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Soupçons de jihad: Gilles Le Guen, Breton de 60 ans, devant la justice

Gilles Le Guen, dans une vidéo de propagande diffusée en octobre 2012 sur un site mauritanien.

Gilles Le Guen, dans une vidéo de propagande diffusée en octobre 2012 sur un site mauritanien. - Sahara Media - AFP

Gilles Le Guen, premier jihadiste présumé arrêté à l'étranger, est jugé à partir de ce lundi à Paris. Portrait d'un homme dont les motivations restent obscures à ce jour.

Le parcours trouble et tumultueux d'Abdel Jelil, de son vrai nom Gilles Le Guen, va connaître son épilogue judiciaire ce lundi et mardi, devant le tribunal correctionnel de Paris. L'homme, aujourd'hui âgé de 60 ans, avait été arrêté en avril 2013 par les forces spéciales françaises dans la région de Tombouctou, au Mali. La justice le soupçonne d'avoir collaboré avec des groupes terroristes, et d'avoir embrassé la cause du jihad.

Engagé dans la marine marchande

Mai 2013. Gilles Le Guen est mis en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, un délit passible de dix ans de prison. Il s'agit à ce moment-là de la première information judiciaire ouverte sur le fondement de la loi votée fin 2012 après l'affaire Merah, et qui permet de poursuivre des Français soupçonnés d'avoir participé à des actes terroristes à l'étranger ou d'être partis s'y entraîner.

A l'époque, le ministre de la Défense Jean-Yves le Drian avait affirmé que Gilles Le Guen "avait combattu manifestement dans les groupes jihadistes".

"C'est un paumé qui devient terroriste", expliquait Le Drian,"une dérive individuelle de fanatisme".

Titulaire d'un brevet de la marine marchande obtenu à la fin des années 80, ce Breton converti à l'islam de longue date a beaucoup voyagé avant de s'installer au Maroc, en Mauritanie puis au Mali avec sa seconde épouse, une Marocaine très pieuse, et leurs cinq enfants.

Repéré par le renseignement sur une photo

En septembre 2012, Gilles Le Guen est repéré dans les rangs d'Al-Qaïda au Maghreb islamique, Aqmi, sur un cliché récupéré par les services secrets français. Un membre de la sécurité malienne explique alors au renseignement français qu'il vivait avec sa famille dans le nord du Mali avant l'arrivée des islamistes, et qu'il avait "épousé leurs idées" en les côtoyant, mais que l'engagement réel de l'aventurier breton était loin d'être avéré.

Dans une vidéo mise en ligne en octobre 2012 sur le site mauritanien Sahara Media, "Abdel Jelil" décide pourtant de clamer haut et fort ses convictions. Vêtu d'une tunique beige et d'un turban noir, Gilles Le Guen apparaît devant un fond noir portant le sigle d'Aqmi, un fusil-mitrailleur à ses côtés. Il menace de représailles "les présidents français, américain" et l'ONU en cas d'intervention militaire au Mali contre les groupes islamistes, qui contrôlent le nord. Il devient alors l'un des jihadistes les plus recherchés de France.

Soupçonné d'être un espion

Un mois plus tard, Gilles Le Guen est brièvement fait prisonnier au sein même d'Aqmi, pour y être questionné. Certains responsables le soupçonnent d'être un espion, et de travailler pour la France. Son comportement relativement protecteur envers les femmes "brutalisées" par Aqmi leur a notamment mis la puce à l'oreille. Après quelques jours d'interrogatoires, Gilles Le Guen ressort finalement libre, puis disparaît dans la nature.

Le 29 avril 2013, il est repéré par le renseignement français dans le désert du nord-Mali, non loin de Tombouctou. L'homme vit sous une tente touareg avec sa femme et ses enfants. En pleine nuit, les forces spéciales font irruption et le capturent. Tous seront ensuite exfiltrés par hélicoptère jusqu'à la France. Deux ans plus tard, Gilles Le Guen se retrouve devant la justice française.

Alexandra Gonzalez avec AFP