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Magot du "gang des postiches": Michel Fourniret jugé pour son crime crapuleux

Michel Fourniret, Monique Olivier et Jean-Pierre Hellegouarch en 2008.

Michel Fourniret, Monique Olivier et Jean-Pierre Hellegouarch en 2008. - Benoit Peyrucq - AFP

Michel Fourniret et Monique Olivier sont de retour devant la justice. A partir de ce mardi et jusqu'à vendredi, ils sont jugés par la cour d'assises de Versailles pour le meurtre de Farida Hammiche, la femme d'un ancien codétenu du tueur en série. Un crime crapuleux qui lui a permis de réaliser son parcours criminel pendant 15 ans.

D'une "bicoque, cabane de jardin", le couple est passé au château du Sautou. Un changement de train de vie qui ne doit rien au hasard, qui marque même le début du parcours criminel de Michel Fourniret et Monique Olivier. Pendant 15 ans, ils ont vécu dans ce domaine à Donchéry non loin de la frontière belge. Un château ocre devenu, au fil de leurs crimes, la "maison de l'horreur". Sur la propriété d'une quinzaine d'hectares, deux corps y ont été découverts en 2004. Deux victimes de "l'ogre des Ardennes".

Un crime fondateur

Avant elles, en avril 1988, il y a eu le meurtre de Farida Hammiche, la femme d'un ancien codétenu de Michel Fourniret qui comparaît à partir de ce mardi, et jusqu'à vendredi, devant la cour d'assises de Versailles pour ce crime. A ses côtés dans le box, Monique Olivier son ex-femme, rencontrée à la même époque, et accusée, elle, de complicité d'assassinat. Un crime pour mettre la main sur un stock d'or, un crime fondateur qui leur a permis d'acheter le château de Sautou mais aussi de sceller le destin du "couple diabolique". C'est à cette époque que Monique Olivier contacte Fourniret, alors en prison.

Michel Fourniret, 76 ans, et Monique Olivier, 69 ans, déjà condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité en 2008 pour sept meurtres, ont reconnu les faits. Le tueur en série dira d'ailleurs qu'il s'agit du seul meurtre qu'il regrette. Pour les parties civiles, ce procès doit répondre à trois enjeux:

"Comment s’est passée la scène de crime? (...) Où se trouve le corps? Des détails peuvent-ils être donnés sur toutes les affaires criminelles qui restent inexpliquées?", résume Me Didier Seban, un des avocats des parties civiles qui qualifie ce meurtre de "fondateur" pour réaliser son "périple criminel".

Le butin du "gang des postiches"

Ce procès attendu est celui de deux grandes affaires criminelles et médiatiques de la fin des années 80 qui trouvent un point commun en la personne de Michel Fourniret. En 1985, ce dernier, alors condamné pour une série de viols, a partagé la cellule de Jean-Pierre Hellegouarch, membre actif de l'extrême gauche, à la prison de Fleury-Mérogis. Derrière les barreaux, ce dernier lui fait des confidences sur l'existence d'un magot, un véritable trésor. Lui-même tient ses informations de Gian Luigi Esposito, un prisonnier italien sur le point d'être extradé vers son pays pour évasion. Une fuite réalisée en compagnie d'André Bellaïche, membre du fameux "gang des postiches".

Le "gang des postiches", une bande de braqueurs, habillés en bourgeois, qui tiennent leur surnom des perruques et fausses moustaches qu'ils portent pour dissimuler leur identité, ont commis une série de braquages en s'attaquant principalement aux salles des coffres des banques. Entre 1981 et 1986, ils ont opéré 27 attaques à Paris pour un butin colossal. Entre temps, le gang a caché son butin en l'enterrant au cimetière de Fontenay-en-Parisis, dans le Val-d'Oise, derrière la tombe de l'ancien maire de la ville.

Lorsqu'il croise la route de Jean-Pierre Hellegouarch, l'Italien lui demande de récupérer pour lui ce stock d'or. L'homme, alors incarcéré, pense à son codétenu, qu'il juge inoffensif. Sorti de prison à la fin de l'année 1987, Michel Fourniret est contacté par Farida Hammiche, la femme du Breton. Cette jeune femme de 30 ans lui promet une commission en échange de son aide pour déterrer le magot caché derrière "grand-mère", nom de code donné à la tombe. Après plusieurs repérages réalisés par Michel Fourniret et Monique Olivier, en compagnie de Farida Hammiche, ils se rendent un soir d'avril 1988 à Fontenay-en-Parisis.

Cynisme

Aux enquêteurs, Michel Fourniret a raconté la manière dont ils ont creusé pour découvrir une caisse à outils rouge dans lequel se trouvaient plusieurs petites boites en plastique. A l'intérieur, des lingots d'or. Le trio est ensuite reparti chez Farida Hammiche à Vitry-sur-Seine pour cacher le magot. Le couple diabolique va recevoir sa compensation, 500.000 francs (environ 76.000 euros). Insuffisant semble-t-il. Monique Olivier a confié aux enquêteurs comment Fourniret a estimé "que ce serait mieux d'avoir un peu plus, même tout". La décision est prise: le tueur va éliminer la femme de son codétenu.

Un soir d'avril 88, Michel Fourniret et Monique Olivier se rendent au domicile de Farida Hammiche. Sous un faux prétexte, ils l'emmènent en voiture direction Rambouillet. Sur le chemin, Michel Fourniret aurait donné plusieurs coups de baïonnette à sa victime avant de l'étrangler. Son corps a été enterré ailleurs. Monique Olivier n'aurait pas assisté à la scène. Poussant encore un peu plus loin le cynisme et la manipulation, après le meurtre, cette dernière va rendre visite à Hellegouarch en prison après le meurtre. Lorsque la disparition de Farida est constatée, ils feindront de participer à sa recherche.

A sa sortie, Jean-Pierre Hellegouarch visite le couple. Fourniret lui raconte alors "vivre dans la misère". Ce que croit son ancien codétenu, un temps tout du moins.

Et pourtant avec le stock d'or, d'un montant évalué entre 6.000 et 8.000 millions d'anciens francs (environ entre 914.500 et 1,21 million d'euros), échangés auprès d'un notaire à Bruxelles, Michel Fourniret va payer cash le château de Sautou en janvier 1989. Le couple acquiert également un studio situé rue Philippoteau à Sedan, un véhicule break Peugeot 405, un fourgon Citroën C15 et une maison à Sart-Custinne en Belgique, où ils se replieront quand Jean-Pierre Hellegouarche va les menacer après avoir compris qu'il s'était fait doubler. Le reste du butin, enterré dans le jardin de la maison de Sart-Custinne, sera saisi par les enquêteurs après les aveux de Monique Olivier en 2004.

D'autres affaires abordées pendant le procès?

Chronologiquement, le meurtre de Farida Hammiche est le deuxième commis par Michel Fourniret, après celui d'Isabelle Laville. C'est aussi le seul dont le mobile n'est pas sexuel mais crapuleux, et ce même si Fourniret a toujours défendu qu'il n'était pas au courant de la provenance de cet or. Le procès qui s'ouvre ce mardi pourrait toutefois être l'occasion d'aborder ses autres crimes, lui qui a été mis en examen il y a quelques mois pour les meurtres de Joanna Parrish et Marie-Angèle Domèce. "Le meurtre de Farida Hammiche est un meurtre fondateur et il vient aussi expliquer et préparer d'autres faits", rappelle Me Didier Seban qui appelle à ne "pas perdre une partie du film".

"Le fait qu’il y a une bonne tenue de procès à Versailles, permettra je pense, pour Monique Olivier, qu’elle continue de participer aux interrogatoires qui sont les siens dans les affaires Parrish et Domèce, permettra aussi, peut-être que si elle était interrogée dans l'affaire Mouzin, ou dans d’autres affaires, elle pourrait avoir une participation plus active que si on a un procès qui devient une tribune", prévient son avocat, Me Richard Delgènes.

Michel Fourniret n'a pas l'intention de se dérober lors de ce procès, indique son avocat Me Vavasseur. Même si à 76 ans, sa mémoire semble très affectée, dit-il.

Justine Chevalier