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Quelle protection pour les sapeurs-pompiers d'Ile-de-France?

Après la mort d'un sapeur-pompier à Villeneuve-Saint-Georges, se pose de nouveau la question de la protection des hommes du feu. Ces derniers demandent notamment un encadrement plus systématique des opérations à risque et davantage de formation.

Au lendemain de la mort tragique d'un pompier de 27 ans, poignardé par un déséquilibré à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), le débat sur la protection des sapeurs-pompiers resurgit. Après ce drame, beaucoup pointent la faiblesse des moyens mis à la disposition des hommes du feu, notamment en Ile-de-France, lors de ces interventions à risque. 

Il faut dire que chaque année, le nombre d'interventions des pompiers en région parisienne augmente alors que les effectifs restent stables. Un constat qui perdure et qui a poussé les pompiers de l'Hexagone à descendre dans la rue en mars 2017. Un an et demi plus tard, les revendications restent les mêmes.

Soutien des forces de l'ordre

Parmi leurs réclamations, les pompiers demandent notamment un encadrement plus systématique des opérations à risque:

Il s'agit "lorsqu'on est dans des situations très tendues comme lors des émeutes de 2005, en région parisienne, d'intervenir aux côtés des forces de police, notamment gendarmerie et CRS, afin qu'elles viennent nous encadrer pour pouvoir éteindre des feux", décrit Laurent Vibert, expert en gestion de crise.

Selon lui, les pompiers, qui ne sont pas nécessairement accompagnés des forces de l'ordre, sont parfois contraints de "ne pas aller éteindre des feux de poubelles ou de voitures dans les cités et attendre une urgence réelle". "Parce qu'on sait aussi qu'il nous attirent par ces petits feux et derrière c'est le guet-apens", ajoute Laurent Vibert.

Des menaces difficiles à anticiper

Reste qu'il demeure difficile d'identifier les situations dans lesquelles le soutien des forces de police se justifie. Car certaines menaces demeurent impossibles à anticiper. En outre, les policiers affirment ne pas être suffisamment formés pour faire face à certains risques:

"On n'est pas formés. On est là sur le terrain, par rapport aux événements, aux interventions, comme les pompiers. L'acte premier du pompier c'est de maîtriser les feux, les catastrophes naturelles et aussi, malheureusement maîtriser ce genre d'individus. Ils ne sont pas plus préparés que nous", affirme Angelo Bruno, délégué unité SGP Police 94.

De son côté, Yaël Lecras, du syndicat national des sapeurs-pompiers professionnels dit "déplorer une déconstruction des services sociaux, des services d’intervention, de la capacité des services hospitaliers à prendre en charge ce type de victime, des services policiers à intervenir avec nous à nos côtés".

Et d'ajouter: "Cette déconstruction du service public fait que nous sommes obligés d’intervenir et parfois prendre des risques. Lorsqu'il qu'il s'agit de porter secours, [...] on ne peut pas se mettre en retrait donc on est obligés d'intervenir et on intervient sans le soutien des forces concourantes comme la police".

"Il faut former nos personnels"

Yaël Lecras dit ne pas réclamer "un policier derrière chaque pompier". En revanche, il souhaite que les hommes du feu bénéficient d'"un recours plus systématique (aux forces de police, ndlr) lorsque nous le jugeons nécessaire et lorsque cela est identifié dans les salles opérationnelles".

Selon lui, une des solutions consisterait également à arrêter de vouloir "réduire le nombre de sapeurs-pompiers dans les ambulances pour des raisons budgétaires". "On l'a vu, ils étaient trois (à Villeneuve-Saint-Georges, ndlr), et c'était malgré tout insuffisant", explique-t-il.

Enfin, "on peut se poser la question de la formation pour ce type d'intervention. [...] Il faut former nos personnels à l’aide des services de santé de secours médicaux, à l’aide des sapeurs pompiers, à l’aide de différents intervenants: il faut qu’on adapte nos pratiques à ce genre de situation qui est fréquent", conclut-il.

P.L avec BFM Paris