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Procès Merah: dans les coulisses des plaidoiries d'Eric Dupond-Moretti

BFMTV a pu filmer les avocats de la défense d'Abdelkader Merah lors de son procès qui s'est tenu au mois d'octobre dernier. Ce sont des images inédites qui montrent la stratégie utilisée par le ténor du barreau et ses associés.

Une plongée inédite au coeur du fonctionnement de la justice. Pour la première fois dans le cadre d'un procès pour terrorisme, la défense a accepté de se laisser filmer. Pas n'importe quel procès et pas n'importe quelle défense puisqu'il s'agit de celui d'Abdelkader Merah défendu par le ténor du barreau parisien, Eric Dupond-Moretti. Pendant les cinq semaines d'audiences, les caméras de BFMTV ont pu suivre les avocats et leurs préparations.

Pour la première fois depuis de nombreuses années, un procès pour terrorisme s'est tenu dans le pays. Pendant cinq semaines, la France s'est replongée dans les crimes commis par Mohamed Merah en 2012. Le terroriste abattu par le Raid ne sera jamais jugé. Son frère, Abdelkader, doit lui répondre des faits de "complicité d'assassinat" et d'"association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste". Il va être acquitté du premier chef d'accusation et condamné à 20 ans de prison pour le second.

Dans les coulisses des préparations

Conscients de la force de l'émotion au sein de l'opinion publique, Eric Dupond-Moretti et ses associés ont, tout au long du procès, tenté d'immiscer dans les esprits des juges de la cour d'assises spécialement constituée l'idée qu'il n'est pas possible, en France, "de condamner quelqu'un au bénéfice du doute". "Une plaidoirie, ça ne peut pas retourner une situation, confirme l'avocat. Si les juges ne se posent pas déjà des questions, ça n’est pas un moment d’éloquence judiciaire qui peut renverser la vapeur."

Tout au long de ce procès, l'équipe d'avocats assurant la défense d'Abdelkader Merah s'est préparée à plaider l'acquittement en démontrant point par point l'absence de preuves matérielles pour condamner leur client. Plusieurs réunions de travail ont été organisées pour mener à bien cette stratégie. Les avocats ont laissé les caméras de BFMTV filmer cette préparation. "Moi Eric, je suis assez chaud, si vous me le permettez, plaider le vol du scooter, explique Me Archibald Celeyron, l'associé d'Eric Dupond-Moretti. Je fais un truc technique et propre." Au final, le ténor lui confiera la totalité du volet assassinat.

"Je vais leur dire 'Vous savez la présomption d’innocence c’est le regarder deux minutes comme un innocent', explique Me Dupond-Moretti à l'occasion d'une autre rencontre. Il faut vraiment qu’on tombe sur des juges vraiment extraordinairement courageux. Moi je ne les connais pas. Je sais qu’il y a une pression inouïe, il faut que ça marche. L’opinion publique est chauffée à blanc. Là on est sur du tout ou rien."

Le trac avant de plaider

La pression, les avocats de la défense l'ont également ressentie à quelques minutes de se retrouver pour leurs plaidoiries devant la cour d'assises spécialement constituée. Me Eric Dupond-Moretti va prendre la parole comme ses deux associés Antoine Vey et Archibald Celeyron. "C’est le dernier moment, c’est la dernière fois où tu as la parole, confie ce dernier. T’as pas envie de trébucher sur la dernière marche de l’escalier. Tu plaides avec Eric Dupond-Moretti dans le dos, t’as 149 journalistes, t’as 50 parties civiles et victimes dans la salle qui te déteste."

"C’est sûr que t’as le trac quand tu y vas. Même Eric Dupond-Moretti, il a le trac quand il y va."

Retrouvez l'intégralité du documentaire Défense interdite de Justice Lafon et David Calvet dans l'émission Grand Angle de ce lundi 18 novembre à 23 heures.

Justine Chevalier avec Justine Lafon et David Calvet