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Prisons: vers la fin du mouvement social?

Vendredi, les syndicat majoritaire Ufap-Unsa a annoncé qu'il signerait l'accord du gouvernement, ouvrant la voie à une fin de crise. Mais les deux autres organisations principales, la CGT et FO, refusent toujours de signer le texte, déplorant l'absence de propositions sur l'évolution statutaire des personnels.

C’est un premier pas vers une sortie de crise. Vendredi, l’Ufap-Unsa Justice, syndicat majoritaire de surveillants (40%), a annoncé avoir reçu l’aval de ses militants pour signer le projet d’accord du gouvernement qui promet de renforcer la sécurité des agents et d'augmenter les primes.

"C’est un début, un changement de cap pour l’institution dans laquelle on travaille", a déclaré Jean-François Forget, secrétaire général de l'Ufap-Unsa Pénitentiaire, avant de préciser que "pour ce qui est de l'Ufap-Unsa, à partir du moment où les nôtres nous ont demandé de signer ce document, il va de soi qu'on ne continue pas ce mouvement social".

Belloubet appelle à la reprise du travail

La signature du texte met ainsi fin pour l’Ufap-Unsa à douze jours d’un conflit entamé au lendemain de l’agression de trois surveillants par un détenu jihadiste à la prison de Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais.

De son côté, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a promis vendredi que les mesures inscrites dans le projet d’accord "entreront rapidement en vigueur", avant d’appeler l’ensemble des personnels à reprendre le travail pour "assurer la sécurité des établissements pénitentiaires".

Le texte comprend notamment des mesures pour améliorer la gestion des détenus radicalisés, renforcer la sécurité des agents (gilets pare-balles, menottes...), la création de 1.100 emplois supplémentaires et une enveloppe de plus de 30 millions d'euros pour des indemnités, soit une augmentation globale de 1.150 euros par agent par an.

La CGT et FO toujours opposés à l'accord

Reste que l’accord proposé par la chancellerie est encore loin de faire l’unanimité. En effet, la CGT (15%) et FO (30%) ont annoncé qu’ils ne signeraient pas le document, déplorant l'absence de propositions sur l'évolution statutaire des personnels de la catégorie C à B de la fonction publique. Difficile dans ce contexte d'imaginer une prochaine sortie de crise.

"C'est une haute trahison que d'avoir signé ce protocole. On était à l'aube d'un changement radical (...) et l'Unfa-Unsa vient de tuer cet espoir, c'est inacceptable", a réagi vendredi Emmanuel Baudin le secrétaire général de FO-Pénitentiaire, sur notre antenne. "On va continuer ce week-end, puis on va consulter notre base et voir comment on repart lundi", a-t-il ajouté.

Même son de cloche chez la CGT, qui dénonce un "accord minoritaire", signé par un seul des trois grands syndicats ne représentant pas à lui seul 50%. Vendredi soir, les deux syndicats ont appelé à la poursuite du mouvement, sans toutefois évoquer de "blocage total": "De nouvelles modalités d'actions seront déterminées pour les jours à venir", a indiqué ainsi la CGT.

Un mouvement en perte de vitesse

Sur le terrain, le mouvement, très suivi cette semaine, a semblé faiblir vendredi, avec 62 établissements sur 188 touchés à des degrés divers (retards ou refus de prise de service, barrages filtrants ou blocages), contre 116 prisons affectées jeudi, selon les chiffres de la Direction de l'administration pénitentiaire (DAP). Les surveillants, engagés depuis deux semaines pour exiger "un minimum de reconnaissance" alors qu'ils "risquent leur vie pour 1.500 euros", restaient très mobilisés à Marseille, Meaux, Réau, Besançon, Lille-Sequedin, Strasbourg, Avignon et Borgo, où deux gardiens ont été grièvement blessés par un détenu radicalisé la semaine dernière.

Les surveillants sont également sous le coup de sanctions. Les premières mises à pied - avec sursis - ont commencé à tomber mercredi à la demande de l'administration qui a rappelé que les agents de la pénitentiaire n'avaient pas le droit de grève. Dans certaines prisons, cette crainte de la sanction a entraîné des dépôts massifs d'arrêts maladie, qui seront traités "comme si c'était un arrêt concerté de travail", a averti la ministre de la Justice.

Paul Louis avec AFP