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"Jamais personne ne m’a cité le nom de Bygmalion", clame Nicolas Sarkozy lors de son interrogatoire

L'ancien président de la République a été entendu ce mardi au procès dit "Bygmalion", où il comparaît pour "financement illégal de campagne". Il n'a cessé de clamer son innocence, assurant qu'il n'y a pas eu "d'emballement" dans sa campagne.

"C'est une fable", n'a cessé de répéter Nicolas Sarkozy ce mardi, au procès "Bygmalion". L'ancien président de la République a nié devant le tribunal correctionnel de Paris avoir engagé des dépenses excessives dans sa campagne perdue de 2012 dans le cadre du procès débuté il y a trois semaines.

"Elle est où ma campagne en or massif?"

Dans le dossier Bygmalion - du nom de l'agence événementielle liée à son parti - selon l'accusation, Nicolas Sarkozy a fait le choix avec son équipe de "meetings spectaculaires et dispendieux", et demandé d'accélérer le rythme - jusqu'à un meeting par jour.

La justice estime que l'ancien chef de l'État a "incontestablement" bénéficié d'une fraude qui lui a permis de disposer d'au moins 42,8 millions d'euros au total, soit près du double du plafond légal à l'époque. Mais lui nie tout en bloc.

Vêtu d'un costume et d'un masque noirs, il est entré dans la salle d'audience en début d'après-midi l'air grave, et a pris place aux côtés des ses co-prévenus. "J'aimerais qu'on m'explique en quoi j'ai plus fait campagne en 2012 qu'en 2007. C'est faux ! Il n'y a pas eu d'emballement", a-t-il ensuite lancé à la barre. Et de poursuivre:

"Elle est où ma campagne qui s’emballe? Elle est où ma campagne en or massif? Je voudrais que l'on me dise en quoi ma campagne était plus prestigieuse que celle de Monsieur Hollande ou Madame Le Pen!"

"Jamais, jamais !"

Grands gestes à l'appui, l'ancien locataire de l'Élysée a assuré qu’il ne s’occupait pas de la logistique de la campagne:

"Jamais personne ne m’a cité le nom de Bygmalion [...] Frank Attal (ndlr:dirigeant de Bygmalion) pour moi c’était juste le type qui me tendait le micro avant les meetings! Et jamais! Jamais je n’ai rencontré un prestataire. Ni en 2007, ni en 2012 ! Je le dis avec force", a-t-il martelé à la barre.

L'ancien chef de l'État crie presque dans le micro quand il répond aux questions des juges.

"Une fois que j’avais la mélodie de la campagne, ma priorité organisationnelle c’était de réunir ma famille politique", promet-il. "Je ne peux pas décrire un système que je ne connaissais pas."

"Qui faisait quoi ?"

La présidente ne se laisse pas impressionner par la fermeté de l’ancien président. Elle multiplie les questions et pointe les déclarations incohérentes des uns et des autres: "Qui faisait quoi", finit-elle par demander. Après trois semaines de débats, les uns et les autres ne cessent de se renvoyer la responsabilité.

Nicolas Sarkozy a finalement déclaré, avant que ne se termine l'audience ce mardi: "dans cette affaire, j’ai voulu dire au tribunal du fond du cœur sans calcul ce qui avait été la vérité, et c’est la vérité que j’ai dite".

Nicolas Sarkozy n'avait assisté à aucune audience depuis le début du procès le 20 mai, et se faisait représenter par son avocat historique, Me Thierry Herzog. Les treize autres prévenus, anciens cadres de Bygmalion et de l'UMP - devenu Les Républicains - qui ont défilé à la barre, sont soupçonnés d'être impliqués dans le système de double facturation imaginé pour masquer l'explosion des dépenses autorisées pendant la campagne.

Contrairement aux autres, renvoyés notamment pour escroquerie ou usage de faux, Nicolas Sarkozy comparaît pour "financement illégal de campagne" uniquement. Il encourt un an d'emprisonnement et 3.750 euros d'amende.

Par Cécile Danré et E.P