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Prison avec sursis en appel pour un universitaire qui avait aidé des migrants

Des personnes rassemblées en soutien à Pierre-Alain Mannoni et Cédric Herrou, lors des premiers jours du procès en novembre 2016, à Nice.

Des personnes rassemblées en soutien à Pierre-Alain Mannoni et Cédric Herrou, lors des premiers jours du procès en novembre 2016, à Nice. - Yann Coatsaliou - AFP

Cet universitaire, qui avait aidé trois migrantes érythréennes près de la frontière franco-italienne fin 2016, a été condamné à deux mois de prison avec sursis.

Un universitaire, Pierre-Alain Mannoni, a été condamné ce lundi à deux mois de prison avec sursis par la cour d'appel d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), pour avoir aidé et transporté trois jeunes migrantes érythréennes près de la frontière franco-italienne.

Cent à 200 militants s'étaient réunis devant le palais de justice pour soutenir ce chercheur de 45 ans, qui avait été relaxé en première instance par le tribunal correctionnel de Nice.

La cour d'appel, qui n'a pas détaillé les motivations de sa décision à l'audience, l'a reconnu coupable d'avoir "facilité la circulation et le séjour" des migrantes.

"L'immunité humanitaire" écartée

Fin juin, l'avocat général avait requis trois mois de prison avec sursis à l'encontre de l'universitaire. Il avait écarté "l'immunité humanitaire" dont il avait bénéficié en première instance au motif qu'il "était dans une contestation globale de la loi".

"La justice condamne un geste d'humanité, c'est en contradiction avec les principes de la France", a réagi Pierre-Alain Mannoni, d'une voix blanche, après le prononcé de sa peine, annonçant qu'il allait se pourvoir en cassation.

Le 18 octobre 2016, il avait entrepris de convoyer trois Erythréennes dans son véhicule depuis un centre de vacances SNCF occupé illégalement par des militants associatifs à Saint-Dalmas-de-Tende jusqu'à son domicile de Nice. Il s'était fait interpeller au péage autoroutier de La Turbie. Il avait dit vouloir permettre aux jeunes filles de se faire soigner et aider par des associations à Marseille.

"On veut dissuader, voire tuer la solidarité"

"J'ai secouru des personnes blessées, en détresse, c'est ce qu'il faut faire", a ajouté ce père de famille, en tee-shirt gris, jean et baskets vertes, soulignant qu'à l'époque il n'agissait pas en militant et qu'il ne regrettait "toujours pas" son geste. 

"On veut dissuader, voire tuer la solidarité", a dit son avocate, Maeva Binimelis.

"Cette nouvelle condamnation fragilise le statut des défenseurs des droits des personnes migrantes en France", ont déclaré dans un communiqué commun la Ligue des droits de l'Homme (LDH) et l'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'Homme, appelant l'Etat à "garantir une protection efficace contre des poursuites visant des actions 'humanitaires et désintéressées'".

Début août, dans un dossier symbolique du combat en faveur des migrants dans la vallée de la Roya, l'agriculteur Cédric Herrou avait été condamné, par la même cour d'appel, à 4 mois de prison avec sursis. La cour avait exclu l'immunité humanitaire en raison du caractère "militant" de ses actes.

La vallée de la Roya, dans les Alpes-Maritimes, connaît une intense mobilisation citoyenne en faveur des migrants au moment où l'Etat tente de juguler la pression migratoire à la frontière franco-italienne.

Depuis le début de l'année, 33.000 migrants ont été remis aux autorités italiennes. Le tribunal administratif a épinglé à deux reprises au cours des six derniers mois le traitement de plusieurs de ces dossiers par la préfecture des Alpes-Maritimes pour violation du droit d'asile.

L.A, avec AFP