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Le proviseur du lycée de Grasse témoigne: " 'Héros', ce n'est pas le mot"

Hervé Pizzinat est le proviseur du lycée Tocqueville à Grasse (Alpes-Maritimes). Son intervention courageuse face au tireur, jeudi, lors de la fusillade dans son établissement, a probablement permis d'éviter le pire. Ce vendredi soir, il a livré son témoignage sur LCI.

Il a été blessé par balle la veille et son bras droit emmailloté alors qu'il parle devant les caméras, ce vendredi soir, en témoigne. Hervé Pizzinat, proviseur du lycée Tocqueville de Grasse théâtre jeudi d'une fusillade, vient en effet de raconter cet événement à LCI. 

Une tentative de dialogue

Tout d'abord, il commence par rassurer sur son état physique: "Je vais bien mais il faut qu’on entre tous en résilience". Puis, il fait le récit du début du drame qui a occasionné quatorze blessés ce jeudi: "On me signale un élève armé dans un établissement. Je fonce, je le trouve dans l’escalier central. Il me dit: 'Je ne veux pas vous tuer vous, je vais tuer d’autres personnes.' J’essaye d’entrer en communication."

Les prémices de cet échange ne désespèrent pas Hervé Pizzinat: "Je me dis que s’il ne veut pas me tuer moi, c’est qu’il me connaît. Moi, je l’avais identifié comme élève bien que je n’en connaisse pas son identité car je ne les connais pas tous. Ce n'était pas un élève qui avait fait parler de lui au préalable." Sur ces bases, le proviseur veut discuter: ". Je me suis dit peut-être de façon présomptueuse que je pouvais dialoguer, entamer quelque chose, le faire se rapprocher de moi, ou ne serait-ce que s’asseoir sur les marches et lui faire baisser la garde. Je n’avais pas l’intention de lui prendre ses armes parce que je ne m’en sentais pas capable physiquement. Je me suis rapproché de lui, je ne pensais pas qu’il tirerait, il a tiré, voilà."

"Dans les établissements, on commence à avoir cette culture"

L'émotion l'empêche cependant de sentir immédiatement la peine causée par sa blessure, Hervé Pizzinat veut encore dissuader le jeune homme d'accomplir son forfait: "J’ai continué à lui parler, j’essayais encore d’avancer puis j’ai vu que je saignais. Il a continué à monter les marches, j’ai voulu le rattraper puis je me suis dit que je ne pouvais plus faire grand-chose." A ce point des événements, il décide de veiller à la sûreté des autres élèves et du personnel: "Comme depuis septembre, on avait fait des exercices de confinement, on a activé ce plan. C’est tout le service public d’éducation qui a fonctionné normalement. La police est arrivée très vite." Le proviseur fait alors une observation: "Dans les établissements scolaires, on commence à être préparés…à avoir cette culture-là."

Mais Hervé Pizzinat n'aime pas tellement qu'on le qualifie de "héros": "Ça me gêne car ce n’est pas le mot. L'acte héroïque il est à partager avec les enseignants et les élèves qui étaient présents. Je n'ai pas de justaucorps bleu et de cape rouge. Je ne suis qu'un être humain qui a réagi comme il le pouvait à ce moment-là."

R.V.