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"Je pensais que j'allais mourir": Patrick Balkany s'exprime sur BFMTV après sa sortie de prison 

Après cinq mois de détention à la prison de la Santé pour fraude fiscale, Patrick Balkany a été libéré mercredi sous contrôle judiciaire pour des raisons de santé. Le maire de Levallois-Perret déplore sur BFMTV un jugement "exagéré", et revient sur la détérioration progressive de son état de santé pendant son séjour en prison.

Quelques heures seulement après sa libération de la prison de la Santé pour raisons médicales, Patrick Balkany réinvestit déjà la scène médiatique. Le maire de Levallois-Perret, qui était incarcéré depuis septembre dernier pour fraude fiscale, a choisi de prendre la parole ce jeudi sur BFMTV.

La veille, la cour d'appel de Paris lui avait accordé la remise en liberté sous contrôle judiciaire qu'il réclamait depuis plusieurs mois, au vu d'une expertise médicale jugée alarmante et "difficilement compatible avec la détention". Pour autant, l'ancien baron de la droite francilienne n'en a pas terminé avec ses démêlés judiciaires. 

"La justice a manqué de justesse"

Dans cet entretien exclusif accordé à Bruce Toussaint, Patrick Balkany raconte sa stupéfaction en septembre dernier lors de son incarcération dans l'établissement pénitentiaire parisien, après sa condamnation à quatre ans de prison ferme pour fraude fiscale. Cinq mois après, il se dit encore "très étonné" qu'il y ait eu "un mandat de dépôt en première instance pour une affaire fiscale".

"Ce n'est pas habituel, c'est le moins qu'on puisse dire, c'est même exceptionnel", s'indigne-t-il, déplorant "une exagération dans les réquisitions". "J'ai eu un sentiment, non pas d'injustice, mais que la justice avait manqué de justesse. Je pensais que les juges du siège seraient plus raisonnables, mais à mon plus grand étonnement le tribunal a retenu toutes les réquisitions du procureur. Et c'est pour ça que j'ai fait appel". Il poursuit: "Je me suis dit que mes avocats allaient demander une demande de mise en liberté et qu'on allait me laisser sortir, compte tenu du fait que je n'avais tué personne, que je ne suis pas dangereux pour la société, que c'est une affaire fiscale (...). Il y en a eu six comme ça, et au fur et à mesure je me suis dégradé physiquement, au point de me retrouver à l'hôpital en urgence".

L'ex-maire Les Républicains se défend ensuite d'avoir dissimulé 13 millions d'euros d'avoirs au fisc entre 2007 et 2014, notamment deux somptueuses villas, Pamplemousse à Saint-Martin et Dar Guycy à Marrakech. Le couple continue de contester vigoureusement le montant des avoirs en cause et se targue de n'avoir jamais détourné "un centime d'argent public". "C'est du fantasme!", martèle-t-il. Et d'ajouter: "On a jamais été très riches (...) il ne reste plus beaucoup d'argent".

"Je sens ma santé se dégrader de jour en jour"

Durant ces quelques mois en prison, Patrick Balkany confie avoir perdu 29 kilos. Bien que les experts médicaux aient reconnu qu'il souffrait d'une grave pathologie digestive, l'intéressé nie souffrir de dépression, ou avoir voulu se laisser mourir. Il assure qu'il avait perdu tout espoir et "n'attendait même plus" le moment de sa libération, persuadé qu'il allait mourir en prison.

"Tous les jours mon état de santé se dégradait et je pensais que j'étais en fin de vie. J'avais le sentiment que j'allais continuer comme ça encore quelques mois et que j'allais mourir", affirme Patrick Balkany. "Aujourd'hui, je fais 75 kilos, j'en faisais 104 (...) mais ce n'est pas de la dépression, je le dis sincèrement. Mais plutôt la certitude que je vais mourir là, car je sens ma santé se dégrader de jour en jour. C'est-à-dire que je prends 15 ans en cinq mois, je suis comme un vieux en fin de vie qui se voit presque naturellement arriver à la fin. Car le corps se dégrade, et finalement la tête finit par se dégrader avec, elle accompagne le corps. Moi je n'ai jamais eu envie de me suicider ou de me pendre, ou machin. Moi je n'ai pas du tout envie mais vous vous rendez compte que c'est votre corps qui vous lâche".

"Elle a un peu changé la politique aujourd'hui"

Face à Bruce Toussaint, Patrick Balkany ne manque pas une occasion de parler politique. L'édile affirme qu'il était sûr de ne pas se représenter aux élections municipales de mars prochain dans son fief des Hauts-de-Seine.

"Je n'en ai pas la capacité, et je sais que ce serait très mal perçu et extrêmement mal compris. Mon seul avenir aujourd'hui, c'est de me soigner, sortir de mes problèmes de santé, et après on verra". Il soupire enfin: "se projeter dans l'avenir est très difficile, surtout dans le cas de quelqu'un de mon âge".

Pendant cet entretien, l'ancien député LR n'hésite pas à tacler le "nouveau monde politique" qu'il considère ne pas être "le sien", pointant notamment du doigt le gouvernement. "Elle a un peu changé la politique aujourd'hui", reconnaît l'ex-baron de la droite francilienne, "et je ne crois pas que ce nouveau monde soit le mien. Je crois que nous, nous étions le vrai monde", ajoute-t-il tout sourire.

Il s'étonne par exemple du fait qu’il semble maintenant exister "une césure entre les groupes" à l’Assemblée nationale, contrairement au temps où il était lui même député, de 1988 à 1997 puis de 2002 à 2017. À l'époque, selon lui, les parlementaires se retrouvaient en dehors des séances pour parler, débattre.

Il confie également sur notre antenne avoir été touché du fait que l'ancien président Nicolas Sarkozy l'ait appelé dans les cinq minutes qui ont suivi sa sortie de prison, lorsqu'il était encore dans la voiture. Enfin, Patrick Balkany salue sa femme Isabelle, qui a reprit les rennes de la commune de Levallois-Perret et grâce à qui l'ancien maire estime être sorti de prison. "C'est à la fois un personnage exubérant qui dit toujours ce qui pense, et c'est la femme la plus aimante et la plus sensible que je connaisse. Et je crois que si je suis sorti, c'est beaucoup grâce à elle".

Jeanne Bulant