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Latifa Ibn Ziaten: "Cet appel est un espoir pour toutes les familles"

Jeudi, la cour d'assises spéciale de Paris a condamné Abdelkader Merah à vingt ans de réclusion criminelle dont une période de sûreté des deux tiers, et Fettah Malki à quatorze ans de prison. Le parquet a fait appel de cette décision. Latifa Ibn Ziaten, vivement déçue par ce jugement, est revenue sur le procès sur BFMTV ce vendredi.

Frustrée, déçue en face d'un jugement qui lui semble inachevé. C'est ainsi que Latifa Ibn Ziaten, mère d'Imad Ibn Ziaten l'un des soldats tués par Mohamed Merah en 2012, s'est présentée ce vendredi sur notre plateau après que la veille, la cour d'assises spéciale de Paris a condamné Abdelkader Merah à vingt ans de réclusion criminelle dont une période de sûreté des deux tiers, sans retenir de complicité dans les assassinats de son frère. Fettah Malki, quant à lui, a été condamné à quatorze ans de prison dont une période de sûreté des deux tiers aussi. Latifa Ibn Ziaten a d'abord exposé son état d'esprit après un mois de procès, et un verdict qui la laisse insatisfaite à l'issue de cinq ans de procédures:

"Le deuil restera toujours. C’est impossible de tourner la page. J’ai perdu un fils de 30 ans. C’est impossible. J’attendais de ce procès qu’il nous apaise, ma famille et moi. C’est tout, la souffrance elle est à l’intérieur. Cette souffrance est énorme. Personne ne peut la comprendre."

"Les familles n'intéressaient pas"

Elle a ensuite dépeint les audiences. Elle a perçu une trop grande concentration de l'opinion, des avocats et des médias sur la défense:

"Quand la défense a plaidé mardi, la salle était remplie de gens. On aurait dit un spectacle. Et ça m’a fait trop mal. Même les victimes étaient oubliées. Des avocats que je n’avais jamais vus étaient là. Ils nous ont presque poussés pour prendre leur place. C’était horrible." A contrario, selon elle: "Quand on a témoigné, nous les familles, il y avait peu de monde. Ça n’intéressait pas de nous entendre. Et ça, c’était trop dur."

"Je me suis sentie seule"

Elle a aussi émis un regret, celui de ne pas avoir senti le soutien des Français musulmans: "J’ai vécu beaucoup de choses dans ce procès. J’ai vu que la communauté juive était soutenue, tous étaient unis. Il y avait beaucoup de monde qui était là. Nous, on n’était pas représentés par les musulmans. Je me suis sentie seule."

Elle a dit l'admiration qu'elle nourrissait à l'endroit de Samuel Sandler, père et grand-père de victimes juives de Mohamed Merah: "La chose qui m’a le plus marquée, c’est cette souffrance que nous avons partagée les yeux dans les yeux avec monsieur Sandler. Ce père qui attend comme moi, et toutes les familles. On a fait tellement de choses ensemble…Je voyais ce père, ce grand-père qui changeait de couleur et résistait. Je me suis dit : ‘Je dois faire comme lui’." 

Le parquet général a décidé de faire appel de la sentence rendue: "Cet appel est un espoir pour toutes les familles", a-t-elle assuré. 

Robin Verner