BFMTV

Paris Match: le tribunal interdit toute reproduction numérique des photos

Des soldats patrouille dans le centre de Nice, le 12 juillet 2017, à la veille des commémoration de l'attentat meurtrier il y a un an

Des soldats patrouille dans le centre de Nice, le 12 juillet 2017, à la veille des commémoration de l'attentat meurtrier il y a un an - VALERY HACHE, AFP

Le Tribunal de Grande instance de Paris a rendu sa décision: la société éditrice du magazine n'est pas contrainte de retirer le numéro contenant les images polémiques sur l'attentat de Nice mais a l'interdiction de publier une nouvelle fois ces photographies, notamment sur Internet.

La justice a examiné la demande de retrait en urgence du dernier numéro du magazine Paris Match, dont la publication d'images de la vidéosurveillance de l'attentat de Nice du 14 juillet 2016 suscite la colère des victimes et de leurs proches.

Le Tribunal de Grande Instance de Paris n'a pas ordonné le retrait du dernier numéro du magazine mais a interdit toute diffusion des images de l'attentat sous format numérique. Par ailleurs, toute nouvelle publication de ces photographies entraînera une amende de 50.000 euros par infraction constatée.

Le parquet de Paris, qui avait assigné jeudi en référé Hachette Filipacchi et la directrice de publication de Paris Match, avait "demandé au tribunal d'ordonner le retrait de la vente" du magazine et "l'interdiction de sa diffusion sous tous formats, notamment numérique".

Une procédure rare

Le tribunal de grande instance (TGI) de Paris a statué à la veille de l'anniversaire de l'attentat qui avait fait 86 morts et de nombreux blessés sur la Promenade des Anglais.

Ce type de procédure, de surcroît à l'initiative du ministère public, est rarissime. En mars 2012, le parquet de Paris avait assigné la chaîne qatarie Al-Jazeera pour empêcher la diffusion d'une vidéo des tueries de Mohamed Merah, qui a assassiné dans le sud de la France des enfants et un enseignant juifs ainsi que trois parachutistes. Mais la chaîne avait annoncé peu après qu'elle ne diffuserait pas ces images.

Informé mercredi de la publication par Paris Match des images de vidéosurveillance extraites de la procédure judiciaire, le parquet avait "immédiatement ouvert une enquête pour violation du secret de l'instruction et recel" de ce délit. 

"C'est une satisfaction de voir le parquet s'emparer de cette question qui est à la fois une question de principe et d'ordre public à la veille de la commémoration de l'attentat de Nice", avait déclaré à l'AFP l'avocat de la Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs (Fenvac), qui avait appelé mercredi le parquet "à faire cesser ce trouble manifestement illicite".

Le maire de Nice Christian Estrosi (LR) avait de nouveau critiqué jeudi sur France Inter la publication d'images "ignobles".

Plans larges

"Notre rédaction a voulu rendre hommage aux victimes en allant à leur rencontre un an après, dans un devoir de mémoire, pour que la société n'oublie pas", s'était défendu Olivier Royant, directeur de la rédaction de Paris Match, dans un communiqué mercredi soir.

"Quant aux photos du camion cette nuit-là, largement publiées et relayées par nos confrères depuis un an, et encore ces jours-ci dans des émissions de télévision à grande audience, il s'agit de vues de loin, de plans larges, sans identification possible des victimes ni atteinte à leur dignité", avait-il estimé, invoquant une publication par "souci de compréhension des événements".

L'Association française des victimes du terrorisme (Afvt) avait dénoncé dans un communiqué un "parti pris éditorial assimilable à de la pornographie terroriste qui n'a pour but que de participer à la déshumanisation des victimes par le sensationnalisme et d'assurer le testament morbide du terroriste".

A la suite de l'attentat de Nice, plusieurs médias avaient déjà été pointés du doigt pour avoir notamment diffusé des images de victimes sur la Promenade des Anglais. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel avait appelé l'ensemble des médias audiovisuels à "la prudence et à la retenue, protectrices de la dignité humaine et de la douleur des personnes".

C.Br. avec AFP