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Grâce à Dieu: le film de François Ozon autorisé à sortir mercredi

Image du film de François Ozon, "Grâce à Dieu"

Image du film de François Ozon, "Grâce à Dieu" - Mars Films

La justice a autorisé ce lundi la sortie en salles du film Grâce à Dieu, sur l'affaire Preynat. Le prêtre accusé de pédophilie voulait obtenir son report. Ses avocats comptent faire appel de cette décision.

Le prêtre Bernard Preynat, qui avait saisi la justice afin d'obtenir le report de la sortie de Grâce à Dieu, n'a pas obtenu gain de cause. Le nouveau film de François Ozon a été autorisé ce lundi à sortir en salles mercredi. 

Le juge des référés du tribunal de grande instance de Paris avait été saisi par le conseil du prêtre lyonnais le 1er février. Mis en examen depuis février 2016 pour agressions sexuelles sur mineurs, placé sous le statut de témoin assisté concernant des faits de viols présumés sur trois autres mineurs, il n'a pas encore été jugé.

"La décision très bien motivée reconnaît que le film - avec les avertissements qui l'accompagnent - ne justifient pas les mesures demandées qui menaçaient sa sortie. Nous nous en réjouissons", a indiqué à l'AFP Me Paul-Albert Iweins, l'un des deux avocats du producteur et du distributeur du film.

"Le juge a rejeté la demande de report du film", a confirmé Me Emmanuel Mercinier, avocat du père Preynat. "Il considère que le fait d'insérer un carton à la dernière seconde du film indiquant que le père Preynat bénéficie de la présomption d'innocence répond aux exigences de la loi, la culpabilité de ce denier n'étant dès lors pas présentée comme acquise", a-t-il ajouté.

"Une question de principe"

Il a dit également "regretter amèrement cette décision, non seulement dans l'intérêt du père Preynat, mais plus largement dans l'intérêt général".

"Présenter durant deux heures comme coupable un homme qui n'a pas encore été jugé comme tel constitue une atteinte à la présomption d'innocence que ne saurait évidemment pas faire disparaître le fait d'écrire ensuite le contraire durant deux secondes", a-t-il dit.

Me Frédéric Doyez, avocat lyonnais du père Preynat, a précisé à l'AFP qu'ils allaient faire appel de la décision, mais que cela n'empêcherait pas le film de sortir. "C'est une question de principe", a fait valoir Me Doyez, jugeant que "c'est la porte ouverte au parasitage de l'action judiciaire" par des films.

A Lyon, une autre audience était prévue ce lundi concernant ce film: une ex-membre du diocèse de Lyon, Régine Maire, représentée sous son nom dans le film, a assigné François Ozon pour qu'il retire son nom du film.

François Ozon récompensé à Berlin

Le procès du cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, et de cinq autres personnes pour non dénonciation d'agressions sexuelles pédophiles, s'est tenu en janvier. Le jugement est attendu le 7 mars.

Le long-métrage de François Ozon revient sur la naissance de l'association "La Parole libérée", fondée à Lyon en 2015 par d'anciens scouts qui ont dénoncé les agissements de Bernard Preynat. L'avocat de ce dernier, Me Emmanuel Mercinier, avait estimé que le long-métrage allait "à l'encontre de la présomption d'innocence dont bénéficie (son) client". 

Samedi soir, lors du festival du film de Berlin où il a reçu le Grand prix du jury, François Ozon a expliqué avoir voulu faire "un film citoyen", qui "pose des questions": "Mon film ne se place pas sur un aspect judiciaire, il se place sur l'aspect humain et sur la souffrance des victimes".

Benjamin Pierret avec AFP