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Mort de Naomi Musenga: des personnels du Samu menacés

Le Samu de Strasbourg victime d'appels malveillants. (Photo d'illustration)

Le Samu de Strasbourg victime d'appels malveillants. (Photo d'illustration) - Pierre Andrieu - AFP

Les personnels du Centre hospitalier universitaire de Strasbourg, mais aussi d'autres villes de France, sont la cible de menaces depuis la publication de l'enregistrement de l'appel de Naomi Musenga avec le Samu. Une personne a été interpellée près de Bayonne.

La famille de Naomi Musenga l'a assurée une nouvelle fois jeudi lors d'une conférence de presse: elle ne veut pas faire de l'opératrice du Samu qui a négligé l'appel de la jeune femme de 22 ans la bouc émissaire de cette affaire. Malgré cet appel au calme, les personnels du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Strasbourg - contre lequel les parents de la jeune fille ont porté plainte - sont l'objet d'appels malveillants et menaçants depuis la publication de l'enregistrement de la conversation entre l'assistante de régulation médicale et la mère de famille.

"Ce sont des appels où on dit clairement qu’on va porter atteinte physiquement aux agents de régulation", détaille Christian Prud’homme, secrétaire général FO aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg.

Le 29 décembre dernier, Naomi Musenga est morte quelques heures après avoir contacté le 15. La jeune femme a expliqué à l'opératrice avoir "très mal", elle a également supplié l'agent de l'aider. En réponse, elle n'a obtenu qu'une invitation sèche à contacter SOS Médecin. "Oui vous allez mourir certainement un jour, comme tout le monde", a également raillé l'assistante de régulation médicale, âgée d'une cinquantaine d'années et expérimentée, qui remplaçait ce jour-là un collègue malade. Elle reconnait aujourd'hui une erreur de jugement mais relate de fortes pressions en fin d'année, avec des appels qui affluaient dont beaucoup de canulars.

"Assassins"

Transférée d'abord dans un autre service, l'employée du CHU a été suspendue administrativement le temps que les investigations soient menées. Trois enquêtes ont ainsi été lancées: deux administratives et une judiciaire. Insuffisant pour certains. "Mercredi, une trentaine d’appels malveillants sont arrivés au 15 sur les quelque 2000 reçus quotidiennement, a expliqué aux DNA le syndicaliste de l'hôpital de Strasbourg. L’ambiance au Samu est devenue très lourde et très difficile." Selon nos informations, des agents de sécurité ont été déployés sur site et les équipes du Samu se font accompagner par une patrouille de police lors d'intervention par crainte d'un guet apens.

"Nous sommes très affectés par ce drame, a confirmé le directeur du CHU, Christophe Gautier, au Parisien. Ces appels malveillants ne doivent surtout pas nous empêcher de secourir, c'est ce que nous faisons au CHU de Strasbourg."

Ces appels ne concernant pas seulement le Samu de Strasbourg. Depuis la médiatisation de la mort de Naomi Musenga, ce sont plusieurs services partout en France qui sont la cible de reproches. "Depuis mercredi 9 mai, nous avons reçu une dizaine d’appels insultants, des personnes nous ont traités d’assassins… Nous vivons tout ça comme une injustice, c’est dommage", explique, à la Dépêche du Midi, le professeur Vincent Bounes, chef du Samu à Toulouse.

Une interpellation 

Le Samu de Bayonne n'est pas exempt de cette situation. Un homme a été interpellé jeudi et placé en garde à vue dans le cadre d'appels insultants et menaçants contre le 15 local. Fortement alcoolisé au moment de son arrestation, l'individu a été libéré et sera poursuivi. Le directeur du service, le Dr Tarak Mokni, avait porté plainte pour "harcèlement" et "outrage". "Lors d'une soirée particulièrement chargée en appels, nous avons reçu 19 coups de fils d'un homme. Des coups de fils insultants, violents, agressifs, très personnalisés vis-à-vis du Samu: 'Vous allez payer pour ce que vous avez fait' (...) 'vous êtes responsable de la mort de Naomi'", a rapporté le Dr Mokni.

"Nous sommes restés très professionnels, mais 19 appels très ciblés sur le Samu, c'était trop, ça déstabilisait l'équipe, elle était perturbée. Doublement perturbée car mon équipe avait le sentiment que leur métier était 'saccagé'", a-t-il poursuivi. "Une phrase revenait souvent chez eux: 'avec tout ce qu'on fait, on n'a plus qu'à changer de métier'".

Sur Twitter et Facebook, les messages pour s'en prendre aux personnels du Samu se multiplient également. Des internautes ont également livré l'identité supposées des opérateurs. "Depuis hier soir, il y aurait des noms qui circuleraient avec des lieux de résidence, déplore Christian Prud'homme. Des personnes ont déposées plainte. C’est invraisemblable. Il y a eu un grave incident, un dysfonctionnement, il y a trois enquêtes qui sont en cours, il faut laisser les enquêtes se dérouler." Un signalement auprès de la direction départementale de la sécurité publique a été réalisé par le directeur général des Hôpitaux universitaires de Strasbourg. Un psychologue du travail a été déployé dans le service strasbourgeois.

J.C.