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"Charlie Hebdo est devenu un symbole": au procès, Richard Malka livre une ode à la liberté d’expression

Richard Malka au procès des attentats de janvier 2015, le 4 décembre 2020.

Richard Malka au procès des attentats de janvier 2015, le 4 décembre 2020. - BENOIT PEYRUCQ

Après un mois d'interruption, le procès des attentats de janvier 2015 a repris son cours. Les avocats des parties civiles ont pu clore leurs plaidoiries, Richard Malka a, lui, fait le procès des principes que les accusés ont voulu abattre.

Trois mois après l’ouverture d’un procès qu’il qualifie "d’historique, d’épique", Me Richard Malka a pris la parole ce vendredi pour faire entendre la voix des victimes de Charlie Hebdo. Cabu, Charb, Tignous, Wolinski… L’avocat les connaissait tous très bien pour avoir publié des ouvrages avec certains comme Riss ou Luz, et accompagné l’hebdomadaire satirique dans ses combats juridiques depuis 1992.

Ensemble, ils se sont battus pour la liberté d’expression et le droit au blasphème. Ce sont ces deux libertés, que Me Malka juge "fondamentales", a souhaité mettre à l’honneur dans une plaidoirie aux allures d’ode à l’émancipation et à l’impertinence. Il a ainsi entamé son argumentaire en affirmant que le sens de ce procès n’était pas uniquement de juger les accusés mais d’appréhender "la dimension symbolique" des attentats de janvier 2015.

"Prendre des risques pour rester libres"

"Ces crimes ont convergé vers un objectif: tuer l’autre. Charlie Hebdo, c’est l’autre qui s’exprime librement et se rit des fanatiques. Mais pour rester libre, encore faut-il parler librement sans être menacé de mort. Cela, aujourd’hui, n’est plus possible. Pendant ce procès, un enseignant a été coupé en deux, des gens sont morts dans la basilique de Nice, d’autres ont été attaqués devant les anciens locaux de Charlie Hebdo", énumère-t-il en référence aux attentats terroristes qui ont endeuillé la France depuis le début du mois de septembre.

Il évoque également l’adolescente Mila, visée par d’innombrables menaces de mort pour les propos qu’elle a tenus à plusieurs reprises sur l’islam et son prophète. Mais alors, quelle réponse apporter à "l’intolérance", demande-t-il à la cour? La résistance. "C’est à nous de prendre des risques pour rester libres. De boire des verres en terrasse pour rester la tête haute face aux fanatiques", affirme Richard Malka. "Si le pays des lumières abandonne cela, que nous restera-t-il?".

"Aujourd’hui, on meurt à cause des rires, pourtant Charlie Hebdo continue à faire rire. Il vit dans un bunker, entouré de policiers, mais il vit", lance-t-il tout en rappelant que ses journalistes "ont composé le plus bel hymne à la vie qui soit. Charlie est devenu une idée et ça, on ne peut pas le tuer. Charlie Hebdo, vous en avez fait un symbole", lâche Me Malka aux hommes silencieux dans le box des accusés.

"Charb vivra"

Si le sang a continué de couler en marge de ce procès, au nom – ou à cause – de la liberté d’expression et du droit au blasphème, Me Richard Malka salue cependant le développement d’un "islam républicain, notamment par la voix du recteur de la mosquée de Paris disant qu’il n’y a pas d’islamophobie d’Etat. Il nous dit qu’il faut accepter le droit aux caricatures car renoncer à la liberté d’expression, ce serait plonger dans le désespoir des millions de musulmans".

Et d’ajouter: "Il y a un éveil des consciences, ce procès y a contribué et à ce titre, il est un procès historique."

Sur cette note encourageante, l’avocat consacre ses derniers mots à son ami Charb: "Il était l’une des rares personnes au monde à laisser une trace éternelle dans le cœur des gens qu’il croisait. Quand on a envie d’abandonner le combat c’est à Charb que l’on pense. Charb vivra."

Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV