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Procès Jawad Bendaoud: l'impossible interrogatoire du "logeur des terroristes"

Pour son troisième jour, le procès de Jawad Bendaoud s'est déroulé dans des conditions extrêmement tendues

Pour son troisième jour, le procès de Jawad Bendaoud s'est déroulé dans des conditions extrêmement tendues - Benoit Peyrucq - AFP

En ce troisième jour de procès, la parole était aux avocats. Ceux représentant les parties civiles ont enchaîné les questions pour tenter de trouver une réponse: Jawad Bendaoud savait-il qu'il logeait des terroristes quatre jours après les attentats?

D'entrée, l'ambiance était tendue. Il n’a pas fallu attendre une heure pour que le prévenu craque. "Je sais pas ce que vous essayez de faire (…). Attention à ce que vous dites (…). Vous essayez de faire quoi? Parce que moi je vais venir vous voir à votre cabinet", lance Jawad Bendaoud à l'attention de Me Georges Holleaux, avocat des parties civiles. Bronca parmi ses confrères. Eux comme ceux de la défense se sont levés de leur chaise. L’audience est suspendue par la présidente de la 16e chambre correctionnelle de Paris. Elle ne reprendra que près d'une heure plus tard.

Le troisième jour du procès de Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah était consacré aux interrogatoires des deux prévenus par les avocats des parties civiles puis ceux de la défense. Ils devront attendre leur tour, tant l’audience a été marquée par des digressions et des tensions. A la reprise de l’audience, Jawad Bendaoud s'excuse. "Ça fait 14 mois que je sors pas de ma cellule, ça fait 27 mois que je suis à l'isolement. Je ne peux pas parler avec des gens qui disent que je suis lamentable à la télévision. Je ne parle pas aux gens qui font le procès à la télévision. Je me réserve le droit au silence", lance-t-il à l'attention des avocats. Quelques secondes plus tard, le prévenu bondit de son banc et reprend ses explications.

"J'ai demandé le droit au silence mais j'arrive pas à rester sur ma chaise", confirme-t-il lui-même.

"N’essaie pas d’approcher"

Se sentant attaqué, considéré comme "abruti", Jawad Bendaoud opte pour l’agressivité pendant les quatre audiences. "Pourquoi vous vous énervez comme ça", rétorque-t-il à Me Georges Holleaux avant de lancer un "Taisez-vous!". "N'essayez pas de m'incriminer", prévient Jawad Bendaoud face aux questions de Me Didier Seban. "Il a mal parlé aussi à la télé", rappelle-t-il à la cour en parlant de Me Gérard Chemla. "N'essaie pas d’approcher", lance-t-il à Me Jean Reinahrt. Celui-ci va tenter d'apaiser les tensions, en vain. "Les parents qui pleurent encore leurs enfants ne confondent pas M. Bendaoud avec les terroristes dont un seul est encore en vie", avance pourtant l'avocat.

Rien n'y fait. Même pas la patience de la présidente du tribunal, ni même le fait que la vitre le séparant de son avocat a été abaissée pour pouvoir communiquer. Lui-même le reconnait. "Ça commence à dérailler", lâche le prévenu. Il rappelle toutefois, selon lui, qu'il ne savait pas qu'il avait accueilli des terroristes le 17 novembre 2015, qu'il n'a fait le lien que le jour de l'assaut. Sa seule ligne de défense. "Si j’avais été au courant, je l’aurais dit cash", crie-t-il depuis le box dans lequel il se trouve. "Vous savez faute avouée, faut à moitié condamnée. On me traite de la même manière que si j'étais au courant, alors je l'aurais dit si j'étais au courant."

Pour accréditer la version de son client, Me Nogueras a d'ailleurs demandé que le récit d'une journaliste de l'Agence France-Presse (AFP) datant du matin de l'assaut, et qui relate sa rencontre avec Bendaoud, soit versé au débat. Dans cette article, la jeune femme assure que Jawad Bendaoud lui demande une photo des terroristes et semble ne pas s'être rendu compte de qui il avait logés.

"Impulsivité explosive"

Un nouvel élément apporté au fond car chaque réponse de Jawad Bendaoud, qui encourt jusqu’à six ans de prison, est confuse. Quand il ne se perd pas dans ses logorrhées. "J'ai insulté les terroristes de fils de pute", détaille-t-il. "J'ai même dit que c’est à cause de gens comme eux qu'on ne peut plus rouler sans permis et vendre de la drogue." Quand il ne parle pas des "Kangourous" pour insulter les Australiens, le prévenu assure que lui logeant des terroristes "c'est comme si vous essayez de pêcher une baleine dans une piscine". En s'agitant, en s'énervant, en vociférant, celui qui dit être atteint "d'impulsivité explosive" reparle au tribunal de son "sandwich escalope-boursin" qu'il a mangé le soir du 17 novembre 2015.

Son constat devient tout d’un coup brutal, comme une prise de conscience dans ce flot de déclarations: "Je suis fini, que je mente ou pas je suis fini. Je fais quoi dehors, qui va m'embaucher? J'avais pour projet de faire un nouveau point de vente de cocaïne. Qui va s'associer avec moi? (…) On m’a posé 1.400 fois la question, comment j'ai pas pu savoir."

"Il n'est pas crédible"

Une défense qui ne convainc pas les avocats des parties civiles. "En essayant d’en faire trop, il se fourvoie, il n’est pas crédible", tranche Me Olivier Morice. "Il pourrait être plus simple dans ses explications. C’est quelqu’un qui dans son affirmation, dans une forme de mépris, est manipulateur." Jawad Bendaoud tranche sur un point: "Moi ça me choque de voir des gens blessés venir (en parlant des victimes, présentes, NDLR) mais si on cherche à me responsabiliser, à dire que je suis le responsable, je suis pas d'accord. Quand vous avez un mort sur la conscience vous n'avez pas envie d'en rajouter 130."

"Je pense qu’il fait une erreur", rétorque Bilal Bley Mokono, victime du Stade de France. "Qu’on soit impliqué de près ou de loin on a une responsabilité. J'aime ses propos quand il dit 'si j’avais su, je vous le dirais'. On est responsable si on va au bout du process qui est de dire 'j'accueille des gens chez moi'. Dans ce cas, on doit être capable à un moment de vérifier l'identité des personnes qu'on accueille."
Justine Chevalier