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L'étrange disparition de l'expédition Dyatlov

Une partie de l'expédition Dyatlov prise en photo par l'un de leurs appareils, en janvier 1959.

Une partie de l'expédition Dyatlov prise en photo par l'un de leurs appareils, en janvier 1959. - Dyatlovpass.com

BFMTV.com vous propose cet été de revivre d'authentiques voyages dans l'inconnu et l'inexplicable. Dans cet épisode, nous vous racontons l'histoire de neuf jeunes randonneurs disparus en février 1959, au beau milieu de l'Oural soviétique.

Le 23 janvier 1959, dix jeunes gens quittent la ville de Sverdlovsk, aujourd'hui Iekaterinbourg. Pour la plupart étudiants ou diplômés de l'Université polytechnique de l'Oural, leur objectif est le mont Otorten, à plus de 500 kilomètres au nord. Après quelques jours en train, en bus et en camion, ils chaussent enfin leurs skis le 27 janvier.

Ils sont alors à 70 kilomètres de leur destination et doivent être revenus dans une petite quinzaine de jours. Youri Ioudine, 22 ans, souffre rapidement d'une sciatique. Après avoir ramassé quelques minéraux avec les autres pour l'université, il doit se résoudre à faire demi-tour. 

L'inquiétude pointe vers le 15 février. Sans nouvelles, Youri et les proches des randonneurs s'inquiètent. Le club sportif de l'université tente de les rassurer, les autorités rechignent à agir pour un si petit retard. Mais force est de constater que les jours passent, et l'expédition menée par Igor Dyatlov ne revient pas. 

Les premières équipes de secours partent le 21 février. Etudiants, guides expérimentés, autochtones de l'Oural, militaires, et même quelques officiers du KGB, selon le journal de l'un des volontaires. Cette mystérieuse présence n'a pas manqué d'alimenter les théories complotistes.

Pourtant, au moins trois des randonneurs de l'expédition Dyatlov avaient travaillé dans des "villes fermées" ou des laboratoires secrets liés à l'armement atomique. Il semble assez logique que les renseignements s'assurent qu'ils n'aient pas fui avec des secrets compromettants, suggère Svetlana Oss dans son enquête Don't go there: True mystery of the Dyatlov pass

Une tente lacérée

Les secours pensent encore venir en aide à leurs camarades perdus dans la neige quand, le 26 février, ils découvrent la tente de l'expédition Dyatlov. Elle semble avoir été lacérée de l'intérieur, comme si ses occupants n'avaient même pas eu le temps d'ouvrir la fermeture pour s'échapper. 

Le lendemain, les premiers corps découverts sont ceux de Youri Doroshenko et Youri Krivonishenko. A la lisière d'un bois situé à à peine 1km de la tente, les deux hommes de 21 et 23 ans sont en t-shirt et sous-vêtements, les pieds nus alors que la température peut atteindre les -50°C. Autour d'eux se trouvent des branches coupées et les restes d'un feu de camp. Au-dessus d'eux, les premières branches d'un pin de Sibérie sont cassées. 

Deux autres corps sont découverts dans la neige, entre le bois et la tente. D'après leur position, Igor Dyatlov et Zinaida Kolmogorova semblent avoir tenté de rejoindre le camp à quelques centaines de mètres. Le premier est habillé léger - avec la veste en laine de l'un de ses camarades -, la deuxième correctement, mais les deux n'ont rien aux pieds. La dépouille de Rustem Slobodine est retrouvée non loin, quelques jours plus tard. Il a une seule botte au pied droit, sa jumelle retrouvée dans la tente. 

Des vêtements manquants et/ou échangés 

Le mystère des vêtements manquants ne sera - partiellement - éclairé qu'à la découverte des derniers corps, le 5 mai. Dans une sorte d'abri improvisé, les secouristes trouvent deux pantalons, un sweat, un pull puis, à moins de 100 mètres du premier pin sous lequel ont été découverts Doroshenko et Krivonishenko, les quatre membres restants: Lyudmila Doubinina, à l'origine de l'expédition, Aleksander Kolevatov, Nikolaï Thibeaux-Brignolles et Semyon Zolotarev.

Leurs corps, très abîmés, se trouvent dans un ravin dans la forêt. Non seulement les explorateurs sont morts depuis maintenant trois mois, mais ils présentent aussi d'importantes blessures.

Ils portent tous des vêtements appartenant à leurs camarades. Lyudmila porte le sweat de Youri Krivonishenko; Nikolaï porte sa montre et peut-être un autre de ses sweats. Aleksander est vêtu de la combinaison de Youri Doroshenko; Semyon Zolotarev de son bonnet. Nikolaï porte aussi le bonnet de Lyudmila, sa veste et a ses gants dans sa poche. Globalement, ces quatre derniers étaient bien mieux habillés à leur mort que les autres, ce qui laisse penser qu'ils ont pris les vêtements sur les corps de leurs amis déjà décédés. 

L'histoire pourrait être celle d'une "banale" avalanche ayant poussé les explorateurs hors de leur tente et, mal équipés, ceux-ci sont progressivement morts d'hypothermie. Mais une multitude de détails (un enquêteur rapidement écarté, le profil atypique d'un des randonneurs plus âgé, des traces de radioactivité, des boules de feu dans le ciel, etc.) en font, encore aujourd'hui, l'une des affaires les plus mystérieuses de Russie. Même l'ex-président Boris Eltsine, lui-même ancien étudiant de l'Université polytechnique de l'Oural, tenait à découvrir la vérité

Des blessures comparables à "un accident de voiture" 

Un aspect de l'affaire Dyatlov est particulièrement déroutant: les blessures des neuf jeunes gens, graves pour un accident de montagne. Les deux Youri, trouvés en premier, présentent des brûlures et un s'est mordu le doigt. Parmi les trois qui tentaient manifestement de revenir à la tente, Rustem a le crâne fracturé et de multiples bleus sur le visage et les bras. 

Mais les cas les plus inquiétants sont les derniers retrouvés: Lyudmila, Semyon et Nikolaï ont des blessures comparables "à un accident de voiture", selon un médecin légiste interrogé lors de l'enquête. Ils ont de très graves lésions internes: cage thoracique brisée, côtes cassées, langue manquante… Mais quasi-invisibles à l'extérieur.

Plus de 75 théories ont été développées pour expliquer la mort de ces jeunes gens, des plus terre-à-terre aux plus loufoques, dont les principales sont recensées sur le site dyatlovpass.com. L'intoxication au monoxyde de carbone, l'avalanche, un vent aussi puissant que rare et une dispute côtoient l'ombre du KGB, le yéti, une attaque des autochtones ou encore des essais nucléaires. 

"Un désastre ou une force accablante"

Une enquête a bien été ouverte pour élucider la mort des neuf randonneurs. D'abord menée par Vladimir Korotaev, puis rapidement reprise par Lev Ivanov, elle a été clôturée en quelques mois. Comme le souligne Svetlana Oss dans son livre Don't go there: True mystery of the Dyatlov pass, rien ne devait se passer en URSS qui ne puisse être expliqué, et rapidement.

Lev Ivanov avait alors conclu à une mort causée par "un désastre ou une force accablante" - même si, plusieurs années plus tard, à la retraite, il avait regretté lors d'une interview cette conclusion parcellaire. Au moment de la publication, il penchait pour les OVNI. 

Les théories et coups de théâtre de l'affaire Dyatlov sont sans fin. Récemment, un tabloïd russe a collaboré avec la famille de Semyon Zolotarev pour réaliser un test ADN sur sa dépouille. Surprise, il n'y avait aucune correspondance avec l'ADN de sa nièce… Avant qu'une autre étude, plus poussée, ne soit réalisée et confirme leur lien de parenté. 

Pour mettre un terme aux spéculations et de lever le voile sur un mystère vieux de 60 ans, les autorités russes ont rouvert l'enquête en février dernier, exposant au passage le dossier de plus de 400 pages.

Une expédition s'est rendue sur les lieux du drame quelques semaines plus tard et une conférence de presse est prévue à la fin de l'été. Il y aura certainement de nombreux déçus. Le procureur a d'ores et déjà prévenu que seules trois pistes seraient envisagées: l'avalanche, le glissement de neige (qui s'y apparente) et la tempête. 

les différentes théories
l'avalanche/le glissement de terrain c'est l'hypothèse la plus terre à terre. l'expédition dyatlov, en aménageant le terrain pour installer leur tente, affaiblissent une couche de neige supérieure qui leur glisse dessus quelques heures plus tard. ils coupent alors la tente pour s'échapper au plus vite, écrasés sous la masse de neige. il paraît quand même improbable que les jeunes aient pu parcourir plusieurs centaines de mètres, jusqu'à se réfugier dans les arbres, avec de telles blessures. ils étaient aussi expérimentés et à même d'envisager et de gérer une telle situation. la tente a également été retrouvée à l'endroit où elle a été piquée, bien en place malgré la neige accumulée au fil des semaines. le vent "katabatic" une autre explication météo est un vent soudain, extrêmement fort, qui pousse les sportifs à évacuer rapidement la tente, la couvrir de neige pour la protéger et s'abriter dans la forêt en hâte, voire dans les arbres. ce vent "katabatic" est notamment connu en suède, où un groupe de neuf skieurs en a subi les conséquences en 1978. c'est ce qui a poussé en 2019 une expédition suédo-russe à aller sur les traces du groupe dyatlov. dans ce cas, les graves blessures des quatre derniers corps s'expliqueraient par l'écroulement progressif de leur abri de fortune sur eux, avant que leurs dépouilles ne dérivent à la fonte des neiges. la dispute les journaux des aventuriers, retrouvés dans leurs affaires, décrivent une bonne ambiance au sein du groupe. zinaida kolmogorova évoque quand même sa relation passée avec youri doroshenko, alors qu'igor dyatlov avait une photo de la jeune femme sur lui. aucun conflit ne semble pourtant avoir surgi là-dessus. une fausse une de journal, assemblée par les jeunes, a été retrouvée dans la tente. "devinette: peut-on réchauffer neuf skieurs avec une seule couverture?" ou "sports: l'équipe d'experts en radio, doroshenko et kolmogorova, a établi un nouveau record du monde d'assemblage de réchaud. ce record est d'une heure, deux minutes et 27 secondes" sont des brèves que l'on peut lire dans les nouvelles du soir de l'otorten. tout comme dans cette fausse une humoristique, leur bonne humeur transparaît aussi dans de très nombreuses photos prises par les jeunes gens au début de leur voyage. les autochtones mansi et khanty dans les montagnes désolées de l'oural, notamment dans la région de ekaterinbourg, vivent quelques centaines d'autochtones: les mansi et les khanty. dans son enquête don't go there: true mystery of the dyatlov pass, svetlana oss estime que l'hypothèse la plus probable, même si elle ne l'affirme pas catégoriquement, est une attaque de locaux agacés par la présence des randonneurs. plusieurs éléments portent à suspicion sur le rôle des mansi dans l'affaire. s'ils sont plusieurs à avoir participé aux recherches, certains n'ont pas voulu s'approcher de la tente; d'autres parlaient entre eux juste avant de d'indiquer et de trouver les derniers corps. certains disent que les locaux avaient plusieurs lieux sacrés dans la montagne, que les étrangers et les femmes n'avaient absolument pas le droit d'approcher; d'autres affirment que de tels endroits n'existent pas. il a aussi été avancé que les mansi ne se trouvaient pas à proximité de la tente lors de la mort de l'expédition dyatlov et ne fréquentaient pas les lieux; pourtant, des signes de chasse ont été retrouvés, et ils sont rapidement venus à la rencontre des secours quand ceux-ci sont arrivés sur place. svetlana oss, qui fournit nombre détails et précisions, suppose que les mansi ont effrayé les jeunes gens alors qu'ils étaient dans la tente, notamment en lacérant la toile - car l'enquête peine à prouver qu'elle a été coupée de l'intérieur. ils ont fait enlever leurs chaussures aux sportifs, d'où leur présence en tas dans la tente, puis les ont fait s'aligner dehors - ce qui semble mieux correspondre aux traces de pas retrouvées. certains ont pu alors fuir, se réfugier dans les arbres, et d'autres, dont les quatre derniers, ont été frappés et tués par les autochtones. ceux-ci ont pu vérifier que les deux youri étaient bien morts en brûlant leurs jambes. les ovni une théorie particulièrement populaire est celle d'essais militaires. dans les jours de la disparition de l'expédition dyatlov, d'étranges boules lumineuses ont été observées dans le ciel, notamment par des météorologues. ces sphères de lumière ont pu effrayer, voire blesser les jeunes gens, qui se sont enfuis avec ce qu'ils pouvaient pour se protéger. cela fait écho au taux élevé de radioactivité retrouvé sur certains de leurs vêtements. toutefois, cela peut aussi s'expliquer par les pierres ramassées avant que youri ioudine ne quitte l'expédition (et sauve sa vie), ou par le fait que plusieurs d'entre eux travaillaient dans des villes fermées ou laboratoires où ils auraient été susceptibles de manipuler des produits radioactifs.

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voyage au bout du mystère (1/5)

BFMTV.com vous propose cet été de revivre d'authentiques voyages dans l'inconnu et l'inexplicable. Disparitions soudaines, morts défiant toute logique apparente, cadavres refusant de livrer leurs secrets et parfois jusqu'à leur nom, les faits-divers regorgent d'histoires restées sans réponse. Nous avons sélectionné cinq de ces drames, parmi les plus troublants. Voici le premier épisode de notre série.

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Liv Audigane