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Sortie perturbée de Macron au théâtre: y a-t-il eu des défaillances dans le dispositif de sécurité?

Vendredi soir, la sortie privée d'Emmanuel Macron au théâtre des Bouffes du Nord a été perturbée par des manifestants qui ont réussi à s'introduire brièvement dans l'établissement. Certains remettent en cause le dispositif de sécurité autour du président de la République.

Le dispositif de sécurité autour du président de la République a-t-il failli? Vendredi soir, plusieurs dizaines d'opposants à Emmanuel Macron se sont rassemblés devant le théâtre des Bouffes du Nord où le chef de l’Etat passait la soirée avec son épouse. Certains ont réussi "à ouvrir les portes qui donnaient sur la salle de spectacle" pendant "environ 30 secondes; ce qui a perturbé la représentation mais ne l'a pas interrompue", ont indiqué des policiers à l’Agence France-Presse (AFP). Le couple présidentiel a dû être "sécurisé" pendant quelques minutes avant de pouvoir retourner voir la fin de la pièce La Mouche.

Vers 22 heures, Emmanuel et Brigitte Macron ont finalement quitté les lieux en voiture, escortés par la police, sous les huées de plusieurs dizaines de grévistes.

Une scène à laquelle s'est empressé de réagir, dès vendredi soir, l'ex-conseiller et garde du corps du président, Alexandre Benalla. Ce dernier - toujours mis en examen pour "violences en réunion", "immixtion dans l’exercice d’une fonction publique" et "port sans motif légitime d'arme de catégorie B" - s'est positionné comme un expert des questions de sécurité et a ainsi affirmé:

"On prend des mesures en amont, on se renseigne, ont tient la position! L'image de la fuite est toujours catastrophique!"

Selon l'ancien chargé de mission de l'Elysée - démis de ses fonctions après les violences sur la place de la Contrescarpe le 1er mai 2018 - le départ chahuté d'Emmanuel Macron affecte son image et donne une impression de fuite. 

Or, "à partir du moment où il y a une atteinte à l’image du chef de l’Etat, c’est qu’il y a eu un loupé dans l’organisation du déplacement", estime-t-il ce lundi sur notre antenne. Et de poursuivre: "Il y a eu un manque d’anticipation flagrant. Le travail de criblage n'a pas été fait."

"Le GSPR a fait son travail"

Cet exercice est effectué par des agents de Groupe de sécurité du président de la République (SGPR) en charge de sa sécurité lors de chaque sortie, qu’elle soit d’ordre privé ou public. Après avoir fait un repérage des lieux, des officiers sont chargés de vérifier l’identité des individus qui seront présents sur place afin de s’assurer que personne n’est fiché S, par exemple.

Et contrairement à ce qu’avance Alexandre Benalla, "il n’y a pas eu de défaillance" dans le dispositif de sécurité, assure Pascal Bitot Panelli, ancien commandant du Service de protection des hautes personnalités (SPHP).

"Le GSPR a fait son travail de protection rapprochée et immédiate du président de la République dans des process opérationnels qui sont ceux que l'on pratique dans ce genre de situation", affirme-t-il.

Pour Alexandre Benalla, un écueil subsiste toutefois: "Si on avait fait ce travail, Taha Bouhafs aurait attiré l’attention de la sécurité et une décision aurait pu être prise en amont soit pour renforcer la sécurité soit pour décaler le déplacement du président." Ce journaliste militant a signalé sur Twitter la présence d’Emmanuel Macron dans le théâtre et a appelé à venir manifester devant l'établissement. Des messages qui ont d’ailleurs valu à Taha Bouhafs d’être par la suite placé en garde à vue.

Samedi, le parquet de Paris a décidé d'ouvrir une information judiciaire pour "participation à un groupement formé en vue de commettre des violences ou des dégradations" et "organisation d'une manifestation non-déclarée". Il a depuis été placé sous le statut de témoin assisté, statut intermédiaire entre la mise en examen et celui de témoin simple.

Mais selon "un ex-superflic" d’expérience, la présence de ce jeune homme de 22 ans ne pouvait être anticipée. "Dans ce genre de circonstances, on ne dispose pas de la liste nominative de l’assistance, et contrôler tout le monde ne ferait qu’éveiller les soupçons du public, pour ne pas dire l'électriser", souligne-t-il au Figaro.

Gérer les smartphones et les réseaux sociaux

Ce n’est donc pas le travail du GSPR qu’il faut tenir pour responsable, selon Pascal Bitot Panelli, mais plutôt les smartphones et réseaux sociaux qui donnent du fil à retordre aux services de sécurité depuis plusieurs années.

"Comment empêcher quelqu’un d’envoyer un SMS pour signaler la présence d’une personnalité qui attire ensuite la foule?" interroge ce spécialiste. Car avant les tweets de Taha Bouhafs, c'est bien un autre message posté par le Comité de grève du 12e arrondissement de Paris qui avait déjà commencé à mettre le feu aux poudres.

Le tweet publié par le compte du Comité de grève du 12e arr de Paris.
Le tweet publié par le compte du Comité de grève du 12e arr de Paris. © Capture @Uneprofesseure
"Macron vient d'entrer au théâtre des Bouffes du Nord pour assister à un spectacle! Il se moque de nous! Soyons toutes et tous devant dès maintenant pour l'accueillir comme il se doit", pouvait-on lire sur Twitter plusieurs minutes avant celui du jeune homme.

Faut-il alors s’inspirer des méthodes allemandes et américaines de brouillage des téléphones? Ce n’est, en tout cas, pas l’avis de Pascal Bitot Panelli. "On peut gérer les choses sans brouillage. Le GSPR n’a pas été dépassé. Le président a été mis dans une bulle de pré-évacuation, il a été repositionné comme il fallait. A la fin, le cortège est parti avec un peu de bruit mais ce n’est pas un problème", explique-t-il sur le plateau de BFMTV.

De son côté, l’Elysée réfute aussi les accusations de dysfonctionnement dans le dispositif de sécurité de vendredi soir. De l’aveux de son entourage, Emmanuel Macron continuera d’ailleurs "à se rendre à des représentations théâtrales comme il en a l'habitude. Il veillera à défendre la liberté de création, afin qu'elle ne soit pas perturbée par des actions politiques violentes".

dossier :

Emmanuel Macron

Ambre Lepoivre