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Blocage des prisons: pourquoi la situation est explosive

Des gardiens de bloquent l'accès à la prison de Vendin-le-Vieil, le 16 janvier 2018.

Des gardiens de bloquent l'accès à la prison de Vendin-le-Vieil, le 16 janvier 2018. - FRANCOIS LO PRESTI / AF

En un peu plus de dix jours, le mouvement de grogne des personnels pénitentiaires a pris de l'ampleur et changé de nature. Les gardiens de prison déplorent à la fois un manque de sécurité, après plusieurs agressions de leurs collègues par des détenus, mais aussi plus généralement leurs conditions de travail et leur rémunération.

C'est le nouveau dossier sensible avec lequel le gouvernement doit composer. En un peu plus d'une dizaine de jours, la grogne dans les prisons françaises s'est amplifiée. Ce lundi matin, les syndicats comptabilisaient 114 à 130 établissements bloqués, sur 188. D'après l'administration pénitentiaire, 10 étaient bloqués depuis l'extérieur à 14 heures, alors que les agents du service de jour ont "déposé les clés" dans 13 établissements, refusant de prendre leur service. La ministre de la Justice rencontrait à 15 heures les trois principaux syndicats afin de trouver une issue à cette crise.

C'est l'agression de trois surveillants par un détenu jihadiste à Vendin-le-Veil, dans le Pas-de-Calais, qui a mis le feu aux poudres le 11 janvier dernier. De nombreux gardiens de prison se sont alors mobilisés pour dénoncer l'insécurité à laquelle ils sont confrontés au sein des établissements.

Les propositions de la ministre jugées insuffisantes

Vendredi, deux syndicats (Ufap-Unsa et CGT-Pénitentiaire) ont participé à des négociations avec le gouvernement. Un "projet d'accord" en est sorti, qu'ils ont refusé de signer. Parmi les propositions de Nicole Belloubet, la création de 1100 emplois supplémentaires et le renforcement des équipes de sécurité. Un projet que l'Ufap-Unsa a jugé "bien en-deçà des attentes des collègues mobilisés". 

Les propositions du gouvernement.
Les propositions du gouvernement. © Capture BFMTV.

Avec le rejet de cette base de propositions, le mouvement a changé de nature pour s'élargir aux conditions de travail et au salaire des personnels. En plus de mesures sécuritaires, les trois principaux syndicats (Ufap, FO et CGT), réclament désormais des revalorisations, soit d'indemnités soit de statut: une revalorisation des primes de nuit, de risque et de pénibilité, voire le passage de la catégorie C à la catégorie B de la fonction publique pour les agents de la pénitentiaire. 

2300 euros après 30 ans de carrière

Les gardiens de prison français sont parmi les moins bien payés d'Europe, avec 1400 euros mensuels en début de carrière, et jusqu'à 2300 dans le meilleur des cas au bout de 30 ans, comme en témoigne Jean-Michel Carbillet, interrogé ce lundi sur notre antenne. "Moi je suis au maximum de mon grade, surveillant-brigadier", regrette-t-il. Après 27 ans de carrière, il touche 2300 euros. Un salaire qui décourage selon lui les plus jeunes de ses collègues, dont certains choisissent de démissionner. Il dénonce également la "banalisation" des violences. Chaque année, on recense au total 4.000 agressions de surveillants pénitentiaires. 

"Quand je suis rentré dans ce métier, quand on se faisait insulter on faisait un rapport d’incident, le détenu passait au prétoire et allait au quartier disciplinaire. Maintenant, vous faites un rapport d’incident pour insultes, c’est classé sans suite, les insultes sont banalisées", explique ce gardien qui travaille à la prison de Borgo, en Corse, où deux de ses collègues ont été blessés vendredi.

Des prisons au ralenti

Concrètement, les prisons touchées par le mouvement tournent au ralenti, et les forces de l'ordre ont pris le relais pour remplacer les gardiens qui refusent de prendre leur poste. Des actions ont lieu à la fois à l'extérieur - comme depuis 6 heures du matin devant Fleury-Mérogis, la plus grande prison d'Europe, finalement débloquée en fin de matinée - mais aussi à l'intérieur. Là où les gardiens ont "déposé les clés", comme à Longuenesse, dans le Pas-de-Calais, où une agression a eu lieu dimanche, les parloirs sont annulés, le temps de promenade est réduit et le transfert de certains détenus devant être jugés aux assises est retardé, empêchant le déroulement normal des procès.

Les principaux établissements touchés se situent en région parisienne, en Auvergne-Rhône-Alpes, dans le Grand-Est, ainsi qu'en Occitanie et en Corse, où selon les syndicats locaux toutes les prisons sont bloquées. Les rencontres de ce lundi détermineront la suite du mouvement, certains établissements comme celui de Fleury-Mérogis ayant déjà prévu de le reprendre dès mardi matin en cas de mécontentement.

"On bosse dans des conditions exécrables"

"Il faut de l’action, il faut des mesures tout de suite et j’espère que nos politiques ont bien compris que c’était un mouvement déterminé, qui partait de la base, et que la base était mobilisée en nombre", a prévenu ce lundi matin Alexandre Caby, le secrétaire local adjoint de l'Ufap-Unsa justice, sur BFMTV. 

"On bosse dans des conditions exécrables. On demande à la ministre qu’elle entende et qu’elle arrête la casse, parce que l’image qu’elle renvoie à ces personnels, c’est l’image d’un gouvernement qui ne nous respecte pas et qui ne nous considère pas", a-t-il ajouté, regrettant notamment que des CRS aient été envoyés pour rétablir l'ordre. 

En amont du rendez-vous au ministère, les syndicats ont demandé à être reçus tous ensemble. Ils ont été entendus, et doivent rencontrer Nicole Belloubet à 15 heures. 

Charlie Vandekerkhove