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Le récit détaillé des attaques terroristes dans l'Aude

François Molins a donné une conférence de presse ce lundi en début de soirée au Palais de justice de Paris. Le procureur de la République a retracé les actes terroristes de Radouane Lakdim, minute par minute, vendredi dernier dans l'Aude.

Depuis les attaques terroristes de Carcassonne et Trèbes vendredi dans l'Aude, pas moins de 204 enquêteurs tentent de faire la lumière sur les crimes de Radouane Lakdim. C'est l'une des informations que François Molins, le procureur de Paris qui s'était rendu sur place vendredi, a délivrées ce lundi lors de la conférence de presse qu'il a donnée au Palais de justice. Le magistrat a consacré une bonne partie de son exposé à la chronologie des faits. 

Il passe devant le commissariat de police dans la matinée 

Rappelant la difficulté d'apporter à ce stade toutes les précisions dans la première tranche horaire, François Molins précise d'abord: "Le 23 mars entre 9h et 10h13 du matin, Radouane L., après avoir déposé sa sœur à l’école, s’est rendu à la cité des Aigles de Carcassonne." Là, il tire sur deux personnes, tue la première et blesse la seconde (qui est toujours hospitalisée) et dérobe l'Opel Corsa blanche appartenant à la deuxième victime.

Ses déplacements à bord de ce véhicule volé sont désormais connus. "Les images de la vidéosurveillance de Carcassonne montrent qu’il est passé à 10h25 devant le commissariat, puis s'est dirigé vers la caserne du 3e régiment parachutiste d'infanterie de marine", a poursuivi François Molins. Deux militaires de l'opération Sentinelle sont alors en faction. 

Mais il quitte bientôt les lieux et à 10h30, il roule en direction de la commune de Trèbes. Deux minutes plus tard, il "fait mine de s’engager sur la rue qui mène à son domicile avant de se rabattre brusquement sur quatre CRS qui font alors leur jogging". Venant dans leur dos, il commence à faire feu. Six douilles seront retrouvées sur les lieux. L'un des membres des compagnies républicaines de sécurité, touché au poumon et à l'épaule, se trouve toujours hospitalisé ce lundi soir en soins intensifs, indique François Molins. 

L'intervention d'Arnaud Beltrame 

A 10h39, comme l'a révélé la vidéosurveillance du magasin Super U de Trèbes, Radouane Lakdim se gare sur le parking du supermarché. Il reste exactement 25 secondes dans sa voiture avant de pénétrer, en courant, dans le magasin. Il se rue vers la caisse numéro 6, où il tue une première personne, un boucher employé par le magasin, puis se dirige vers la caisse numéro 2 où il abat un client. "Il est revenu à la boulangerie où il a échangé avec un client avant de rebrousser chemin à nouveau", relève François Molins. 

Tandis que les clients et les salariés se réfugient ensuite, qui dans la chambre froide, qui dans les rayons, le centre de commandement de la gendarmerie alerte plusieurs unités, les enjoignant de rejoindre le magasin. Elles sont sur place aux environs de 11h. "Ils ont ensuite constaté que Radouane retenait une femme otage comme bouclier humain. Profitant de leur approche, ils ont évacué les clients encore présents".

C'est ici que le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame entre en scène. Il engage des tractations avec Lakdim en vue d'obtenir de lui qu'il relâche la personne qu'il tient avec lui. "Il a levé les mains, déposé son arme et a demandé à prendre sa place", a décrit le procureur de Paris ce lundi. L'otage est libérée quelques minutes plus tard. "Arnaud Beltrame a ensuite contacté ses collègues pour qu’ils quittent les lieux. Il leur a dit que l'assaillant voulait la libération de Salah Abdeslam et menaçait de faire 'péter les grenades'", a encore précisé François Molins. 

A 14h13, le GIGN intervient pour mettre hors d'état de nuire Radouane Lakdim après avoir entendu grâce au téléphone toujours en communication du lieutenant-colonel deux premiers coups de feu, bientôt suivis d'un troisième. Deux agents sont blessés dans l'affrontement. Ce week-end, après la mort d'Arnaud Beltrame samedi à 5h du matin, une autopsie a révélé que si le corps de l'officier portait bien des lésions balistiques à un bras, ainsi qu'à un pied, c'est une grave blessure à l'arme blanche à la hauteur de la trachée et du larynx qui a entraîné une détresse respiratoire à l'origine de sa mort. 

Robin Verner