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Attentat raté sur les Champs-Elysées: l'assaillant voulait "faire de son véhicule un engin explosif"

Le procureur de la République de Paris François Molins a livré ce mercredi des éléments de l'enquête sur l'attentat raté des Champs-Elysées, trois jours après qu'un homme a foncé en voiture sur un fourgon de gendarmes.

L'individu préparait "indiscutablement" une "action violente". Trois jours après les faits, le procureur de la République de Paris a livré lors d'une conférence de presse les derniers éléments de l'enquête sur l'attentat raté des Champs-Elysée survenu lundi après-midi, et dont l'auteur a été la seule victime. 

Ce jour-là, peu avant 16 heures, sur l'avenue parisienne, au niveau du rond point des Champs-Elysées, un homme avait foncé en voiture contre un véhicule des gendarmes mobiles. Grièvement blessé, l'assaillant avait succombé peu après.

"Ce passage à l'acte, qui interroge tant par le mode opératoire employé que par la personnalité de son auteur, n'a sans nul doute pas atteint l'objectif envisagé", a déclaré François Molins. "L'arsenal découvert dans le véhicule atteste de l'ampleur de l'action terroriste projetée, qui, si elle avait abouti, aurait pu avoir des conséquences humaines dramatiques", a-t-il estimé. 

Une volonté de rejoindre la Syrie 

Cet homme de 31 ans avait voulu rejoindre la Syrie, a indiqué le procureur de la République, citant une lettre-testament envoyée par l'assaillant à ses proches par la Poste le 19 juin, dans laquelle il écrit notamment avoir "soutenu depuis des années les moudjahidines qui combattent pour secourir l'islam et les musulmans", "avoir porté allégeance à Abou Bakr al-Baghdadi", le chef de Daesh, avoir pratiqué le tir sportif pour sa préparation au jihad et avoir voulu se rendre en Syrie. L'homme déplore en avoir été empêché "par des apostats contre l'Etat islamique". 

Plusieurs déplacements en Turquie en 2016, sous couvert de son activité professionnelle de vendeur de métaux, et un séjour de deux mois sur place en 2015, "attestent d'une volonté déterminée de rejoindre la zone irako-syrienne", au regard du contenu de la lettre-testament, a indiqué François Molins. 

Une enquête en flagrance, des chefs de tentative d'assassinat sur personne dépositaire de l'autorité publique en relation avec une entreprise terroriste, association de malfaiteurs terroristes en vu de de la commission de crimes d'atteinte aux personnes, acquisition, détention, transport d'armes en liaison avec une entreprise terroriste, et tentative de destruction du bien d'autrui par moyens dangereux et en relation avec une entreprise terroriste. 

Un arsenal impressionnant

Le procureur de la République de Paris a ensuite donné le détail de l'impressionnant arsenal retrouvé à la fois dans le véhicule de l'assaillant mais aussi à son domicile, dans l'Essonne. 

Dans la voiture ont été découvertes deux bouteilles de gaz de 13 kilos chacune, "pleines et toujours dotées de leur opercule de sécurité", mais aussi des armes, plusieurs milliers de munitions de différents calibres, 28 chargeurs, plusieurs couteaux multipointes, et "une besace calcinée qui contenait de très nombreux projectiles ressemblant à des ogives". L'homme avait fait l'acquisition des bonbonnes de gaz le 18 juin, soit la veille de son passage à l'acte, a précisé François Molins, ajoutant que, compte tenu de ce dispositif, l'auteur de l'attentat raté "avait pour objet de faire de son véhicule un engin explosif". A la ceinture de l'assaillant a également été retrouvée "une arme de poing de type Glock 19, avec chargeur approvisionné et engagé". 

Par ailleurs, la perquisition menée à son domicile a permis de découvrir, au sous-sol du pavillon, un stock de matériel tout aussi conséquent, à savoir huit bidons de poudre de rechargement de munitions, d'une contenance de 500 grammes chacun, "poudre qui peut aussi servir à la confection d'un engin explosif artisanal", a précisé le procureur de la République.

Les enquêteurs ont en effet mis la main sur une couscoussière entourée de ruban adhésif de type chatterton, qui aurait pu servir à cette fin. Sur place ont également été trouvés deux fusils à pompe, des mini-alarmes, des talkies-walkies, une chambre à air, du fil de fer, des cartouchières, des étuis de chargeurs, une machette, un couteau de chasse, un pistolet, une matraque téléscopique, ainsi qu'un fusil à lunette. "Ces éléments témoignent de la préparation indiscutable d'une action violente", a fait valoir François Molins.

Un demi-tour soudain

Enfin, selon les éléments issus des enregistrements de vidéosurveillance parisiens, l'auteur s'est toujours trouvé seul dans son véhicule, et a été vu à 15h34 sur le pont des Invalides, puis à 15h39 avenue des Champs-Elysée, en direction de la place de l'Etoile.

"A l'instant où il a croisé un convoi de CRS puis le convoi de gendarmes, il a fait subitement demi-tour au rond point des Champs-Elysées", avant de percuter le fourgon de gendarmes mobiles, à 15h39 toujours, a détaillé le procureur de la République. L'origine de l'implosion du véhicule est toujours indéterminée et les analyses se poursuivent. 

Adrienne Sigel