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Fuites dans l'Affaire Maëlys: l'enquête confiée à la police secoue la gendarmerie

Excédé par les fuites dans la presse dans le cadre de l'affaire Maëlys, le procureur de la République de Grenoble a accusé la gendarmerie, qui dirige les recherches, d'en être à l'origine. Une enquête a été ouverte, et elle a été confiée à la police judiciaire et non à l'inspection générale de la gendarmerie nationale. Le général Jacques Morel, ancien patron de la section de recherche de Versailles, est intervenu sur BFMTV ce mercredi soir.

Maëlys a disparu depuis deux mois, et l'enquête entre dans une zone de turbulences provoquées par les tensions entre la gendarmerie, chargée de l'enquête, la police et le procureur de la République de Grenoble. Ce dernier, ulcéré de voir des éléments des investigations dans la presse, a ouvert vendredi dernier une enquête préliminaire pour violation du secret de l'enquête et de l'instruction, ne cachant pas qu'il pensait que les gendarmes étaient à l'origine de ces fuites.

Il a même choisi la police judiciaire pour enquêter sur ces indiscrétions et non l'inspection générale de la gendarmerie comme c'est la coutume. Le directeur général de la gendarmerie nationale, Richard Lizurey, a répondu sur RTL ce mercredi: "Ces accusations sont ressenties comme une totale injustice à l'égard des enquêteurs."

Ce mercredi soir, sur BFMTV, le général Jacques Morel, ancien patron de la section de recherche de la gendarmerie nationale à Versailles, et Dominique Rizet, consultant police-justice, ont évoqué ces passes d'armes. 

Le général Morel n'a pas apprécié la méthode 

Le général Jacques Morel a d'abord remarqué le caractère "exceptionnel" de la situation avant d'expliquer:

"Cette polémique qui vient sur la place publique au travers de la presse est tout à fait anormale, il y avait d’autres moyens de régler l’affaire. Il y a un directeur de la gendarmerie, il y a un général commandant de région à Lyon donc le procureur pouvait tout à fait s’adresser directement à ces autorités. Il a été mis en place un magistrat de liaison auprès de la gendarmerie qui a vocation à être le correspondant de ses collègues magistrats. Ces gens-là n’ont apparemment pas été saisis de doléances de la part du procureur de la République."

Il a ensuite émis une hypothèse: "Il n’y a plus beaucoup d’éléments peut-être à exploiter concrètement, est-ce que ce n’est pas uniquement avec l’aide de la population, en lui donnant un maximum d’informations, qu’on a une possibilité de faire naître des témoignages et de rappeler à des gens que peut-être ils ont vu des choses importantes?"

"Est-ce que ce n'est pas une façon de se couvrir?" se demande Dominique Rizet

Notre consultant Dominique Rizet a souligné les retombées possibles en cas d'identification de l'auteur des fuites dans la presse: "Cette personne sera sanctionnée et peut-être même qu’on sanctionnera le service enquêteur, peut-être même qu’on dessaisira la gendarmerie au profit de la police, ce qui serait une inélégance et une absurdité supplémentaires." Dominique Rizet a aussi qualifié de "double peine" le fait d'accuser les gendarmes et de confier l'enquête sur les fuites à la police judiciaire:

"C’est exactement comme si dans l’affaire Théo (…), c’est comme si on demandait aux gendarmes d’enquêter sur l’affaire Théo et d’entendre tous les policiers d’Aulnay-sous-Bois. Vous imaginez le désastre. C’est totalement déplacé et inélégant."

Dominique Rizet a aussi souligné que le procureur de la République de Grenoble s'était appuyé sur l'exemple de l'affaire Grégory pour étayer ses choix. "Rappeler l’affaire Grégory, c’est une nouvelle inélégance. On est en train de parler de Maëlys, qui a disparu depuis deux mois, et puis le procureur rappelle cette histoire. Est-ce que ce n’est pas une façon de se couvrir quelque part?" a interrogé le journaliste qui a mis en avant la complexité d'une affaire Maëlys dont le dénouement paraît aujourd'hui incertain. 

Robin Verner