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Daesh: "Les femmes sont recrutées de manière silencieuse"

Hayat Boumeddienne, sur une photo vraisemblablement prise en 2010.

Hayat Boumeddienne, sur une photo vraisemblablement prise en 2010. - BFMTV

En 2015, 140 femmes françaises sont parties faire le jihad en Syrie. Comment sont-elles recrutées? Comment la propagande s'adresse-t-elle à elles? Explications avec Nicolas Hénin, spécialiste des questions de jihad.

Elles n'étaient qu'une centaine en 2014. Elles sont aujourd'hui plus du double. De plus en plus de Françaises, souvent très jeunes, rejoignent les rangs de Daesh en Syrie. "La moitié d'entre elles sont converties et ne sont pas d'origine arabo-musulmane", explique Nicolas Hénin, consultant pour BFMTV et auteur de Jihad Academy (*). Un départ qui commence souvent par un endoctrinement sur Internet, une radicalisation, puis un mariage religieux

Qui est en charge du recrutement des femmes au sein de Daesh?

D'autres femmes, puisque les hommes jihadistes ont interdiction de communiquer avec elles. Un simple échange par mail est en effet déjà considéré comme un jeu de séduction, et prohibé par la charia. Ce recrutement est silencieux, il se fait en tête-à-tête, et se diffuse de personne à personne. On voit très peu de femmes jihadistes s'exprimer publiquement sur les réseaux sociaux, contrairement aux hommes.

Certaines figures féminines, comme Hayat Boumeddiene, la compagne d'Amedy Coulibaly, semblent avoir émergé...

Oui, mais elle comme Hasna Aït Boulahcen, tuée dans l'assaut à Saint-Denis, n'apparaissent dans aucune vidéo de propagande de Daesh, puisqu'il est interdit de montrer des femmes autrement qu'avec le niqab. Dans la vidéo publiée dimanche soir sur les attentats du 13 novembre, les neuf membres du commando sont présentés, mais pas Hasna Aït Boulahcen.

Pourquoi Daesh recrute-t-il des femmes?

Les jihadistes de Daesh sont dans une logique de colons, ils veulent bâtir un pays, et pour cela, il faut se projeter dans l'avenir en créant des cellules familiales. Les jeunes femmes partent donc en Syrie souvent mariées, après s'être radicalisée et avoir épousé un jihadiste en devenir. Il arrive aussi qu'elles soient recrutées pour rejoindre leur futur époux sur place. Dans tous les cas, elles ont essentiellement un rôle de soutien familial.

Elles ne sont donc toujours pas sur la ligne de front?

Je n'ai jamais vu ou entendu parler d'une quelconque femme combattante ou kamikaze. Les seuls rôles féminins s'en approchant sont ceux tenus au sein de la police islamique de Daesh, la hisba. Des "policières" ont pour mission de s'assurer que les habitantes dans les villes tenues par l'EI appliquent bien les préceptes de la charia.

(*) Jihad Academy, Ed. Fayard, 18 euros