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"Ils étaient là pour casser du flic": l'un des policiers retranchés dans une laverie lors du premier anniversaire des gilets jaunes raconte la scène

Lors du premier anniversaire des gilets jaunes, deux policiers ont dû se retrancher dans une laverie, acculés par les jets de projectiles et les insultes. Un homme de 38 ans a été condamné à un an de prison ferme. L'une des deux victimes témoigne en exclusivité au micro de BFMTV.

"J’essaye de dédramatiser mais au fond de moi, c’est dur." Dix jours après avoir été pris à parti par des casseurs lors du premier anniversaire des gilets jaunes, le policier attaqué est encore sous le choc. La scène, filmée par un journaliste de l’Obs et largement relayée sur les réseaux sociaux, témoigne du regain de violence qui a émaillé la manifestation parisienne, samedi 16 novembre. Des affrontements épars ont éclaté en différents lieux de la capitale, et notamment sur le boulevard Beaumarchais dans le XIe arrondissement, où ce policier et l'un de ses collègues encadraient une marche de gilets jaunes.

"Au début, l’atmosphère était assez calme, on faisait de la sécurisation pour que la manifestation se passe bien", raconte ce policier, délégué du syndicat Alliance, en exclusivité au micro de BFMTV.

"Niquez-les", "tuez-les"

Soudain, la situation se tend et les deux policiers se retrouvent encerclés par des manifestants vindicatifs. "Je pouvais lire la haine dans leurs yeux", commente-t-il. Les insultes fusent, et les gestes se joignent rapidement à la parole.

"Ils criaient 'niquez-les', 'tuez-les', et nous jetaient des bouteilles. Je me suis dit que ça pouvait aller très loin et qu’on pouvait être gravement atteints, alors mon collègue et moi, on s’est mis à courir."

Dans sa course, le policier chute. Genoux à terre, sa tête heurte un mur:

"J’étais sonné. Je me suis remis à courir et je me suis pris un coup sur l’omoplate gauche. Je me suis dit qu’il fallait que je m’abrite, alors je me suis réfugié dans une laverie et mon collègue, qui était un peu plus loin, m’a rejoint."

Mais la porte fermée du Lavomatic ne suffit pas à calmer la hargne des manifestants. Une personne vêtue de noir fissure la vitre à l’aide d’un plot métallique tandis qu’une autre la transperce avec une barrière de chantier, sous une pluie de projectiles et d’insultes.

"La peur d’être blessé - ou pire - nous envahit", se souvient le policier qui avait la main sur la crosse de son arme tout au long de l’affrontement. "Ils étaient là pour casser du flic", tance-t-il en énumérant ses blessures: arête du nez coupée, hématomes autour des yeux, des coudes et des omoplates, mal à la tête...

Evolution de la violence

"Jamais je n’avais été pris à parti à ce point-là. Je suis policier depuis 20 ans, et là je vois que le métier a évolué au niveau de la violence. Avant, il n’y avait pas cette haine-là, on n’avait pas de casque en manif, maintenant c’est impensable de s’en passer."

Pris en étau dans la laverie, les policiers envoient un message de détresse à leurs collègues qui viennent dissiper le chaos et interpellent un homme. Âgé de 38 ans, ce dernier a été déféré devant le tribunal correctionnel de Paris en comparution immédiate lundi 18 novembre, deux jours après les faits. Le juge l’a condamné à un an de prison ferme avec mandat de dépôt.

"Je trouve que la réponse de la justice a été très rapide, donc j’en suis soulagé", réagit le membre des forces de l’ordre.

Et de conclure: "C’est pas en cassant ou en tapant du flic que leur vie va être meilleure."

Christophe Delay avec Ambre Lepoivre