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Blocage des prisons: des magistrats mettent en garde contre de possibles remises en liberté de détenus

Des surveillants bloquent la prison de Brest le 24 janvier 2018

Des surveillants bloquent la prison de Brest le 24 janvier 2018 - Fred Tanneau-AFP

Alors que la grogne des personnels pénitentiaires ne cesse de prendre de l'ampleur, un syndicat de magistrats met en garde contre les possibles répercussions négatives que ce mouvement pourrait entraîner sur le fonctionnement de la justice.

Unité magistrats SNM FO reconnaît que "l'action collective des personnels de l'administration pénitentiaire est justifiée par leurs conditions de travail fortement dégradées et les risques auxquels ils sont exposés en permanence" et que cette situation "ne date pas d'hier". Et met en cause "l'absence de volonté politique" et le "désintérêt des gouvernements successifs envers la prison, dénonçant un "aveuglement".

"La remise en liberté d'individus dangereux"

Le syndicat assure que les conséquences pourraient être désastreuses et provoquer de graves dysfonctionnements. Selon lui, les comparutions de détenus aux audiences et les débats contradictoires relatifs à la détention provisoire "sont désorganisés par les blocages qui empêchent les extractions".

"Le ministère n'a pas anticipé la gravité des conséquences juridiques sur les procédures, qui pourraient se traduire par la remise en liberté d'individus dangereux (...) Dans quelques jours, si ce n'est déjà le cas, des détenus risquent d'être remis en liberté, non pas par la faute des magistrats, mais parce que les délais fixés par le code de procédure pénale ne pourront être respectés."

164 établissements touchés

Au total, 119 établissements sont bloqués et 45 fonctionnent en mode dégradé sur 188. Dix jours après le lancement de ce mouvement engendré par des agressions contre des gardiens, le bras de fer continue entre des syndicats déterminés et la garde des Sceaux Nicole Belloubet, en première ligne. 

Les 28.000 surveillants jugent leur profession dangereuse, mal payée et mal considérée alors que les prisons souffrent d'une surpopulation chronique. Selon la Direction de l'administration pénitentiaire (DAP), il y a environ 4000 agressions physiques par an de surveillants par des détenus.

L'administration pénitentiaire a réclamé ce mercredi des sanctions contre les surveillants qui bloquent les prisons - ils ont un statut spécial qui leur interdit le droit de grève - au dixième jour d'un mouvement massif qui place la ministre de la Justice sous le feu des critiques. Un courrier a été envoyé aux directeurs de prison pour leur demander d'appliquer les sanctions prévues, après l'interruption des négociations mardi entre la Chancellerie et les organisations syndicales.

Céline Hussonnois-Alaya