BFMTV

Attentats de janvier 2015 : un dispositif exceptionnel pour un procès emblématique

Cinq ans après les premiers attentats jihadistes d'une vague sans précédent, le procès des attaques contre Charlie Hebdo, l'Hyper Cacher et des policiers s'ouvre mercredi, sous haute surveillance.

Après plus de trois ans d’enquête, le procès des attentats de janvier 2015 s’ouvre ce mercredi. 49 jours d’audience attendent les 14 accusés, 200 parties civiles, 94 avocats et cinq magistrats professionnels de la Cour d’assises spéciale. Ce procès doit, selon le procureur national antiterroriste Jean-François Ricard, permettre "d’approcher la vérité", plus de cinq ans après les attaques de Charlie Hebdo, de l’Hyper cacher et de policiers menées par les frères Saïd et Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly.

L'audience débutera à 10h00 mais, contrairement aux autres procès d’assises, elle ne se déroulera pas dans l’historique Palais de justice de l'île de la Cité. Pour des raisons de logistique, les débats auront lieu dans le nouveau tribunal judiciaire, près de la porte de Clichy.

Outre la salle principale, dédiée aux audiences, quatre pièces seront dévolues aux retransmissions du procès et seront accessibles aux parties civiles, aux avocats et à la presse. Le public, en nombre limité, pourra également avoir accès à la retransmission dans l’auditorium du tribunal judiciaire spécialement réservé à cet effet.

· Un procès filmé pour l’Histoire

Cette captation, prévue depuis la loi du 11 juillet 1985, est une première en matière de terrorisme. Le parquet national antiterroriste en a fait la demande le 4 juin dernier en vertu de l’intérêt de ces audiences "pour la constitution d'archives historiques de la justice", comme en dispose l’article L221-1 du code du patrimoine.

Le président de la cour d’appel de Paris a accueilli favorablement cette demande le 30 juin au vu de "l'émotion qu'ont engendré" les attaques de la rédaction de Charlie Hebdo, de policiers et du magasin Hyper Cacher". Les attentats de janvier 2015 ont "largement dépassé les frontières" et "profondément marqué l'histoire du terrorisme national et international", est-il inscrit dans l'ordonnance rendue par le par la cour d’appel.

Il s’agit d’un "procès pour l’histoire compte tenu du retentissement" de ces crimes, a souligné lundi sur France Info Jean-François Ricard.

· Un dispositif sécuritaire et sanitaire d’ampleur

Des mesures exceptionnelles de sûreté seront mises en place dans le tribunal judiciaire qui s’apprête à voir défiler des individus poursuivis notamment pour "complicité" de crimes terroristes, "association de malfaiteurs terroriste criminelle" et "financement du terrorisme". Ainsi, des contrôles par détecteur de métaux seront obligatoires pour tous avant l’accès aux salles.

Par ailleurs, la crise sanitaire - qui a déjà retardé la tenue du procès de cinq mois - impose de revoir la disposition des personnes assistant aux débats. Les capacités des salles d'audience et de retransmission du tribunal judiciaire ont ainsi été réduites de moitié. Le port du masque est également obligatoire dans l’enceinte du tribunal ainsi que dans les salles d’audience et de retransmission.

"L’accès au site sera refusé à toute personne dépourvue de masque", prévient le parquet national antiterroriste.

· Une cour d’assises spécialement composée

Les 14 personnes poursuivies dans cette affaire sont renvoyées devant la Cour d’assises spéciale, compétente pour juger des actes de terrorisme et composée exclusivement de magistrats professionnels depuis la loi du 9 septembre 1986, contrairement aux cours d’assises classiques.

Durant 49 jours, les audiences seront présidées par Régis De Jorna, premier président de chambre à la cour d’appel de Paris, accompagné de quatre magistrats assesseurs professionnels. Jean-François Ricard et Julie Holveck seront les deux représentants du parquet, appelés "avocats généraux".

Par ailleurs, 200 victimes ou familles de victimes se sont constituées parties civiles et certains d’entre eux ont pris la décision de venir témoigner à la barre. 144 témoins seront également cités à l’audience et 14 experts viendront livrer leur analyse des faits et de leurs auteurs.

· Le travail colossal de 94 avocats pour 200 parties civiles et 14 accusés

Les avocats des accusés et des parties civiles ont dû éplucher les 171 tomes de procédure pour préparer leurs plaidoiries. Des centaines et des centaines de pages contenant les compte-rendus des enquêtes de police, les auditions des témoins, des accusés, les rapports d’expertises, les analyses scientifiques... se sont amoncelées.

A quelques jours du procès, elles étaient encore réparties sur le bureau de verre du cabinet parisien de Me Patrick Klugman qui représente 12 victimes de l’Hypercacher et leurs familles avec Mes Louise Bouchain et Valentine Rebérioux.

"Ce dossier on le connaît depuis longtemps", nous indique Me Klugman qui suit ses clients depuis le début. "Mais dans un dossier criminel, c’est à l’audience que tout se passe. Il y a toujours des rebondissements, mais comme on le connaît bien, on saura réagir", ajoute-t-il confiant.

Trois de ses clients ont décidé de s’exprimer à l’audience, un moment délicat mais pour lequel les avocats ne veulent pas les préparer. "Cela doit rester très sincère. On leur dit simplement d’oublier les médias et surtout de ne pas se brimer", explique Me Louise Bouchain.

"Ce procès est une étape importante pour eux. Ils attendent que justice soit rendue pour savoir qui a fait quoi, tout en sachant que ceux qui ont appuyé sur la gâchette ne sont plus là", expliquent à l'AFP Marie-Laure Barré et Nathalie Senyk, avocates de victimes de Charlie Hebdo.

Pour Safya Akorri, l'une des avocates de la défense, en l'absence des "principaux responsables" (les frères Kouachi et Amédy Coulibaly morts lors des attaques, ndlr) qui ne pourront "rendre compte", la justice sera "mise à lourde épreuve durant ces deux mois, et l'attente de rigueur que l'on est en droit de placer en elle est immense". Le délibéré devrait être rendu le 10 novembre.

Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV