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Gilets jaunes: les violences sur les Champs-Élysées étaient-elles prévisibles et évitables?

Après une journée de manifestation émaillée de violences, 103 personnes ont été interpellées, dont 101 placées en garde à vue seulement dans la capitale, a indiqué ce dimanche la préfecture de Paris.

Au lendemain d'une nouvelle journée de mobilisation des gilets jaunes, au cours de laquelle de nombreux casseurs, qui se sont mélangés aux manifestants, s'en sont pris aux forces de l'ordre sur les Champs-Élysées, la célèbre avenue parisienne panse ses plaies. Ce dimanche matin, l'heure était également au bilan et les regards se sont tournés vers le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner qui, lors d'une allocution ce samedi, avait expliqué qu'il était impossible d'empêcher les manifestants de se rendre sur la "plus grande avenue du monde."

"Nous aurions pu décider que les Champs-Élysées soient totalement interdits, ainsi que les rues adjacentes, mais dans ce cas, c'est la moitié de la capitale qui était fermée."

Des violences "évitables"

Invitée sur le plateau de BFMTV ce dimanche matin, Linda Kebab, déléguée nationale Unité SGP Police FO, estime pourtant que les violences étaient "évitables." "Une note des renseignements a été rendue publique, elle disait qu'il y aurait des casseurs."

Pour elle, il aurait fallu donner aux autorités le moyen "d'isoler les casseurs avec les moyens juridiques qui existent, le code pénal ou le code de procédure pénale, et de les bloquer avant qu’ils arrivent. Mais aucune directive allant dans ce sens n'a été donnée." 

Un avis partagé par Driss Aït Youssef, spécialiste de la sécurité, qui assure que "les services territoriaux étaient au courant de la possible présence de casseurs". Cependant, sécuriser une avenue de la taille des Champs-Élysées reste une tâche ardue tant "les points de sortie et d'entrée sont nombreux et de sa proximité avec d'autres points sensibles dont l'Elysée et l'Assemblée nationale".

Mouvement bien contenu

Se pose alors la question des effectifs présents sur place ce samedi. Pour Stanislas Gaudon, secrétaire national du syndicat Alliance Police, le fonctionnement interne des forces de l'ordre est "compliqué". "Il n'y avait que trois sections de CRS que 4 car il manque actuellement des effectifs." Au cours de la journée, 103 personnes ont été interpellées et 101 placées en arde à vue rien qu'à Paris.

"Il n'est pas certain qu'avec ces effectifs il était possible d'assurer la sécurité de ce rassemblement. C'est la raison pour laquelle les officiers présents n'ont pu que contenir le public, manifestants et casseurs, et il est difficile de gérer tout le monde sur un même endroit."

C'est la "doctrine d'emploi du maintien de l'ordre" qui a été appliquée samedi explique Linda Kebab, soulignant que l'objectif était de garder "le plus possible de distance afin d'éviter l'affrontement." Pour Driss Aït Youssef, "le mouvement a été bien contenu." "Il fallait concilier la liberté de manifester avec la sécurité et éviter au maximum qu'il y ait des blessés."

"Les manifestants trouvent injuste l'emploi des gaz lacrymogènes, mais c'est moins incommodant qu'une charge physique. Dans d'autres pays d'Europe, la charge des CRS est bien plus rapide. La préoccupation de ce samedi était la mise à distance et le maintien des vies" abonde Linda Kebab.

Les policiers se reconnaissent dans les gilets jaunes

Toujours selon la déléguée nationale Unité SGP Police FO, une raison d'ordre plus idéologique et personnelle aurait également pu poser problème aux forces de l'ordre. 

"Les policiers se retrouvent dans mes revendications des gilets jaunes, ils font partie de la classe moyenne basse de la population et utilisent souvent leurs véhicules. ils sont pris entre deux feux, sont à un point de rupture et sont épuisés psychologiquement et physiquement."

Hugo Septier