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Mais quand prendra fin l'état d'urgence?

Le gouvernement souhaite prolonger de deux mois supplémentaires l'état d'urgence en raison de la menace terroriste encore forte en France et de l'organisation de l'Euro de football cet été. Mais prendra-t-il vraiment fin d'ici à la prochaine présidentielle?

Pour la troisième fois depuis les attentats de Paris, l'état d'urgence devrait être prolongé. Événement exceptionnel, mesure exceptionnelle: tel est le credo du gouvernement, qui s'est employé à rassurer. La prolongation de cet état d'exception est notamment justifiée par le risque d'attentats toujours élevé, notamment lors de l'organisation de l'Euro de football à partir du 10 juin dans l'Hexagone, où près de deux millions de visiteurs sont attendus. La mesure sera sans doute votée par le Parlement dans les prochains jours. Une chose est quasiment sûre: l'état d'urgence ne prendra pas fin avant le 26 juillet, après la fin du tour de France.

Des membres de l'opposition applaudissent l'initiative, même si certains s'étonnent que cette décision n'ait pas été prise plus tôt.

"Le gouvernement s'y était farouchement opposé. Aujourd'hui, il revient à la raison. On a perdu deux débats parlementaires. On aurait pu faire les choses immédiatement et de façon plus efficace", estime Éric Ciotti, député LR des Alpes-Maritimes, "soulignant un manque d'anticipation".

A la gauche de la gauche, l'annonce a provoqué un certain malaise. Le député Noël Mamère dénonce de son côté une spirale infernale.

"On va nous inventer ensuite un prétexte pour le prolonger jusqu'à la présidentielle. Cette décision ne correspond pas à la réalité de notre pays. Elle ne peut que faire encore plus peur aux Français", a jugé l'élu écologiste.

Utile pour faire face à la menace?

L'état d'urgence permet notamment à l'État d'ordonner des perquisitions à domicile, sans passer par l'autorité judiciaire, ou encore d'assigner à résidence des personnes dont l'activité est considérée comme dangereuse. Depuis novembre 2015, les forces de l'ordre ont ainsi mené 3.500 perquisitions et procédé à 400 interpellations. Soixante-neuf personnes ont par ailleurs été assignées à résidence.

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Les associations de défense des droits de l'homme s'inquiètent toutefois des dérives entraînées par ce régime d'exception. "Il a été voté pour lutter contre le terrorisme. Mais on voit bien aujourd'hui qu'il sert à tout autre chose. Il y a aujourd'hui cinq mises en examen à ma connaissance pour faits liés au terrorisme. Sur près de 4.000 perquisitions, on peut considérer que ce n'est pas très fructueux", souligne François Dumont, la présidente de la Ligue des droits de l'Homme.

"Les instruments de l'état d'urgence ne permettent pas de prévenir la menace. En revanche, c'est une épée de Damoclès posée sur nos libertés", résume Serge Slama, également membre de la Ligue des droits de l'homme.

Mais pour l'exécutif, il est difficile de prendre le risque d'une sortie de l'état d'urgence alors que la menace pèse toujours. Pour contourner cette difficulté, le président de la République envisageait une réforme de la Constitution. Mais le chantier a finalement été abandonné après des mois de débat autour de la déchéance de nationalité.

P. P. avec Alexis Cuvillier