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Lille: dix et six mois de prison ferme requis contre deux activistes antispécistes

Une membre du groupe antispéciste devant une boucherie parisienne, le 22 septembre.

Une membre du groupe antispéciste devant une boucherie parisienne, le 22 septembre. - JACQUES DEMARTHON / AFP

Ce couple comparaissait mardi à Lille pour avoir préparé et commis une quinzaine de dégradations contre des commerces qui vendaient de la viande ou de la fourrure cet hiver.

Le parquet de Lille a requis mardi dix et six mois de prison ferme à l'encontre de deux activistes antispécistes poursuivis pour avoir dégradé ou incendié des boucheries, restaurants ou commerces des Hauts-de-France cet hiver.

Il a également requis contre eux huit et neuf mois de prison avec sursis, assortis de mise à l'épreuve pendant trois ans, ainsi que cinq et six mois de prison avec sursis et mise à l'épreuve pour deux autres prévenues: une femme accusée de complicité dans plusieurs des faits reprochés et une autre soupçonnée d'avoir participé à l'un des faits.

Ils reconnaissent les faits

Dans ce procès présenté par des avocats des parties civiles comme le premier du genre, Cyrile, médiateur social âgé de 23 ans, et Mathilde, auxiliaire de puériculture de 29 ans, tous deux en couple, étaient poursuivis pour avoir préparé et commis une quinzaine de faits au total, dont des tags, bris de vitrines et plusieurs dégradations par incendie à l'aide de bidons d'essence ou de cocktails Molotov, dans des communes du Nord et du Pas-de-Calais, particulièrement dans la métropole lilloise, entre novembre et début février. 

Appelés à la barre, tous deux, qui n'ont jamais été condamné en justice auparavant, ont reconnu la plupart des faits. Ils ont assuré avoir participé à des expéditions nocturnes en voiture pendant lesquelles ils brisaient les vitrines à l'aide de pavés, de pierres ou d'un marteau, peinturaient ou taguaient les devantures de ces entreprises associées au commerce de viande ou de fourrure avec des expressions comme "Stop spécisme", "Assassins" ou encore "Leur peau, pas la vôtre". 

Ils ont également reconnu avoir provoqué des départs d'incendie, notamment dans un Burger King et deux restaurants de Marcq-en-Baroeul et Roubaix, la jeune femme assurant toutefois ne pas avoir été présente lors de l'un de ces faits.

Des "précautions" pour "ne blesser personne"

Selon l'enquête, ils revenaient parfois sur des lieux déjà dégradés auparavant, écrivant dans certains cas sur la devanture un "T'as compris ?", associé au nom de l'entreprise. Les enquêteurs les avaient identifié en repérant notamment deux voitures sur des caméras de vidéosurveillance et en analysant leurs appels téléphoniques.

"Je voulais faire entendre et rendre visible la voix des antispécistes et, à aucun moment, il n'y a eu de volonté d'atteinte à l'intégrité de personnes (...) Pour nous, il s'agissait de dégradations uniquement matérielles", a déclaré Mathilde, la voix tremblante, assurant qu'elle n'avait "pas vraiment pris conscience" de la gravité des faits.

"Cela fait longtemps que je milite et je me sentais incomprise", a-t-elle encore expliqué, mais aujourd'hui "je regrette sincèrement (...) ce mode d'action".

"On prenait quelques précautions" pour être sûrs de "ne blesser personne" et "je croyais que cela suffisait", a déclaré Cyrile, assurant "regretter profondément tout ce qui s'est passé" et affirmant ne pas avoir "réellement prémédité" le déroulement des événements.

La troisième prévenue, Johanna, 40 ans, soupçonnée notamment d'avoir fourni des bidons d'essence et fumigènes et préparé des itinéraires, a dit avoir rencontré Mathilde au cours de "manifestations et actions pacifistes". Atteinte d'une maladie chronique et récemment opérée du genou, elle refuse de se soigner avec des médicaments testés sur les animaux.

"Je reconnais les faits et regrette (...) mais ne peux pas m'empêcher de penser à tous ces animaux qui meurent" dans les abattoirs, a-t-elle justifié.

Eva, la dernière prévenue, a nié le fait reproché mais s'est dite "totalement solidaire" du combat "et des modes d'action" de ses amis.

"Le procès de délinquants"

Dénonçant le "très lourd préjudice" financier et moral pour les victimes, l'avocat du restaurant "La boucherie" a comparé les prévenus à des "criminels" et des "terroristes".

Les bouchers et autres commerces "sont ciblés pour ce qu'ils sont, en tant que profession", et "il faut que ça s'arrête", a aussi déclaré l'avocat du syndicat des bouchers du Nord Damien Legrand, rappelant qu'au delà de ce procès, "vingt attaques avaient été commises en 2018 et déjà 13 en 2019" en France.

"Aujourd'hui, ce n'est pas le procès du spécisme ou de l'antispécisme (...) C'est le procès de délinquants" qui ont commis "des faits graves", notamment "par leur nombre et leur réitération", a déclaré le procureur Eric Fouard, notant "la préméditation" mais aussi une "escalade" et une "progression dans les actes" jusqu'à la confection de cocktails Molotov lors du deuxième incendie d'un restaurant de Roubaix.

Le jugement a été mis en délibéré au 8 avril.

Benjamin Rieth avec AFP