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"Parfois assimilés à des policiers": la colère de la police scientifique après les déclarations de Laurent Nuñez

Invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC et BFMTV, Laurent Nuñez, le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur, a rappelé que les policiers scientifiques appartenaient à "un corps administratif" qui peut "parfois être assimilé à des policiers". De quoi susciter la colère de la profession qui se bat contre ce statut "sédentaire".

"Parfois assimilés à des policiers." Les propos de Laurent Nuñez passent mal auprès de la police technique et scientifique. Invité sur RMC et BFMTV, le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur était interrogé sur la grève reconductible des "experts" pour s'opposer au projet de réforme des retraites mais aussi pour obtenir le statut d'"actif".

"Le corps de la police technique et scientifique, c’est un corps administratif donc ce n’est pas un corps de policiers", a tranché Laurent Nuñez. 

Le secrétaire d'Etat a continué en expliquant que les policiers techniques et scientifiques étaient "mobilisés de plus en plus", saluant le taux d'élucidation des enquêtes. "On veut qu’ils se déplacent par exemple sur certain type d’infractions, a-t-il complété. C’est le cas pour les cambriolages. Ils vont sur le terrain, ils sont sur le terrain, ils peuvent parfois être assimilés à des policiers."

Danger de la profession

Une expression qui scandalise la profession. "Nous ne sommes pas 'parfois' assimilés à des policiers: nous sommes toujours assimilés à des policiers, s'indigne Guillaume Groult, secrétaire national adjoint du SNIPAT en charge des personnels scientifiques. Nous n'avons jamais rencontré de tiers nous identifiant autrement. Nos collègues eux mêmes, dans les commissariats, ont du mal à voir les limitations de notre statut. La hiérarchie nous traite comme des policiers, avec les frictions que cela engendre." 

Recherche de plaie sur les corps, de sperme dans les affaires de viol, constatations lors de cambriolages, prise d'empreintes sur des suspects, analyse de sang ou salive, le travail des policiers techniques et scientifiques les amène quotidiennement sur le terrain, loin de leur laboratoire. "La police scientifique est appelée à intervenir sur la quasi-intégralité des affaires criminelles et délictuelles, poursuit le syndicaliste. Et le fait d'aller sur le terrain n'est pas le seul facteur de danger de la profession." 

Rencontre avec Christophe Castaner

Depuis plusieurs années, la profession réclame le statut d'actifs, au même titre que les agents armés. Plusieurs mouvements ont été lancés pour réclamer une meilleure reconnaissance de la dangerosité de leur travail alors que ces policiers, qui représentent 2% des effectifs de la police nationale, estiment élucider un tiers des enquêtes. "Notre filière est directement 'opérationnelle', comme attesté par non seulement les déplacements de terrain mais aussi la couverture 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, par les astreintes, les permanences et les rappels au service", argumente Guillaume Groult. 

Une rencontre a eu lieu entre les syndicats et Laurent Nuñez le 8 janvier. La profession appelle désormais à un rendez-vous avec Christophe Castaner

Justine Chevalier