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Attentats de janvier 2015: 30 ans de réclusion criminelle pour Hayat Boumeddiene et Ali Riza Polat

Les 11 accusés présents au procès des attentats de janvier 2015, le 14 décembre 2020 au tribunal judiciaire de Paris.

Les 11 accusés présents au procès des attentats de janvier 2015, le 14 décembre 2020 au tribunal judiciaire de Paris. - Benoit PEYRUCQ / AFP

Les 14 accusés - dont 11 étaient présents à l'audience - ont écouté ce mercredi après-midi le président de la cour énoncer les peines allant de 4 ans de réclusion criminelle à la perpétuité. Six d'entre eux ont bénéfié d'une requalification des faits supprimant le caractère terroriste.

Après trois mois de procès aussi marquants que chaotiques, le verdict est tombé. Ce mercredi après-midi, la cour d’assises de Paris spécialement constituée a énoncé les peines décidées à l’encontre des 14 personnes accusées d’avoir participé de près ou de loin aux attentats de janvier 2015 menés à Paris par Chérif et Saïd Kouachi ainsi qu’Amedy Coulibaly.

Condamnés à des peines allant de 4 ans de réclusion criminelle à la perpétuité, les onze accusés présents à l'audience ont accueilli le verdict dans le silence, hochant parfois la tête pour marquer leur désaccord.

Perpétuité pour complicité d'assassinat terroriste

Le principal accusé Ali Riza Polat a été condamné à 30 ans de prison pour complicité d’assassinat terroriste. La cour a estimé qu'il avait "apporté une aide logistique déterminante à Amedy Coulibaly" et qu’il avait "des connaissances suffisantes des intentions de ce dernier".

"Les contacts entre Coulibaly et Polat ont été nombreux dans les jours qui ont précédé les faits", a rappelé le président Régis de Jorna, avant d'évoquer "l'amitié de longue date" entre les deux hommes et le "rôle actif et transversal" d'Ali Riza Polat dans la préparation des attentats de 2015.

Immédiatement après la suspension de l'audience, BFMTV.com a appris par les conseils d'Ali Riza Polat qu'ils allaient faire appel de sa condamnation, ouvrant ainsi la voie à un second procès.

"Les juges ne doivent pas éponger une certaine frustration de ne pas avoir pu juger les véritables auteurs des attentats et évacuer toutes ces frustrations sur monsieur Polat", a dénoncé l'un de ses avocats, Me Antoine Van Rie.

Et d'ajouter: "La preuve et la règle de droit sont reléguées au rang d'accessoire. C'est une totale régression pour nous."

Hayat Boumeddiene condamnée à 30 ans de prison

Mohamed Belhoucine - absent de l'audience car présumé mort - a lui aussi été condamné pour "complicité d'assassinat terroriste et autres crimes et délits en relation avec l'entreprise terroriste commise par Amedy Coulibaly" et a, à ce titre, écopé d'une peine de prison à perpétuité.

"Il a rencontré Amedy Coulibaly en détention et a maintenu des contacts étroits après sa sortie. Il a apporté à Amedy Coulibaly une aide déterminante dans la commission des actes terroristes. Il a également fait un serment d'allégeance à Daech qui a ensuite été utilisé par Amedy Coulibaly dans sa vidéo de revendication", a noté la cour.

Hayat Boumeddiene, la veuve d'Amedy Coulibaly, en fuite depuis janvier 2015 après avoir été exfiltrée vers la Syrie pour rejoindre les rangs de Daech, a quant à elle écopé de 30 ans de réclusion criminelle avec une sûreté des deux-tiers pour les faits d'association de malfaiteurs terroriste et de financement du terrorisme.

"Les éléments de l’enquête ont démontré qu'elle adhérait depuis plusieurs années aux thèses jihadistes. Elle a intégré et s’est maintenue au sein de Daech à un rang particulier au regard des actes commis par son défunt mari", ont établi les magistrats.

Six accusés bénéficient d'une requalification

Nezar Mickaël Pastor, Amar Ramdani et Willy Prévost ont eux aussi été reconnus coupables d’association de malfaiteurs terroriste criminelle et ont été condamnés respectivement à 18 ans, 20 ans et 13 ans de réclusion criminelle.

Saïd Makhlouf, Mohamed Fares, Abdelaziz Abbad, Metin Karasular, Miguel Martinez et Christophe Raumel ont vu la qualification terroriste supprimée des faits qui leurs sont reprochés. Ils ont ainsi été déclarés coupables d'association de malfaiteurs, sans motivation terroriste, un désaveu pour le parquet national antiterroriste (PNAT) signe d'un dossier dont l'accusation était parfois bancale.

Trois mois éprouvants

Ces sanctions viennent clore trois mois éprouvants, notamment pour les parties civiles, survivants des attaques et proches des victimes, qui ont été à nouveau immergées dans l’horreur de ces actes mortifères qui ont marqué la France. A cela s’est ajoutée la pandémie de Covid-19. Le virus s’est immiscé dans le box des accusés, prolongeant de plus d’un mois ce procès déjà bouleversé par l’attaque à la machette devant les anciens locaux de Charlie Hebdo et l’assassinat de Samuel Paty pour avoir présenté à ses élèves des caricatures du prophète Mahomet.

A la sortie de l'audience, certaines des parties civiles ont fait part de leur soulagement au regard des peines prononcées. Richard Malka, l'avocat historique de Charlie Hebdo, s'est félicité d'avoir entendu "la justice rendue".

"Il y a des peines qui sont lourdes, très lourdes (...) Il y a des peines qui sont plus légères que ce qui avait été requis. Ils ont eu raison de le faire si c'est l'appréciation qui a été la leur", a-t-il estimé, déplorant cependant "le procès d'une nébuleuse plus ou moins proche des terrorites".

Ambre Lepoivre et Esther Paolini