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Tags en lettres de sang et incendie de restaurants: des militants vegans jugés ce mardi à Lille

Plusieurs boucheries ont été attaquées dans la métropole lilloise.

Plusieurs boucheries ont été attaquées dans la métropole lilloise. - AFP

Quatre activistes de la cause anti-spécisme sont jugés ce mardi pour des dégradations commises contre des commerces et des restaurants à Lille et dans son agglomération. Pendant l'enquête et lors d'une première audience en comparution immédiate, ils avaient assumé et revendiqué leurs actions.

Dans la nuit du 27 au 28 décembre dernier, le Burger King de Marcq-en-Baroeul était visé. Trois jours plus tard, c'était au tour du restaurant La Boucherie, dans la même commune, d'être touché par un incendie. Jusqu'au 16 janvier, ce sont deux restaurants et cinq commerces de Lille et de son agglomération qui sont ciblé par des tags ou des vitrines cassées. A la fin de l'année 2018, le nord de la France et la métropole lilloise ont connu des actes de vandalisme en série avec un point commun: ils ont tous été commis au nom d'une cause, l'anti-spécisme. Avec une violence allant crescendo au fil des semaines.

Ce mardi, quatre militants vegans radicaux sont jugés par le tribunal correctionnel de Lille pour une quinzaine de dégradations commises contre des boucheries, des commerces de bouches, des restaurants de viande ou des magasins de vêtements vendant de la fourrure. Au total, la justice leur reproche une quinzaine de faits allant des tags en lettres de sang, aux vitrines cassées, jusqu'à l'incendie des locaux. Certains, comme le restaurant La Boucherie, à quelques pas du très chic Le Touquet, ont été pris pour cible à deux reprises. A chaque fois, les faits se passaient dans la nuit, les individus avançaient le visage dissimulé.

Revendication

L'enquête avait conduit les policiers de la sûreté départementale de Lille jusqu'à quatre individus. Des suspects "au profil atypique", reconnait Me Damien Legrand, l'avocat des commerçants victimes. Agés entre 23 et 39 ans, ces trois femmes et cet homme ne sont pas connus des services de police, leur casier judiciaire est vide. Johanna, la plus âgée des suspects, est assistante marketing, Mathilde est puéricultrice. Elle est connue des services de renseignements territoriaux pour son appartenance au milieu vegan, sa soeur comme faisant partie du "noyau dur". Son compagnon Cyrile, considéré comme le leader, est médiateur dans un centre social.

Les quatre suspects ont été confondus par les images de vidéosurveillance et le bornage de leur téléphone portable. Johanna et Cyrile étaient colocataires. Tous les quatre ont été interpellés au mois début du mois de février, ils ont été présentés à un juge lors d'une comparution immédiate. A la demande des différentes parties, le procès a été renvoyé à ce mardi. "Ce sont des jeunes déroutants", insiste l'avocat des commerçants. Lors de cette courte audience, chacun avait reconnu mais surtout assumé les actes de vandalisme. "Le spécisme, c'est considérer que des gens ou des personnes peuvent être inférieures à vous", avait expliqué à la cour Cyrile en février dernier, ajoutant que si c'était à refaire, il le referait.

Plus de 15.000 euros de préjudice

Lors de leur garde à vue, ces "purs et durs", comme ils ont été décrits, avaient également fait valoir leur revendication. "Les gâteaux ne sont pas vegan", a fait remarquer Eva, la quatrième prévenue. Johanna, elle, précise, ne pas prendre de médicaments car ils sont testés sur les animaux. Mathilde, 29 ans, s'est plainte de n'avoir "pu manger que du riz sec avec des légumes". "Le matin, j'ai eu des biscuits avec du beurre donc je ne consomme pas", a-t-elle indiqué au parquet. Son compagnon, Cyrile, dit lui avoir entamé une grève de la faim. Tous deux ont été incarcérés en attente de leur procès, avant d'être libérés il y a quelques jours. Contactée, l'avocate du jeune homme n'a pas souhaité réagir.

Face aux militants antispécisme, qui prônent l'égalité entre les espèces, une dizaine de commerçants, dont le préjudice a été estimé à 15.000 euros, seront présents ce mardi au tribunal de Lille. "Nous attendons de voir si les quatre prévenus continuent de revendiquer leurs actes et qu'ils estiment que les bouchers n'ont qu'à changer de métier ou s'ils ont pris du recul", résume Me Damien Legrand, l'avocat des parties civiles, qui espèrent des "mesures judiciaires à la hauteur des faits". Les quatre prévenus encourent jusqu'à 5 ans de prison et 75.000 euros d'amende pour les dégradations, et jusqu'à 10 ans de prison et 150.000 euros d'amende pour l'incendie des commerces.

Justine Chevalier