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Attentats de janvier 2015: où est Hayat Boumeddiene?

Hayat Boumedienne à l'aéroport d'Istanbul, en Turquie, le 2 janvier 2015.

Hayat Boumedienne à l'aéroport d'Istanbul, en Turquie, le 2 janvier 2015. - STR / IHLAS NEWS AGENCY

Elle fait partie des 14 accusés jugés pour leur implication, de près ou de loin, dans les attentats de janvier 2015. Mais Hayat Boumeddiene est absente à l'audience, volatilisée depuis plus de 5 ans.

Elle est l’une des grandes absentes du procès des attentats de janvier 2015. Hayat Boumeddiene, la compagne d’Amédy Coulibaly, a disparu des radars depuis plus de cinq ans. Elle est malgré tout jugée, aux côtés de 13 autres accusés, pour son rôle dans les attaques des 7, 8 et 9 janvier qui ont fait 17 victimes et semé l’effroi dans le pays.

Hayat Boumeddiene est notamment suspectée d'avoir participé à des escroqueries aux véhicules afin de financer les projets terroristes d'Amédy Coulibaly, qu'elle a épousé religieusement en 2008. Ce lundi, un enquêteur doit être entendu pour raconter le départ de France de la jeune femme, née en 1988.

Le 2 janvier 2015, elle s'envole vers la Turquie

Cette dernière a pris le soin de quitter le territoire avant le passage à l’acte des trois terroristes, "à un moment où elle ne faisait l’objet d’aucune surveillance", souligne Jean-Charles Brisard, président du Centre d'analyse du terrorisme, interrogé par BFMTV.com.

"En 2015, il était encore trop tôt pour prendre conscience de l’implication des femmes dans le jihadisme. De plus, à l’époque, Amédy Coulibaly n’était pas non plus soupçonné de préparer un attentat", détaille-t-il.
Hayat Boumeddiene.
Hayat Boumeddiene. © Police

Une préparation dans l’ombre qui permet à Hayat Boumeddiene de prendre le large en catimini. Le 1er janvier 2015, accompagnée par son conjoint, elle se rend au domicile des frères Belhoucine, Mohamed et Mehdi. L’un est aujourd’hui poursuivi pour complicité dans les attentats de janvier 2015, l’autre est jugé pour avoir exfiltré Hayat Boumeddiene vers la Syrie. Tous deux absents, et présumés morts depuis 2016 par les services de renseignement, ils font l’objet d’un mandat d’arrêt.

Ensemble, ils prennent la route dans la nuit à destination de l'Espagne et arrivent à l'aéroport de Madrid, le 2 janvier à 11h50. D’après les vidéos-surveillances, Hayat Boumeddiene et Mehdi Belhoucine embarquent à 14h25 à bord d'un vol pour Istanbul. Mohamed Belhoucine, lui, prend l'avion de 17h55 vers Istanbul avec son épouse et leur fils. Amédy Coulibaly regagne quant à lui la voiture et rebrousse chemin vers la France.

Direction la Syrie

D’après les bornages téléphoniques, les renseignements savent qu’Hayat Boumeddiene rejoint ensuite la Syrie, où elle intègre les rangs de Daesh. "Puis, on perd sa trace", rapporte Jean-Charles Brisard. Des informations parcellaires parviennent cependant aux enquêteurs car Hayat Boumeddiene ne rompt pas les liens avec ses proches.

Ainsi, la surveillance téléphonique de la ligne de Saadia Benali, amie d’enfance d’Hayat chez qui la jeune femme à un temps vécu quand elle était adolescente, fait état d'une conversation entre elles le 26 avril 2015.

Hayat Boumeddiene lui raconte sa nouvelle vie au sein de l'organisation terroriste: "Je suis mieux qu'en France (...) Ils s'occupent de moi comme si j'étais une princesse (...) Ici, y a pas de cigarettes, y a pas d'alcool, à l'heure de la prière tout ferme", détaille-t-elle, glissant que si elle était restée en France au moment des attentats, elle "serait dans la merde". Pour elle, la vie en France "n’était que du vent", dit-elle, incitant ses proches à la rejoindre et à soutenir Daesh.

Appels téléphoniques à la famille

Le lendemain de cet appel, Hayat passe également un coup de téléphone à sa soeur, Keltoum Boumeddiene. Durant les deux premières années qui suivent son départ en Syrie, elle contacte sa soeur "deux fois. Ensuite, une fois par an j’avais le droit à un appel d’elle", témoigne Keltoum Boumeddiene au procès le 4 septembre, affirmant que son dernier contact avec sa soeur date du mois d’octobre 2019. "Des discussions simples, cordiales, de lien", balaye-t-elle.

"Malgré ces signes de vie, les renseignements ne parviennent pas à trouver la localisation précise" de la jeune femme, nous précise le président du Centre d'analyse du terrorisme.

Hayat Boumeddiene n’est qu’un spectre, dont l’image est brandie par Daesh comme celle d’une égérie, d’une icône, veuve du martyre Coulibaly. "Pour la traquer, les services s’appuient sur les témoignages de personnes interceptées et sur la coopération internationale", précise Jean-Charles Brisard. Mais des rumeurs faisant état de sa mort commencent à circuler. En 2019, la belle-sœur du jihadiste Fabien Clain - abattu lors d’un assaut de la coalition internationale - affirme que Hayat a été tuée.

"Brouiller les pistes"

"Une stratégie pour brouiller les pistes", selon Jean-Charles Brisard. Car depuis, les informations ont changé. "En janvier 2019, un homme interpellé indique que Hayat s’est remariée, sans préciser si elle est en vie ou pas. En février, une femme déclare à sa sortie de Baghouz, en Syrie, que Hayat est en vie et confirme qu'elle est remariée à un Tunisien. Elle affirme que Hayat est toujours à Baghouz et qu’elle est décidée à ne pas se rendre", nous développe le directeur du think tank spécialisé sur le renseignement.

Et de poursuivre: "On sait ensuite qu’elle quitte Baghouz et se retrouve dans le camp d’Al-Hol, tenu par les Kurdes, sous une fausse identité. Elle s’enfuit en octobre 2019." Une source policière a confirmé à BFMTV au début du mois de septembre que la trentenaire était bien vivante.

"Elle a sûrement rejoint Idlib"

D’après les informations de Jean-Charles Brisard, "elle a sûrement rejoint Idlib, en Syrie, une zone dirigée par Hayat Tahrir al-Sham (HTS), un groupe jihadiste local, rival de Daesh. On les sait peu regardant sur l’entrée dans femmes dans la zone, d’autant que celles-ci voyagent voilées et sont peu identifiables. C’est un espace sécurisé pour les personnes comme Hayat Boumeddiene", expose-t-il.

Après cinq années de flou, les éléments recueillis autour de la jeune femme restent malgré tout maigres et les contacts qu’elle établissait avec ses proches sont loin, selon leurs dires. Au procès, Keltoum Boumeddiene, la soeur de l’accusée, a toutefois assuré que si Hayat frappait un jour à sa porte, elle ferait "les démarches nécessaires face à la justice".

"Ces attentats ont été douloureux. Je n’oublie pas les familles, et j’espère que ce procès leur permettra d’entrer dans le processus du deuil. J’espère que personne ne revivra jamais cette histoire", a-t-elle conclu à la barre, sans donner plus de détails pour aider à retrouver la trace de sa soeur.

Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV