BFMTV

Que sont le CCIF et Baraka City, menacés de dissolution par Darmanin?

Gérald Darmanin le 15 octobre 2020 à Paris

Gérald Darmanin le 15 octobre 2020 à Paris - Ludovic MARIN © 2019 AFP

Le Collectif contre l'islamophobie en France et Baraka City, menacés de dissolution par le gouvernement, sont deux associations accusées de proximité avec l'islam politique voire l'extrémisme, ce qu'elles nient fermement.

Le ministre de l’Intérieur souhaite leur dissolution, elles se défendent de "tout acte illégal". Les organisations Baraka City - une association humanitaire musulmane - et le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) ont été expressément visées ce lundi matin sur Europe 1 par Gérald Darmanin.

Ce dernier a annoncé la dissolution à venir de plusieurs structures associatives "parce que nous avons un certain nombre d’éléments qui nous permettent de penser que ce sont des ennemis de la République". Que sont ces deux organismes dans le viseur du gouvernement?

· Le CCIF pointé du doigt pour son communautarisme et son rigorisme

Fondé en 2003 par le militant associatif Samy Debah, le CCIF apporte une aide juridique aux personnes victimes d'islamophobie.

"Sous couvert de 'défense de la laïcité', de 'l’identité nationale', des 'racines judéo-chrétiennes' de la France, un nouvel ennemi de l’intérieur est désigné: le musulman", décrit le collectif qui se qualifie, sur son site internet, d’association "apolitique et areligieuse".

Mais derrière la combat de l'islamophobie, Le Canard enchaîné décrit, dans un article publié en 2016, un collectif spécialisé dans la rédaction de "rapports" instruisant le procès de la laïcité. Selon l’ethnologue Jeanne Favret-Saada, interrogée par Ouest-France, le CCIF impose le terme "d’islamophobie" pour désigner des actes délictueux, mais également toute critique de l’islam. Le CCIF est par ailleurs pointé du doigt pour son communautarisme et sa proximité avec la mouvance des Frères musulmans.

Le récent attentat commis contre Samuel Paty, sur fond d’islam radical, replonge le CCIF dans la controverse. Il est ciblé par le gouvernement car "il a été manifestement impliqué [dans l’attentat contre le professeur à Conflans-Saint-Honorine, NDLR] puisque le père, qui a lancé une fatwa contre ce professeur, y fait très clairement référence (...) Nous avons des éléments qui nous permettent de penser que c'est une ennemi de la République", incrimine Gérald Darmanin.

Si le père d'une élève de Samuel Paty a effectivement exhorté sur Facebook ses "frères et sœurs" à faire "au minimum un courrier au collège, au CCIF, à l’inspection académique ou au ministre de l’éducation ou au président" et à "contacter le CCIF", rien n’indique que le collectif se soit lui-même fait le relai de ce message. La direction du collectif affirme au Monde "qu’aucune information n’a été relayée sur nos réseaux ou par tout autre moyen".

Dans un communiqué publié samedi, le CCIF tance "les habituels manipulateurs d’opinion" qui s’élèvent "contre l’islamisme auquel ils ont automatiquement associé notre travail de lutte contre l’islamophobie". Une plainte pour diffamation a été déposée contre la députée LaREM Aurore Bergé et l'ancienne journaliste de Charlie Hebdo, Zineb El Rhazoui, cette dernière ayant déclaré: "Une campagne de harcèlement a été menée contre lui [le professeur, NDLR] avec l’aide du CCIF et l’académie en a été informée."

· Baraka City et ses prises de position radicales

De son côté, le fondateur de Baraka City, Idriss Sihamedi, dénonce une "une violation du droit et un abus de pouvoir" à la suite des déclarations de Gérald Darmanin.

"Cette proposition de dissolution est un véritable scandale", s’indigne-t-il sur Twitter.

Lancée en 2008, Baraka City est une association caritative venant en aide aux populations de Syrie, Palestine, Birmanie et de nombreux pays d'Afrique. Sur Facebook, l’organisme, suivi par plus de 715.000 personnes, suscite un fort engouement chez de nombreux jeunes croyants mais aussi la suspicion pour ses prises de positions parfois radicales.

Son fondateur, Idriss Sihamedi, attire l’attention des autorités depuis de nombreuses années, notamment en raison de ses fréquentations, parmi lesquelles des prédicateurs rigoristes. En public, les manifestations de sa pratique d’un islam rigoriste se multiplient.

Selon les journalistes Judith Waintraub et Vincent Nouzille, Idriss Sihamedi a notamment écrit: "Je pense que la musique peut être dangereuse, la polygamie une alternative contre l’adultère et le voile un signe de pudeur. Suis-je fou?" rappelle Ouest-France.

L’homme a également créé la polémique en 2016 sur le plateau de Canal + où il refuse de serrer les mains des femmes présentes. Ensuite, à la question "Condamnez-vous Daesh?" il rétorque: "Il n'est pas équitable, pas juste, de poser la question à un musulman."

· Idriss Sihamedi sous contrôle judiciaire

La destination des fonds de son association ainsi que la nature de ses relations "avec des individus proches de la mouvance islamiste radicale" posent également question, soulignait déjà à cette époque Le Parisien. Récemment, Idriss Sihamedi a de nouveau été accusé de proximité avec l'islamisme dans un climat tendu, après l'ouverture du procès des attentats de 2015.

Enfin, mercredi dernier, il a été placé sous contrôle judiciaire dans le cadre d'une enquête pour harcèlement sur les réseaux sociaux, à la suite d'une plainte en diffamation déposée par une chroniqueuse de la radio RMC, Zohra Bitan, qui a porté plainte le 18 septembre dernier. A cette occasion, les locaux de l’association ont été perquisitionnés, comme en 2017 dans le cadre d’une enquête ouverte cette fois-ci pour "financement du terrorisme" et "association de malfaiteurs terroriste" et classée sans suite trois ans plus tard.

Pour toutes ces raisons, "l'association est sous les yeux du ministère de l'Interieur depuis quelques semaines (...) Je souhaite qu'elle soit proposée à la dissolution", a insisté le ministre de l'Intérieur, précisant qu'Emmanuel Macron a réclamé dimanche soir, lors du Conseil de défense, une accélaration des actions contre "l'islamisme rampant". Idriss Sihamedi a annoncé sur Twitter sa volonté de déposer plainte pour "abus de pouvoir".

Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV