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Leetchi-Dettinger: nouveau round judiciaire sur le versement de la cagnotte pour l'ancien boxeur

Christophe Dettinger.

Christophe Dettinger. - Capture

Le tribunal d'Evry rend sa décision ce mardi concernant la cagnotte Leetchi ouverte en soutien de l'ancien boxeur Christophe Dettinger, condamné pour avoir frappé des gendarmes. Un délibéré qui va fixer le premier round de ce bras de fer judiciaire qui pourrait durer encore plusieurs mois.

D'un point de vue pénal, le sort de Christophe Dettinger a été scellé. Et pourtant le nom de cet ancien boxeur, condamné à un an de prison pour avoir frappé deux gendarmes lors d'une manifestation des gilets jaunes, revient, malgré lui parfois, sur la scène judiciaire. Le nouveau round judiciaire qui va se dérouler ce mardi matin à 10h30 devant le tribunal de grande instance d'Evry doit statuer sur la demande de Leetchi pour déterminer les conditions dans lesquelles la société peut verser l'argent recueilli sur la cagnotte créée en soutien à Christophe Dettinger.

Au début du mois de février, la plateforme de cagnotte en ligne avait lancé une assignation en référé pour trancher sur le bien-fondé du versement des quelque 130.000 euros accumulés en à peine 48 heures. L'ouverture de la cagnotte avait eu lieu dans la foulée du début des ennuis judiciaires, début janvier, de Christophe Dettinger, filmé en train de frapper des gendarmes et condamné à un an de prison, avec une peine aménagée. Face au tollé suscité par cette initiative lancée par Nicolas Alves, un très bon ami de l'ancien boxeur, la plateforme avait annoncé avoir fermé cette cagnotte.

Questionnement sur le destinataire de la cagnotte

A ce moment-là, Leetchi justifie sa décision par le fait que la cagnotte, bien que légale, doit servir à couvrir, et uniquement à couvrir, les frais judiciaires de Christophe Dettinger, mis à pied à la fin du mois de mars par son employeur. Au vu de la somme, "poursuivre la cagnotte n’avait par conséquent pas de sens puisqu’il aurait fallu ensuite rembourser les donateurs du surplus", écrivait alors la plateforme. La société voulait également s'assurer du bien-fondé de la cagnotte. Fin janvier, l'organisateur a modifié le compte bancaire sur lequel verser la somme récoltée sur le compte bancaire de la compagne de l'ex-boxeur, en lieu et place du compte joint de "M. ou Mme Dettinger", avait fait savoir Leetchi, justifiant alors son assignation.

"Au nom de quoi cet argent est bloqué, s'agace Me Laurence Léger, l'avocate de Christophe Dettinger, qui défend également Nicolas Alves, cité dans cette procédure. La cagnotte est légale, Leetchi l'a stipulé publiquement. La cagnotte répond aux conditions générales de la société, là encore Leetchi l'a indiqué publiquement. L'argent ne servira pas à payer les dommages et intérêts, ça s'est déjà réglé."

Me Laurence Léger met alors en avant la "mauvaise foi" de la société, qu'elle accuse de s'être mise "au garde à vous" face à l'émoi suscité par cette cagnotte au sein de la classe politique. Elle en veut pour preuve l'envoi de ses factures, ainsi que celles de Me Henri Leclerc, venu prêter main forte au procès du boxeur, factures que Leetchi "refuse de payer".

Renvoi de l'affaire à Paris?

Derrière la décision concernant les conditions de versement de cette cagnotte se cache une autre procédure. Car lors de l'audience le 22 mars dernier, la défense des Dettinger a demandé le renvoi de cette affaire vers le tribunal de Paris. Me Laurence Léger souhaite que cette assignation soit jointe à une autre procédure, celle engagée par l'épouse de Christophe Dettinger pour demander à Leetchi le paiement de la cagnotte, qui sera examinée par le juge des référés de Paris mercredi. Deux affaires connexes.

"Si Evry bloque la cagnotte ce mardi, ça va poser problème à Paris mercredi, résume l'avocate. Karine Dettinger n'a pas été entendue dans la procédure à Evry, elle n'a donc pas pu se défendre. En terme d'opportunité, c'est mieux que le tribunal de Paris statue sur la demande de Leetchi."

Dans quelques mois, l'affaire Dettinger rebondira une nouvelle fois devant la justice. Son épouse a assigné en justice Leetchi, cette fois-ci pour "perte de chance". Elle estime que la cagnotte aurait dû rester ouverte pendant 45 jours, comme le prévoient les conditions générales de la plateforme lorsque l'organisateur ne fixe pas de délai dans le temps. En prenant pour base la somme récoltée en seulement deux jours, la cagnotte aurait alors atteint plus de 3 millions d'euros. Pour la défense, le cas Dettinger a été traité de manière singulière. "D'autres cagnottes auraient pu être fermées, si on se base sur la morale, s'agace Me Laurence Léger. On peut faire un débat sur la moralité, mais dans ce cas, on ne fait pas d'exception."

Justine Chevalier