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Bonbonnes de gaz: le commando était "téléguidé" par Daesh depuis la Syrie

Au lendemain de l'interpellation de trois femmes dans l'Essonne, survenue dans le cadre de l'enquête sur la voiture remplie de bonbonnes de gaz retrouvée dimanche à Paris, le procureur de la République de Paris François Molins a donné de nouveaux éléments sur les investigations en cours, ce vendredi.

Le procureur de la République de Paris François Molins a indiqué ce vendredi lors d'une conférence de presse que le commando de femmes interpellé jeudi à Boussy-Saint-Antoine, dans l'Essonne, et suspecté de préparer des "actions violentes et imminentes", était "téléguidé" par des jihadistes de Daesh depuis la Syrie.

> "Totalement réceptives à l'idéologie de Daesh"

"Un commando terroriste composé de jeunes femmes a été démantelé", a annoncé le procureur de la République. Les membres du commando étaient "totalement réceptives à l'idéologie mortifère de Daesh", a-t-il précisé.

"Le passage à l'acte par des jeunes femmes téléguidé par des individus se trouvant en Syrie, dans les rangs de Daesh, démontre que cette organisation entend faire des femmes des combattantes. (...) L'organisation terroriste utilise non seulement des hommes mais aussi des femmes, des jeunes femmes, qui font connaissance et nouent leur projet de manière virtuelle", a poursuivi François Molins, ajoutant que le "dessein de ce commando était clairement de commettre un attentat". 

> Bonbonnes de gaz et cigarette 

François Molins est revenu sur le contenu de la voiture retrouvée dimanche dans le 5e arrondissement de Paris, à proximité de Notre-Dame, et dans laquelle se trouvaient plusieurs bonbonnes de gaz. "Le coffre du véhicule contenait cinq bonbonnes de gaz, trois bouteilles supportant des traces de gasoil, ainsi qu'une cigarette à peine consumée à proximité d'une couverture supportant des traces d'hydrocarbure", a détaillé le procureur.

"Si aucun dispositif de mise à feu n'a été découvert, il ressort néanmoins que l'incendie du véhicule, s'il avait pris, aurait nécessairement entraîné au bout de quelques minutes l'explosion d'au moins une bouteille de gaz, ce qui aurait suffit à entraîner à elle seule la destruction de l'ensemble du véhicule", a-t-il expliqué. 

> Deux jeunes femmes fichées S

François Molins a également indiqué que les investigations menées sur le véhicule ont permis de déterminer qu'il appartenait à un père de cinq filles, originaire de Seine-Saint-Denis. L'une de ses filles , Inès M., née le 15 mars 1997, connue des services de renseignement pour des velléités de départ vers la Syrie et fichée S, n'avait pas regagné le domicile familial depuis quelques jours. 

L'empreinte papillaire d'une autre jeune femme, Ornella G., née le 25 mai 1987, également connue des services spécialisés pour velléités de départ en Syrie et elle aussi fichée S, a été par ailleurs découverte dans le véhicule, et son empreinte génétique a pu être relevée sur la ceinture et la poignée passager avant. La garde à vue de cette jeune femme est toujours en cours et va se poursuivre cette nuit.

"Elle devrait être déférée samedi en milieu de journée, en vue de l'ouverture d'une information judiciaire et donc de sa présentation devant un magistrat instructeur antiterroriste", a fait savoir François Molins. 

> Couteau de 20 cm

Cette première enquête sur la voiture chargée de bonbonnes de gaz est "étroitement liée aux arrestations survenues jeudi en début de soirée dans la commune de Boussy-Saint-Antoine dans l'Essonne", a précisé le procureur, arrestations relatives à un projet d'attentat "imminent". 

"Les enquêteurs sont parvenus très rapidement à identifier et localiser plusieurs protagonistes de ce projet. Les investigations menées par le biais d'un important travail de géolocalisation et d'interception téléphonique ont rapidement orienté vers le domicile d'une dénommée Amel S., demeurant à Boussy-Saint-Antoine", a expliqué François Molins. "Arrivés aux abords de ce domicile dans un véhicule banalisé, les policiers ont constaté que trois jeunes filles sortaient de l'immeuble: Amel S., et une dénommée Sarah H., entièrement voilée, et Inès M., qui portait une casquette". 

"Sarah H. a couru en direction du véhicule banalisé, et asséné un violent coup de couteau dans l'épaule gauche du policier, à travers la vitre ouverte du véhicule, à l'aide d'un couteau de cuisine muni d'une lame de 20 cm", a détaillé le procureur, précisant que les trois jeunes femmes ont ensuite pris la fuite, avant d'être interpellées.

> Plusieurs perquisitions menées

C'est au cours de cette interpellation qu'Inès M. a été blessée à la cuisse et à la cheville par un policier sur lequel elle avait tenté de se jeter avec un couteau, qui a fait usage de son arme. La jeune femme était porteuse des clés du véhicule utilisé pour la tentative d'attentat dans le 5e arrondissement de Paris. Dans son sac à main a été retrouvé un document manuscrit dans lequel elle fait allégeance à Daesh et à son "calife" Abu Bakr al-Baghdadi. 

Les perquisitions menées au domicile d'Amel S. ont permis de découvrir sept bouteilles en verre vides, et des mèches artisanales en papier. Dans son véhicule, stationné dans le parking de l'immeuble, ont également été retrouvés deux jerricans de cinq litres avec des résidus de carburant. De nombreuses images de propagande de Daesh ont par ailleurs été retrouvées dans l'ordinateur d'Inès M.

> Une "ancienne promise de Larossi Abballa"

Sarah H., 23 ans, était "connue des services spécialisés comme étant particulièrement liée à la mouvance jihadiste", et l'"ancienne promise de Larossi Abballa, auteur de l'attentat de Magnanville, et d'Adel Kermiche, auteur de l'attentat de Saint-Etienne du Rouvray", a par ailleurs expliqué François Molins. 

Deux autres individus ont été interpellés dans le cadre de cette enquête. La première interpellation, qui a eu lieu dans la soirée de jeudi, aux Mureaux, dans les Yvelines, concerne Mohamed Lamine A., né en 1993, connu des services comme un "individu particulièrement radicalisé", et frère d'un homme mis en examen et écroué dans le dossier de l'attentat de Magnanville. Selon François Molins, cet homme s'apprêtait à se marier religieusement avec Sarah H. 

L'autre interpellation s'est déroulée ce vendredi matin à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, et concerne la fille aînée d'Amel S., âgée de 15 ans. 

Adrienne Sigel