BFMTV

Grâce à Dieu: pourquoi le nouveau film de François Ozon fait polémique

Image du film de François Ozon, "Grâce à Dieu"

Image du film de François Ozon, "Grâce à Dieu" - Mars Films

La défense du père Preynat, mis en examen pour agressions sexuelles sur mineurs, demande le report de la sortie du long-métrage au nom du respect de la présomption d'innocence. Le nom de l'ancien prêtre, qui n'a pas encore été jugé, est cité dans le film.

C'est ce lundi à 16 heures que la justice décidera du sort de Grâce à Dieu. Le nouveau film de François Ozon, dont la sortie est prévue mercredi, pourrait faire l'objet d'un report. Le long-métrage, qui s'intéresse au silence qui entoure les actes pédophiles dans l'Église, fait l'objet d'une assignation en référé. 

Car Grâce à Dieu retrace la naissance de "La Parole libérée", association fondée à Lyon en 2015 par d'anciens scouts abusés par le prêtre Bernard Preynat. Alors que celui-ci pourrait être jugé cette année après une mise en examen pour agressions sexuelles en janvier 2016, ses avocats estiment que le film "va à l'encontre de la présomption d'innocence dont bénéficie son client". 

Que reproche la défense de Bernard Preynat au film? 

La défense du prêtre lyonnais a saisi le juge des référés du tribunal de grande instance de Paris le 1er février. "Dans le film, Bernard Preynat est-il présenté comme coupable? Assurément oui. Or mon client est placé sous le statut de témoin assisté pour les faits de viol. A-t-il été jugé coupable par la justice ? Non", a établi Me Emmanuel Mercinier devant la justice vendredi.

"La défense argue que ce film est une fiction. Or le nom de Bernard Preynat est prononcé plus de cent fois (...)", a-t-il également déclaré. Dans son film, François Ozon a changé les noms des victimes mais pas ceux du prêtre, du cardinal Barbarin et de l'ancienne bénévole du diocèse Régine Maire, actuellement jugés pour ne pas avoir dénoncé à la justice les agissements du père Preynat. Le jugement de ce procès est prévu le 7 mars. Régine Maire a par ailleurs mis en demeure François Ozon de retirer son nom du film.

Que dit la défense de François Ozon?

Me Benoît Goulesque-Monaux, un des deux avocats du producteur "Mandarin Cinéma" et du distributeur "Mars Films", a rappelé qu'"un carton, inséré dans le film, précise que le père Preynat n'a pas été jugé et que dans l'attente de son procès, il bénéficie de cette présomption d'innocence".

Il a insisté sur le fait que "le procès du père Preynat n'est pas le sujet du film", lequel "ne donne pas la possibilité au spectateur de juger Bernard Preynat". Me Paul-Albert Iweins, l'autre avocat de la défense, rappelle l'existence d'une lettre publiée par "La Parole libérée" dans laquelle le père Preynat reconnaît ses actes. Et fustige l'argumentaire du conseil du prêtre:

  • "Je demande qu'on me pardonne mais je demande qu'on assigne un film qui porte atteinte à ma présomption d'innocence? Allez sur le site du diocèse de Lyon, tout y est! Les témoignages de "La parole libérée", ses lettres d'excuses...".

Pas de quoi convaincre Me Mercinier: "La défense dit que les faits exposés sont avérés et reconnus, qu'il y a eu des aveux. Mais de quels aveux parle-t-on, de quels faits parle-t-on? Quel nombre, quelle nature, quelle circonstance? Le père Preynat a reconnu DES faits, mais pas LES faits pour lesquels il est présenté coupable", a-t-il rappelé.

Ozon déjà récompensé

Samedi soir, Grâce à Dieu a été reçu le prix du jury du festival du film de Berlin. "C'est un prix qui me fait extrêmement plaisir, particulièrement pour ce film, parce que c'est un film qui a été compliqué à financer, à produire", a confié François Ozon à l'AFP. "Il y a beaucoup de résistance, il y a des gens qui ne veulent pas que ce film sorte". 

Le réalisateur, qui assure qu'il ne s'agit pas d'"un film sur l'actualité" ni "à charge contre l'Église", explique avoir voulu faire "un film citoyen", qui " pose des questions":

  • "Mon film ne se place pas sur un aspect judiciaire, il se place sur l'aspect humain et sur la souffrance des victimes", a indiqué le réalisateur, qui a expliqué avoir pensé au départ "à tort" que les procès auraient lieu avant la sortie du long-métrage. "J'ai essayé d'être le plus équilibré, le plus objectif possible".
Benjamin Pierret avec AFP