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Les CRS nageurs-sauveteurs menacés de disparition sur les plages

Les CRS chargés de surveiller les plages n'auront peut-être plus pour mission de sauver les baigneurs de la noyade.

Les CRS chargés de surveiller les plages n'auront peut-être plus pour mission de sauver les baigneurs de la noyade. - PATRICK BERNARD / AFP

Cette mission de surveillance et de sauvetage coûterait trop cher. Que ce soit en temps et en hommes, argue le ministère l'Intérieur, comme financièrement, assure la Cour des comptes.

Les maîtres-nageurs-sauveteurs CRS vont-ils abandonner la surveillance des plages en été? C'est la crainte d'élus du littoral, depuis que le ministère de l'Intérieur a jugé que les CRS devaient se "concentrer sur leurs missions régaliennes". Et ce alors que le nombre des noyades explose. La France a enregistré 373 décès par noyade entre le 1er juin et le 9 août, soit en moyenne un peu plus de cinq morts par jour, selon l'agence sanitaire Santé publique France (SpFrance). Et entre 2015 et 2018, les noyades ont bondi de 858 à 1.758.

Reconnaissables à leur tee-shirt avec l'inscription "Police nationale-Sauveteur" et le logo "CRS", 297 d'entre eux ont été affectés cette année dans 62 communes. En 2002, ils étaient 722 répartis dans 126 communes pour surveiller 152 km de littoral. Ce changement de fusil d'épaule s'explique par la menace terroriste. Depuis 2016 et les attentats jihadistes qui ont frappé la France, les maîtres-nageurs-sauveteurs (MNS) sont dotés d'un sac étanche contenant un pistolet automatique pour répondre à la menace terroriste. Si le nombre des CRS affectés à la surveillance des plages est "stable depuis trois ans" selon Beauvau, des déclarations du ministère de l'Intérieur au cœur de l'été ont semé le trouble.

Vers "de nouvelles évolutions"

"Si des nageurs-sauveteurs des compagnies républicaines de sécurité (CRS) participent, historiquement, à ce dispositif, il ne s'agit pas d'une mission propre des CRS, puisque la police des baignades ne relève ni des missions régaliennes de l'Etat ni de ses obligations légales", écrivait mi-juillet le ministère dans une réponse écrite à deux parlementaires. 

"De nouvelles évolutions ne doivent pas être exclues par principe pour permettre aux forces de l'ordre de se concentrer sur leurs missions régaliennes, notamment en période estivale", ajoutait-il.

La fin de cette mission serait "une perte considérable pour la sécurité de nos concitoyens et des touristes étrangers sur nos plages, parce qu'ils surveillent la baignade, préviennent les incivilités et luttent contre la menace terroriste qui existe aussi sur les plages", réagit Daniel Fasquelle, député LR du Pas-de-Calais et conseiller municipal du Touquet.

"Il y a une dérive de l'Etat, qui n'est pas capable de réduire ses dépenses, et qui transfère aux communes des dépenses supplémentaires. (...) La sécurité des citoyens français, en ville ou à la plage, c'est de la responsabilité de l'Etat, pas des communes", estime-t-il.

"Une problématique financière et humaine"

Sur le littoral dunkerquois, la baisse du nombre de CRS ces dernières années a déjà contraint les communes à s'adapter, souligne Frédéric Vanhille, président du syndicat intercommunal des Dunes de Flandres. Ce syndicat paie à des jeunes volontaires la formation au brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique ainsi que celle à la conduite nautique. Il embauche chaque été 78 encadrants et surveillants de baignade.

"Il y a la problématique financière certes, mais elle est surtout humaine. Ce sont des jeunes, étudiants, qui ont une responsabilité énorme qui pèse sur leurs épaules", juge Frédéric Vanhille. "Avec les CRS, le poids de leur expérience nous permet d'avoir une relative quiétude sur la plage". 

Dans un rapport de 2012, la Cour des comptes relevait qu'"au fil des ans, les MNS CRS sont devenus une force sur laquelle certaines communes se sont habituées à compter" tout en soulignant la "participation contestable des CRS à un dispositif complexe". Et accessoirement un coût annuel évalué à 4,5 millions d'euros en 2011.

Des maîtres-nageurs privés

"La Cour des comptes a une analyse financière de la situation et donne des pistes d'économie au gouvernement", répond le maire Modem de Lacanau (Gironde), Laurent Peyrondet, membre du comité directeur de l'Association nationale des élus du Littoral (ANEL). "Mais elle n'est en aucun cas habilitée à se prononcer sur l'activité des CRS, dont la première mission est de sauver les baigneurs de la noyade mais aussi d'exercer un pouvoir de police sur la plage", plaide cet élu.

Sa commune accueille quatre postes de surveillance sur quatre km de plage pour "30.000 visiteurs" les jours de grande affluence. Pour Christian Plantier, maire (sans étiquette) de Mimizan, petite station balnéaire des Landes, la question de la disparition des CRS sur les plages "ne se pose plus". Depuis deux ans, il fait ainsi appel à des maîtres-nageurs-sauveteurs privés et rémunérés par la commune. En cas d'incivilité ou tout autre problème de sécurité publique "ils sont en liaison permanente avec la police municipale qui peut intervenir à tout moment", précise l'élu.

Reste que toutes les communes ne sont pas prêtes à assumer un service qui l'est pour l'instant par l'Etat. En effet seuls le logement et les "frais des CRS à hauteur de 60 euros par jours, six jours sur sept, à raison de 46 heures par semaine", demeurent à la charge des municipalités concernées, détaille l'Unsa-CRS au Parisien.

David Namias avec AFP