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Paris: premier procès d'un policier pour des violences contre des gilets jaunes

CRS le 1er mai lançant un pavé en direction de manifestant

CRS le 1er mai lançant un pavé en direction de manifestant - Extrait vidéo Line Press

Des 212 enquêtes à Paris de l'IGPN, la police des polices, c'est la première à donner lieu à un procès. L'avocat du brigadier plaide la légitime défense.

Il s'agit du premier procès d'un membre des forces de l'ordre après les nombreuses plaintes pour violences policières. Jugé pour avoir lancé un pavé en direction de manifestants gilets jaunes le 1er mai 2019, un policier comparaît jeudi à Paris pour "violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique n'ayant pas entraîné d'incapacité".

La scène s'est déroulée en face de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, dans le XIIIe arrondissement de Paris, lors d'une journée d'action marquée par des heurts. Les faits ont eu lieu vers 17h30, selon Laurent Bortolussi, journaliste de l'agence indépendante Line Press, auteur d'une vidéo de la scène. Partagée plusieurs milliers de fois sur les réseaux sociaux, on y voit clairement le brigadier lancer un pavé en direction de manifestants.

Après les faits, l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), dont l'impartialité est régulièrement mise en cause par les gilets jaunes, avait été saisie par le parquet de Paris. Le policier mis en cause risque 3 ans de prison et 45.000 euros d'amende. Ce brigadier de 44 ans, membre de la CRS 27 et basé à Toulouse, est policier depuis presque vingt ans et affecté à une compagnie de CRS depuis une dizaine d'années.

L'avocat plaide la légitime défense

"Ce fonctionnaire s'est saisi d'un projectile qui avait atteint un de ses collègues pour le rejeter effectivement en direction d'une foule hostile", déclare sur BFMTV l'avocat du policier, Me Laurent Boguet, qui plaide la légitime défense. "Il se trouve qu'il ne portait aucune arme de défense, qu'il n'était pas doté d'un bouclier, et qu'il avait fait usage de ses trois grenades de désencerclement auparavant. Donc il était complètement démuni et c'est dans ce cadre là que ce jet de projectile s'inscrit".

Une ligne de défense appuyée par le syndicat SGP Police. "Cette compagnie de CRS dont fait partie ce fonctionnaire a été accrochée dans les premières heures de manifestation, et trois de mes collègues ont été transportés à l'hôpital, dont un officier qui a pris un pavé dans le casque qui a occasionné un traumatisme crânien", affirme le secrétaire général délégué Grégory Joron sur BFMTV.

Quelques minutes auparavant, le commandant de la compagnie avait en effet été gravement blessé au visage par un pavé jeté par un manifestant puis hospitalisé pour un traumatisme crânien.

Pas de victime déclarée, pas de partie civile

Les images ne montrent pas où a atterri le projectile et s'il a blessé quelqu'un. Aucune partie civile n'a d'ailleurs été constituée, a confirmé l'avocat du policier, Me Laurent Boguet.

"Le geste est condamnable administrativement mais judiciairement j'ai un doute", explique à l'AFP une source policière. "Le procès va permettre de déterminer, ou pas, la culpabilité, sachant qu'il n'y a pas d'identification de victimes", ajoute-t-elle.

Cette audience a lieu dans une ambiance tendue quelques jours après le premier anniversaire du mouvement, émaillé une nouvelle fois par des affrontements entre des manifestants et les forces de l'ordre samedi dans certains quartiers de la capitale. Notamment place d'Italie, théâtre de violences pendant plusieurs heures, où un gilet jaune a perdu l'usage de l'œil, après avoir été blessé par un projectile probablement tiré par la police.

109 procédures classées sans suite

Depuis le début de cette fronde sociale, les gilets jaunes dénoncent des violences policières, l'usage des grenades et des lanceurs de balles de défense (LBD) par les forces de l'ordre. Des 212 enquêtes à Paris de l'IGPN, la police des polices, c'est la première à donner lieu à un procès. Mais un autre policier sera jugé avant la fin de l'année.

Au total, 372 procédures ont été enregistrées en France après des plaintes contre des forces de l'ordre, selon un décompte du ministère de la Justice transmis à l'AFP. Parmi elles, 109 ont été classées sans suite et 29 ont fait l'objet de l'ouverture d'une information judiciaire. Les autres procédures sont encore en cours de traitement, précise la Chancellerie. 

Salomé Vincendon avec AFP