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Revirement de Jonathann Daval: sa nouvelle version est-elle crédible?

Jonathann Daval, qui avait avoué le meurtre de son épouse, a changé de version. Il évoque dorénavant un "complot familial" et accuse son beau-frère. Une nouvelle défense complexe et qui révèle, selon des spécialistes, des détails sur sa psychologie.

Jonathann Daval est revenu sur ses aveux. Entendu par un juge d'instruction fin juin, le jeune homme qui avait avoué au mois de janvier avoir étranglé son épouse par "accident" -après trois mois de déni- évoque dorénavant un "complot familial" et accuse le mari de la sœur d'Alexia Daval de l'avoir étranglée. Comment expliquer ce revirement de situation?

Étayer, mais non prouver, sa version

Pour la magistrate honoraire Michèle Bernard-Requin, les volte-face ne sont pas exceptionnelles dans les affaires criminelles. "Il arrive qu'on ait des revirements, des aveux très tardifs, remarque-t-elle pour BFMTV. Il arrive même parfois des coups de théâtre jusque devant la cour d'assises." Tout comme des accusés qui seraient dans le déni, "jusqu'au dernier moment et parfois contre l'évidence".

Jonathann Daval, auditionné à sa demande, a expliqué avoir été présent sur les lieux du crime mais ne pas avoir directement assisté au meurtre de la jeune femme de 29 ans, retrouvée morte en octobre dernier à Gray, en Haute-Saône. Selon lui, son beau-frère aurait tenté de maîtriser Alexia "lors d'une crise d'hystérie". Ce que confirme son avocat. "La version de Jonathann Daval est très claire: il n'a pas tué son épouse", a déclaré Randall Schwerdorffer. 

L'informaticien âgé de 34 ans n'a pas à prouver ce qu'il avance. "En droit français, celui qui doit apporter la preuve que quelqu'un a commis quelque chose, c'est l'accusation, explique Michèle Bernard-Requin, ancienne présidente de cour d'assises. Le juge d'instruction doit rassembler des preuves à charge et à décharge. Mais il est évident que dans son interrogatoire, il va lui demander d'étayer pour vérifier si c'est vraisemblable, cohérent."

Un scénario "extrêmement complexe"

Une nouvelle version qui laisse le psychiatre Samuel Lepastier perplexe. Selon lui, Jonathann Daval s'exclut dorénavant totalement du crime, ce qui lui semble peu plausible.

"Si je devais rencontrer Jonathann Daval, je lui poserais une seule question: 'Comment conciliez-vous ce que vous racontez avec le fait qu'après la mort d'Alexia, la famille vous ait entouré, mis au premier plan, que votre beau-père vous serrait dans les bras? Si, effectivement, complot il y avait, vous auriez été mis de côté", analyse-t-il pour BFMTV.

Un point de vue que partage Roland Coutanceau, psychiatre criminologue devant la cour d'appel de Paris. "Il met en avant un scénario qui semble extrêmement complexe, pointe-t-il pour BFMTV. Le problème, c'est sur quels éléments il va l'étayer. Mais il y a peut-être dans sa version des ingrédients de ce qu'il s'est passé dans la réalité."

Révélation ou rétractation?

Selon ce médecin, il y a deux hypothèses: la révélation ou la rétractation. S'il s'agit d'une révélation, "cela supposerait que toute la famille ait joué le scénario de la joggeuse" disparue puis l'indignation lors des aveux du mari. "Ce n'est pas que cette situation est absolument impossible mais elle est peu probable", pointe Roland Coutanceau.

S'il s'agit d'une rétractation, "c'est classique, on le voit très fréquemment", ajoute le criminologue. "Quelqu'un, dans le côté 'à chaud' de la garde à vue, qui a avoué son crime se replie et botte en touche", notamment sur la question de l'état du corps, qui a été retrouvé en partie calciné sous des branchages, dans un bois.

Un crime commis "dans un état de rêve moteur"

Pour Samuel Lepastier, la dissonance entre les deux récits de Jonathann Daval indique une logique non rationnelle. Ce que ce psychiatre appelle "un fonctionnement primaire". "Comme dans le monde du rêve, il n'y a pas de contradiction, pas de vérité. Et comme dans le rêve, tout s'accumule." Ce qui expliquerait que certains crimes soient commis "dans un état de rêve moteur", selon lui.

"Le sujet se réveille auprès d'un cadavre sans se rendre compte qu'il l'a tué. À partir de ce trou, il reconstruit une histoire. Ce n'est pas un mensonge de bonne foi, c'est un rêve et il y adhère."

Mais pour Michèle Bernard-Requin, cette nouvelle défense pourrait se révéler désastreuse lors du procès. "S'il apparaît que rien ne tient dans la nouvelle version, le risque c'est que lorsque l'affaire ira à son terme devant une cour d'assises, cela joue un rôle négatif et le rende antipathique dans l'esprit de la cour et du jury", donnant l'image d'un homme qui a "promené tout le monde et fui ses responsabilités".

C.H.A.