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Antoine Vey: Abdelkader Merah "ne doit pas être jugé comme un animal"

L'avocat d'Abdelkader Merah, condamné jeudi à 20 ans de réclusion pour participation à une association de malfaiteurs terroriste, mais acquitté du chef de complicité d'assassinats, réaffirme ce vendredi "porter les principes de (la) justice".

"C’est un rendez-vous entre la justice et les citoyens français." C’est ainsi qu’Antoine Vey, l’un des avocats d’Abdelkader Merah, a décrit le procès de son client, condamné jeudi pour association de malfaiteurs terroriste.

"On a eu coeur dans notre défense de porter les principes de notre justice", a déclaré sur BFMTV l’avocat, qui a défendu le frère de Mohamed Merah au côté d’Eric Dupond-Moretti.

Soulignant un "acte de pédagogie pour réconcilier les Français et leur justice", Antoine Vey a rappelé qu'"en France, les gens sont présumés innocents jusqu’à preuve du contraire."

"Je comprends totalement que ce soit l’homme le plus détesté de France, parce qu’il porte le nom de Merah", a concédé l’avocat.

"Je comprends que ça soit inacceptable, les idées qu’il véhicule, le salafisme radical. Mais pour autant, ça reste quand même un homme, qui ne doit pas être jugé comme un animal, comme j’ai pu entendre pendant le procès, et qui bénéficie des droits les plus fondamentaux de notre démocratie libérale."

"On est une démocratie libérale qui a des principes"

"C’est important de le dire et c’était l’enjeu de notre défense", a-t-il poursuivi. "On est une démocratie libérale qui a des principes. Ces principes, c’est notre honneur, et c’est ce qui nous distingue des terroristes."

Le conseil d’Abdelkader Merah n’a toutefois pas nié la douleur des victimes.

"Ce n’est pas contesté que ce sont des victimes. (...) Ce qu’ils disent est vrai. Il y a un chagrin énorme. En défendant Abdelkader Merah, on n’est pas dans une opposition par rapport à ces victimes", a-t-il assuré. "On dit juste: 'Ils sont victimes d’un homme, Mohamed Merah, qui est mort. Il n’y a pas eu de procès, on peut le regretter, mais Abdelkader Merah n’est pas Mohamed Merah.'"

Interrogé sur les propos de Latifa Ibn Ziaten, mère d’Imad, l’une des victimes de Mohamed Merah, qui estime que le frère de l’assassin est “un danger” et qu’il y a "tellement de naïveté en France", Antoine Vey a insisté sur la "décision extrêmement motivée" de la cour.

"On n'enferme pas les gens parce qu'ils sont potentiellement dangereux"

"Je ne pense pas qu’on puisse transformer le débat judiciaire en la question de la dangerosité de quelqu’un", a-t-il estimé. "On n’enferme pas les gens parce qu’ils sont potentiellement dangereux, on les enferme pour ce qu’ils ont fait", a-t-il poursuivi.

"Je ne pense pas que c’est la France qui est naïve, on a des juges professionnels, qui ont rendu une décision extrêmement motivée, ce qui est particulièrement rare aux assises", a-t-il fait valoir.

Antoine Vey a par ailleurs indiqué qu’il ne trouvait pas le verdict "juste" et qu’il continuerait à défendre, en appel, le fait que son client n’appartienne pas à une association de malfaiteurs terroriste, ici Al-Qaïda.

Acquitté du chef de complicité d’assassinats, il était important pour Abdelkader Merah de "rappeler qu’il ne savait pas qu’il allait y avoir des crimes d’enfants", assure l’avocat.

Liv Audigane