BFMTV

Fusillade dans un lycée de Grasse: ce que l'on sait de l'enquête

Des véhicules de secours à Grasse.

Des véhicules de secours à Grasse. - Valery HACHE / AFP

Ce jeudi, un lycéen a fait feu dans son établissement à Grasse. Si des zones d'ombres subsistent, le déroulement des faits, le profil du tireur se sont éclairés au fil de la journée. L'événement a aussi eu des échos politiques.

Une fusillade a éclaté au lycée Tocqueville à Grasse (Alpes-Maritimes) ce jeudi à la mi-journée. Un adolescent de 16 ans, élève de l'établissement, en est à l'origine. Si le tireur a blessé directement quatre personnes, dont le proviseur, l'événement a occasionné des blessures légères sur quatorze personnes au total. 

Ce qu'il s'est passé

Sur les coups de 18h30, la procureure de la République de Grasse, Fabienne Atzori, a fait le récit de l'événement cinq heures environ après les faits. Peu avant 13h, un lycéen, âgé de 16 ans, et lui-même élève dans l'établissement, s'est introduit dans le lycée Tocqueville à Grasse. Il portait sur lui un véritable arsenal: un fusil à pompe, deux armes de poing, une grenade d'exercice.

"Il semblerait aussi qu’il ait confectionné un explosif artisanal mais ça reste à vérifier", a ajouté la magistrate. "Après avoir pénétré dans le lycée, il s’est rendu dans une classe. Dans cette classe manifestement, ne se trouvait pas la personne, ou les personnes, qu’il recherchait. En tout cas, les élèves ont remarqué qu’il était armé. Ils sont allés s’en ouvrir au proviseur", a raconté Fabienne Atzori.

Si celui-ci a aussitôt décidé d'intervenir, l'adolescent a ouvert le feu sur un autre élève avant son arrivée. Le proviseur s'est alors interposé, et a été touché d'une balle dans le bras. Dans ce laps de temps, le tireur a blessé quatre personnes. Les dix autres personnes légèrement atteintes se sont blessés dans le mouvement de panique déclenché par le drame.

Rapidement prévenue, la police a pu interpeller le tireur aux alentours de 13h05. Il n'a alors pas opposé de résistance. 

Sur BFMTV, ce jeudi soir, Pascal Baudesson, gardien de la salle de sport du lycée, a narré son face à face avec le tireur peu avant qu'il soit maîtrisé par les forces de l'ordre. L'assaillant lui a confié sa peur d'être l'objet des tirs des agents mais a aussi déclaré: "Je n'ai pas fini ma mission. Je n'ai pas fait assez de dégâts."

Des lycéens interrogés par BFMTV ont eu décrit des "scènes de film" et une "panique totale" au sein de l'établissement. 

Le profil d'un adolescent troublé

Le profil de cet adolescent troublé s'est dessiné peu à peu au cours des heures qui ont suivi la fusillade. Âgé de 16 ans, il est le fils d'un élu du conseil municipal de la ville de Grasse. Il est en classe de Première Littéraire. Dominique Rizet, journaliste police-justice de BFMTV, est allé plus avant dans la description sur notre antenne:

"Il consultait des sites où l’on peut voir des tueries de masse. Il est passionné de satanisme. C’est quelqu’un de plutôt fragile. Il est décrit comme ayant eu du mal à s’intégrer dans ce lycée."

La ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, qui a elle aussi fait le déplacement à Grasse avait d'ailleurs plus tôt "évoqué: "l'acte fou d'un jeune fragile". Sur sa page Facebook, les publications de l'adolescent étaient marquées par un imaginaire sombre. Selon la procureure de la République, il aurait pu agir motivé par "ses mauvaises relations" avec certains de ses camarades. 

Vers la piste d'un complice?

  • Selon nos informations, les enquêteurs explorent la piste d'un éventuel complice. En effet, si le tireur éprouvait des difficultés d'intégration, on lui connaissait tout de même un ami. "Il avait un ami et cet ami n’était pas en classe aujourd’hui. D’où la question que se posent les enquêteurs: est-ce que cet élève qui était absent aujourd’hui pourrait être un complice, quelqu’un qui lui aurait fourni des moyens et qui ne se serait pas présenté à l’école?" s'est demandé Dominique Rizet sur notre plateau. 

Interrogé à ce sujet, le gardien de la salle de sport a simplement répondu: "On m’a parlé d’un deuxième jeune. Je ne sais pas je ne l’ai pas vu". 

La classe politique a réagi

Najat Vallaud-Belkacem n'est pas la seule personnalité politique à s'être portée sur les lieux de la fusillade. Le président de la région PACA, Christian Estrosi, mais aussi le député élu dans les Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, ont fait un passage par le lycée de Grasse. Le parlementaire a notamment salué le proviseur qui "a essayé de calmer ce jeune qui était armé" et demandé à ce qu'il soit distingué par la Légion d'honneur. 

De nombreux candidats à l'élection présidentielle ont dit quelques mots sur l'événement, dont Benoît Hamon et François Fillon, qui ont tous deux soutenu le personnel éducatif et les élèves du lycée mais aussi rendu un jugement élogieux sur l'action des forces de l'ordre. 

Depuis la Corrèze où il se trouvait alors, le président de la République a vu dans la fusillade de Grasse mais aussi dans l'envoi d'un courrier piégé au siège parisien du Fonds monétaire international (FMI) la nécessité du maintien de l'état d'urgence. "Tout cela me conduit, comme je l’ai fait d’ailleurs depuis le début de ce que nous avons pu appréhender comme menaces sur notre pays, à justifier l’état d’urgence", a dit le chef de l'Etat.

François Hollande a ajouté: "Nous avons renforcé l’appareil législatif. Nous pouvons continuer à intervenir mais j’ai annoncé, et le parlement a bien voulu suivre la position qui était la mienne et celle du gouvernement, que l’état d’urgence durerait jusqu’au 15 juillet, et il durera jusqu’au 15 juillet". 

Robin Verner avec le service police-justice de BFMTV