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Peines durcies pour les agresseurs de policiers: les syndicats entre prudence et déception

Au sortir d'une réunion à Matignon qui a vu le Premier ministre leur annoncer un net renforcement des sentences contre les agresseurs des forces de l'ordre, les syndicats policiers ont balancé entre insatisfaction et prudente approbation.

Cinq jours après la mort du brigadier Eric Masson, abattu mercredi dernier à Avignon sur un point de deal, le Premier ministre, Jean Castex, a reçu les représentants des syndicats policiers à l'Hôtel Matignon. La rencontre importait d'autant plus aux deux parties que les organisations syndicales avaient suspendu leur participation au "Beauvau de la sécurité". S'exprimant devant la presse à l'issue de cet entretien, chacune a émis une lecture différente des mesures envisagées.

Le chef du gouvernement, soucieux d'alourdir les sentences encourues en cas d'atteinte à un policier ou à un gendarme, a esquissé un nouveau dispositif: peine de sûreté portée à 30 ans en cas de condamnation à perpétuité pour un crime à l'encontre d'un membre des forces de l'ordre, suppression du simple rappel à la loi remplacé par une amende ou des travaux d'intérêt général, création d'un délit spécifique en cas de violences contre policiers et gendarmes, limitation stricte des possibilités de réduction des peines, punition plus sévère des refus d'obtempérer.

Parallèlement à ces durcissements, Jean Castex a annoncé la mise en place d'un observatoire de la réponse pénale à compter de juillet.

Alliance insatisfait

Devant notre caméra, Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d’Alliance, a marqué sa déception: "On n’a rien obtenu, on a eu des propositions pour certaines concrètes, d’autres beaucoup moins." Il a toutefois donné son satisfecit à la dernière proposition gouvernementale:

"Dans un premier temps, l’observatoire de la réponse pénale, très bonne chose car on le demandait depuis quelques temps et enfin, il est concrétisé et mis en application dès le 1er juillet. Pour le reste, on est toujours sur une volonté de peines incompressibles. Si on nous montre aujourd’hui qu’il n’y aura qu’une augmentation des peines encourues, nous, ça ne nous suffit pas." "C’est un signal intéressant, mais derrière la peine prononcée sera toujours à l’appréciation du magistrat", a-t-il ajouté afin d'expliquer la position de son syndicat.

Retour prochain au "Beauvau de la sécurité"

Grégory Joron, secrétaire général Unité SGP Police FO, a eu une réaction plus favorable: "Clairement, il y a des choses intéressantes, des pistes intéressantes et c’est positif parce qu’on n’est pas habitué à avoir une prise en compte comme ça. C’est aussi une marque de respect et d’écoute envers nos collègues, alors évidemment ce ne sera jamais suffisant mais il y a des pistes, il faut les explorer… On pense avoir été un peu écoutés, et j’espère entendus."

Olivier Varlet, secrétaire général de l'UNSA Police, a suivi une ligne proche de celle de son collègue: "On a pris en compte l’ambition du gouvernement d’aller de l’avant sur une réponse pénale plus forte."

Les représentants des policiers ont décidé de maintenir leur action du 19 mai, mais sous la forme d'un rassemblement devant l'Assemblée nationale et non plus d'une marche dans Paris. Par ailleurs, ils devraient finalement revenir à la table des concertations du "Beauvau de la sécurité". "Il faudra reprendre la discussion et les travaux à partir du 27 mai", a ainsi posé Olivier Varlet.

En marge de cette réunion autour de Jean Castex, David Le Bars, secrétaire général du Syndicat des commissaires, avait précisé auprès du Figaro les attentes de son organisation, appelant à une refonte d'"un code de procédure pénale totalement illisible et une procédure pénale inopérante, qui privilégie un droit des auteurs d’actes de délinquance plutôt qu’un droit des victimes et de ceux qui les protègent: nous, les policiers."

"Les peines planchers de Nicolas Sarkozy ont été dénaturées puisqu’elles étaient aménageables. Ces aménagements de peines sont toujours une escroquerie intellectuelle car aujourd’hui, jusqu’à un an de prison ferme, personne n’est incarcéré", s'était agacé Patrice Ribeiro, secrétaire général de Synergie-Officiers, auprès du même quotidien.

Un hommage national doit être rendu ce mardi au policier tombé à Avignon.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV