sont pas morts et leurs noms ne sont inscrits nulle part." Patrick Klugman juge quant à lui que la souffrance des survivants de l’Hyper Cacher a jusqu’à présent été "occultée". Le procès est l’occasion de la mettre pleinement en lumière.

Une affiche avec le portrait des victimes de l'Hyper Cacher devant le supermarché à Vincennes, le 5 janvier 2017.
Une affiche avec le portrait des victimes de l'Hyper Cacher devant le supermarché à Vincennes, le 5 janvier 2017. © CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Des seconds couteaux?

C’est "une étape importante pour eux", poursuivent auprès de l'Agence France Presse Marie-Laure Barré et Nathalie Senyk, avocates de victimes de Charlie Hebdo. "Ils attendent que justice soit rendue pour savoir qui a fait quoi, tout en sachant que ceux qui ont appuyé sur la gâchette ne sont plus là."

Les auteurs, Amedy Coulibaly, Chérif et Saïd Kouachi ayant été tués lors des attaques, la cour va "avoir la lourde tâche de juger des faits pour lesquels les principaux responsables ne seront pas présents, et ne peuvent rendre compte. Pour cela, la justice sera mise à lourde épreuve", s’est récemment inquiétée Me Safya Akorri, avocate de la défense.

"Nous préparons les victimes à ne s’attendre à rien, si ce n’est une meilleure connaissance de l’implication de chacun", explique Guillaume Denoix de Saint-Marc. La priorité est bien d’établir la chaîne de responsabilité des 14 personnes poursuivies dans la réalisation des attentats, de juger ceux qui ont "accompagné Amedy Coulibaly dans sa démarche", selon l'avocat des victimes de l'Hyper Cacher. Les accusés ne sont pas des seconds couteaux, tranche-t-il.

"Ils ont une responsabilité qui leur est propre."

La logistique ayant permis les attaques a été longuement disséquée par les enquêteurs. Trois principaux accusés, Hayat Boumeddiene, épouse religieuse de Coulibaly, et les frères Belhoucine manquent par ailleurs à l'appel. L’issue du procès est-elle pour autant déjà jouée d’avance? "On ne sait jamais ce qu’il peut se passer lors d’un procès", considère maître Klugman, déjà présent sur les bancs des parties civiles au procès Merah. L’audition du jihadiste Peter Cherif, suspecté d’être lié au attentat sans qu’aucun élément ne permettre de le poursuivre, prouve que des surprises sont encore possibles.

Esther Paolini Journaliste BFMTV